Année 1999


Discours de monsieur Lionel JOSPIN, Premier ministre, à l'Université d'été du Parti socialiste à La Rochelle

La Rochelle, 29 août 1999

[Mise en ligne le 02/09/1999]

Le succès de notre action au cours de cette période [jusqu'aux législatives de 2002] est entre nos mains. La majorité peut seule se nuire et se défaire. La confrontation des idées est nécessaire et la compétition entre les formations politiques légitime. Mais l'une ne doit pas être confondue avec les débats artificiels et l'autre avec les attaques personnelles.

Dans cette rentrée, l'une des formations de la majorité s'est beaucoup exprimée... au risque que l'on s'y perde. Dans la majorité plurielle, chacun apporte mais reçoit aussi. Les Verts apportent à la majorité une sensibilité, une réflexion, un ancrage particuliers. Ils reçoivent aussi beaucoup. Des représentants à l'Assemblée nationale, une participation au Gouvernement, la crédibilité politique -même si elle reste à l'épreuve-, le bénéfice d'une stratégie cohérente. Cela compte, pour un mouvement politique. Ils contribuent à des réformes, qui inscrivent l'écologie au c¤ur des politiques publiques et dont François HOLLANDE vient de souligner la portée. Deux questions qu'ils ont posées me paraissent appeler des réponses.

Le nucléaire n'est certes pas un tabou. C'est une composante de notre indépendance énergétique et de notre développement économique. Nous accomplissons aujourd'hui des progrès en matière de transparence et de sûreté. Nous les consoliderons en présentant un projet de loi sur la transparence d'ici la fin de l'année. Quant à la place de l'énergie nucléaire dans le futur, quant à la question majeure du renouvellement du parc des centrales nucléaires, je n'ai aucun mal à prendre l'engagement qu'aucune décision de cette importance ne saurait être prise sans un grand débat scientifique et démocratique qui permettra d'examiner toutes les conséquences des choix possibles et de peser tous les arguments.

S'agissant de la réforme du mode de scrutin législatif et de l'introduction d'une dose de proportionnelle, nous nous sommes aussi posé la question. Je╩ne suis pas sûr aujourd'hui qu'elle soit possible, je ne crois pas - tout bien pesé╩- qu'elle soit souhaitable. Pas possible, car sa mise en ¤uvre serait complexe et encourrait le risque d'une censure du Conseil constitutionnel. Pas souhaitable, car un pays comme la France a besoin de majorités claires ; je pense en outre que le scrutin actuel, si les forces de la majorité plurielle savent se respecter et ont la sagesse d'accorder à chacun la place qui lui revient, est celui qui, favorisant les dynamiques d'union, permettra le mieux d'assurer le succès ; j'ajoute enfin qu'une telle réforme nous exposerait inévitablement à une campagne politique de la droite nous accusant de changer les règles du jeu à des fins politiciennes.

Parce qu'elle a été rassemblée et solidaire, dans le débat et dans le respect de chacun, la majorité a avancé. Je souhaite qu'elle continue à travailler dans ce même esprit. François HOLLANDE vient de nous dire pourquoi la majorité a intérêt à présenter des listes d'union lors des prochaines municipales. C'est une question qui relève sans doute des partis politiques. Mais je ne vous cacherai pas que je suis favorable à la proposition faite à nos partenaires par le Premier secrétaire. Les Verts - comme les autres composantes de la majorité - peuvent faire un autre choix que nous respecterions. Qu'ils pèsent ce qui sera le plus avantageux pour eux et le plus utile pour tous.

Quoi qu'il en soit, la majorité est plurielle : elle comprend cinq composantes, chacune avec son histoire, sa tradition, sa culture. Aucune ne mérite la condescendance. Toutes ont droit au respect. Configuration politique originale, moderne, enviée par l'opposition, supportant la comparaison avec les formules et les expériences étrangères, la majorité plurielle est notre bien commun. Pour ma part, je compte bien, en tant que chef du Gouvernement, continuer à la faire vivre... avec maîtrise et équilibre.

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