Année 2002


La Hague : Bernard Cazeneuve et le préfet répondent à La Manche Libre

Droit de réponse de Mr Cazeneuve, Député-Maire de Cherbourg, et de Mr Grégoire, Préfet de La Manche, et réactions de la rédaction de La Manche Libre.

La Manche Libre, 31 mars 2002

[Mise en ligne le 10/04/2001]

Suite à l’article consacré dans son édition du 24 mars 2002 à la plainte déposée contre X le 19 février par WISE-Paris, intitulé le “faux document de Cherbourg”, Bernard Cazeneuve, le député maire de Cherbourg, a adressé à La Manche Libre un droit de réponse. Outre des explications sur la plainte pour dénonciation calomnieuse qu’il a introduite en réponse contre WISE-Paris, Bernard Cazeneuve réagit aussi sur le redéploiement des missiles, évoqué dans la même édition sous le titre “La Hague abandonnée”. Sur le même thème, La Manche Libre a également reçu un droit de réponse du préfet de la Manche, M. Grégoire.

La Manche Libre a publié le 31 mars 2002 ces deux réactions ainsi que de longues notes en réponse de la rédaction. Nous reproduisons ci-dessous l’ensemble de ce dossier.


La Manche Libre, 31 mars 2002


La Hague : Bernard Cazeneuve et le préfet répondent à La Manche Libre

Comme pour beaucoup de nos lecteurs, depuis le 11 septembre dernier, l’image terrible des deux avions de ligne percutant les tours jumelles du World Trade Center de New York demeure dans nos mémoires. Le drame des USA a fait apparaître la grande vulnérabilité de notre région, du fait de la concentration de quatre installations nucléaires. Pas besoin d’être un spécialiste pour considérer que la chute d’un avion de ligne sur la Hague serait, à son tour, catastrophique. Oui, le risque majeur existe bel et bien.

Dès lors, c’est la nécessaire protection de l’usine et le souci de la sécurité des Bas-Normands qui ont animé et motivé notre démarche. Aucune autre considération ne peut les supplanter. Et, depuis, notre point de vue n’a pas varié. Nous continuerons de faire notre travail de journaliste.

Il ne s’agit nullement d’entretenir une psychose, une forme de paranoïa. Il ne s’agit pas de donner dans le sensationnel sur un sujet aussi grave, ni de tirer sur tout ce qui bouge.

Qu’on ne s’y trompe pas : notre combat, aujourd’hui comme hier, n’est pas un combat contre l’énergie nucléaire mais, répétons-le, pour une maîtrise et un contrôle des dangers que constituent les installations, dans le cadre d’un terrorisme toujours latent.

Dans les numéros de La Manche Libre qui ont suivi les dramatiques événements, nous attendions de nos élus et des responsables de l’État des initiatives et des réponses claires. La mise en place d’un dispositif de contrôle aérien et d’intervention rapide par des missiles sol-air, en octobre, nous a semblé positif, en attendant un renforcement nécessaire des bâtiments de l’usine elle-même. L’émotion retombée, les “autorités nationales” ont décidé il y a peu de démanteler discrètement le dispositif mis en place. Nous l’avons déploré dans nos deux derniers numéros.

Successivement, le préfet de la Manche et le député de Cherbourg-Octeville viennent de nous adresser une demande de droit de réponse.

M. Bernard Cazeneuve réagit à notre article publié en Une de notre dernier numéro sous le titre “La Hague abandonnée”, illustré par sa photo, et à celui publié en page 3 du même numéro concernant l’affaire Wise Paris et le “faux document de Cherbourg”.

Le préfet, quant à lui, n’a pas apprécié notre article de Une du 17 mars intitulé “notre sécurité sacrifiée ?”

Ni notre conclusion : “Pourquoi ne nous dit-on pas simplement que la présence des militaires dans La Hague est trop coûteuse et qu’on sacrifie la sécurité de tout un territoire par souci d’économie ou pour faire plaisir à certains élus ?”


La Hague - Bernard Cazeneuve s’explique

L’avocat de M. Bernard Cazeneuve, député et maire de Cherbourg-Octeville, a adressé une demande de droit de réponse à La Manche Libre à la suite des articles publiés le 24 mars sous les titres : “La Hague abandonnée” et “Faux document de Cherbourg - Wise Paris porte plainte”. Dans ce courrier, M. Cazeneuve porte des accusations contre notre journal en même temps qu’il réagit à la plainte contre X pour faux et usage de faux déposée par l’association Wise Paris. Voici les réponses de M. Cazeneuve.

Contrairement à ce que vous indiquez en page Une de la Manche Libre du dimanche 24 mars, je ne me suis à aucun moment réjoui du retrait des missiles Crotales de la Hague, retrait que vous considérez comme un abandon.

En tant que député de la Manche, membre de la commission de la Défense, je me suis contenté d’indiquer les raisons qui ont incité le ministre de la Défense à prendre cette décision, estimant qu’il était de mon devoir d’élu d’en informer la population. Je n’ai émis aucun commentaire sur le bien-fondé de cette décision. N’ayant pas en ma possession les informations qui ont présidé à cette décision des plus hautes autorités de l’État, je n’avais aucune raison de porter quelque jugement que ce soit sur ce sujet.

Affaire Wise Paris

En 2001, le STOA (Scientific and Technological Option Assessment) dépendant du parlement européen commandait au cabinet Wise une étude sur “les effets toxiques potenitels des usines de Sellafield au Royaume Uni et de La Hague”. Contraitement à ce que vous indiquez, cette étude n’évaluait donc pas les “conséquences effroyables de la chute hypothètique d’un avion gros porteur sur les installations nucléaires”. Et pour cause : ce sujet n’était pas l’objet de la commande du STOA passée bien avant les événements du 11 septembre aux États-Unis. D’ailleurs, à aucun moment dans le rapport Wise, il n’est fait mention d’une telle hypothèse. Wise le reconnaît elle-même dans un document que je tiens à votre disposition : “le risque lié à une chute d’avion n’est pas étudié en tant que tel dans l’étude rendue publique début septembre 2001 par Wise Paris à STOA. Toutefois, l’étude contient une analyse des effets potentiels d’une situation accidentelle à La Hague qui peut, sous certaines hypothèses, correspondre aux conséquences possibles d’un crash d’un avion de ligne”. Je n’émettrai aucun commentaire sur la validité scientifique d’un tel rapprochement, préférant laisser vos lecteurs seuls juges. J’ajoute au demeurant que le président du STOA a condamné l’attitude de Wise, qui en divulguant certains éléments extrapolés de son étude avant qu’elle soit remise aux Parlementaires européens, rompait la clause de confidentialité à laquelle Wise était tenue.

Deuxième contre-vérité : la Manche Libre explique que c’est suite à la polémique déclenchée par l’étude Wise que le STOA décide de le soumettre au jugement de plusieurs experts. C’est faux. La procédure habituelle du STOA prévoit une évaluation ou révision interne. Elle a mis en place pour ce faire depuis longue date le “Scientific Advisory Programm” regroupant trois experts allemand, néerlandais et français. C’est à ce dernier, Philippe gaillochet, qu’incombait de remettre une note de lecture au STOA. Ce qu’il a fait début octobre 2001. Cette note de sept pages est effectivement très critique à l’encontre du travail de Wise. Par souci de clarté, je n’en citerai qu’un seul extrait, dont la teneur est sans ambiguïté : “Ce document (l’étude Wise) n’offre aucun fondement solide pour quelque position politique que ce soit”.

Vous indiquez également que l’association Wise est “suspectée d’être au service des antinucléaires”. Manier l’euphémisme requiert certaines précautions que vous n’avez manifestement pas prises : Wise n’est pas suspectée d’être antinucléaire ; elle est antinucléaire et l’affirme (en anglais “We are antinuclear”) sur la page d’accueil de son site Web.

Vous indiquez encore que le scientifique français, auteur de cette note “préfère soudainement rester anonyme et exige du bureau du STOA que son appréciation ne soit pas rendue publique”. C’est inexact. La contribution du “Scientific Advisory Program” se conçoit comme celle d’un comité de relecture dans une revue scientifique. Celui-ci évalue la validité du contenu d’un article et donne un avis favorable ou non à sa publication. En aucun cas cet avis n’est publié. Le STOA ne l’avait d’ailleurs jamais fait jusqu’ici. Pourtant, contrairement à ses habitudes, il a décidé de diffuser ce document courant octobre aux Parlementaires européens. Ce qui a provoqué la démission du scientifique français qui s’estimait trahi.

C’est par le Parlement européen que m’est parvenu, ce document. Comme j’ai pris l’habitude de le faire, afin de contribuer à la plus grande transparence sur le nucléaire, je l’ai effectivement diffusé auprès des médias du département. Pour une meilleure compréhension, je l’ai fait traduire en français.

Vous m’accusez, en vous appuyant sur un article du journal Le Figaro d’avoir maquillé ce document, autrement dit d’en avoir diffusé une traduction altérée. L’accusation est d’autant plus grave qu’elle n’a fait l’objet d’aucune vérification de votre part. Aucun journaliste de la Manche Libre ne m’a en effet contacté avant d’écrire cela. C’est très regrettable, j’aurais pu lui aprrendre qu’un interprète, expert près la Cour d’Appel de Caen, a confirmé la fidélité de cette traduction au document original en anglais. Lequel est authentifié par son auteur, Philippe Gaillochet.

Vous disposez d’une copie de chacune de ces pièces, de même que des documents authentifiant la mission confiée par la STOA au scientifique français auteur du rapport d’évaluation.

Respectueux de la liberté d’opinion et de celle de la presse, je n’ai jamais usé de mon droit de réponse auprès de quelque organe de presse que ce soit. Si je déroge aujourd’hui à cette règle, c’est que les accusations graves de votre journal à mon encontre ont été à l’origine d’une plainte contre X de Wise pour faux et usage de faux, dans laquelle je suis cité. L’authenticité des documents, à l’origine de cette polémique lancée en pleine période électorale, étant incontestable, j’ai donc décidé, outre cette mise au point, de déposer plainte contre Wise pour dénonciation calomnieuse auprès du procureur du Tribunal de Grande Instance de Paris. Je précise en outre que si des dommages et intérêts devaient m’être accordés, je les verserais à l’ACRO, Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, dont le travail critique à l’égard de l’industrie nucléaire mais mené avec le plus grand sérieux mérite d’être soutenu.

Bernard Cazeneuve.


Note de la rédaction

Le député retrouve la mémoire

M. Cazeneuve indique, dans la première partie de son texte, qu’il s’est contenté de donner l’information du retrait des missiles dans émettre aucun commentaire sur le bien fondé de cette décision des plus hautes autorités de l’État, n’étant pas en possession des informations qui auraient pu lui permettre de porter quelque jugement que ce soit sur le sujet.

C’est bien cela que nous lui reprochons. Il est regrettable que cet élu ne demande aucune explication pour une décision aussi importante et estime avoir rempli son rôle en limitant sa démarche à ce genre d’intervention. Il manque pour le moins de curiosité et d’à propos pour défendre les habitants de sa région d’adoption. Ces derniers auraient sûrement apprécié de connaître son point de vue sur l’abandon des mesures de protection de la Hague.

“Je n’ai jamais vu ce document”

Concernant l’affaire Wise Paris, il est indispensable de rappeler les points suivants.

Il s’est passé près de quatre mois depuis la publication de notre premier article concernant un “faux document” diffusé par la mairie de Cherbourg discréditant une étude commandée par le Parlement européen au cabinet Wise Paris. Cette étude soulignait les risques liés notamment à une chute d’avion gros porteur sur l’usine de la Hague (La Manche Libre du 2 décembre 2001).

À l’époque, Bernard Cazeneuve, député maire, nous avait rétorqué, au cours d’un entretien publié dans le même numéro : “Ce n’est pas mon problème. Je suis incapable de vous dire qui nous l’a transmis, ni par quel biais il est arrivé sur notre bureau […]. Je reçois des tonnes de documents. Je ne suis même pas sûr d’avoir lu ce document”.

“À partir du moment où vous le diffusez, en vérifiez-vous au moins l’origine” ? avions-nous insisté.

“Ne soyons pas tordus. C’est aux journalistes de vérifier l’origine des documents qui leur sont communiqués. Je n’ai fait aucune exploitation de ce document, ni mes collaborateurs”, avait-il répondu.

“Pourriez-vous nous aider à retrouver la source de ce document ?”, lui avions-nous encore demandé.

“Si on peut le faire, on vous le dira. Je ne vois aucune raison pour qu’on vous le cache”.

Le 12 mars dernier, Le Figaro évoque la plainte déposée par l’association Wise Paris. Le quotidien indique que “son étude commandée par le Parlement européen avait été discrédité par un document trafiqué”. Interrogé dans le cadre de l’article, sous le titre “l’affaire du rapport manipulé de la Hague”, Bernard Cazeneuve continue d’affirmer n’avoir “jamais vu ce document”, sans nier en revanche que la mairie de Cherbourg, qui reçoit “des tonnes de documents sur le nucléaire”, ait pu le diffuser.

Virage à 180°

Quelques jours après, M. Cazeneuve, apparemment inquiet de la plainte déposée contre X par l’association Wise Paris pour faux et usage de faux (La Manche Libre du 24 mars 2002), retrouve la mémoire. Tout lui revient : Oui, “c’est par le Parlement européen que m’est parvenu ce document”. Oui, “je l’ai effectivement diffusé auprès des médias du département”. Oui, “pour une meilleure compréhension, je l’ai fait traduire en français”. Et de sortir un certificat de conformité de cette traduction établi le… 15 mars dernier, au moment où Wise Paris entreprenait sa démarche judiciaire.

Par qui a été traduit ce document, dans quel but et au nom de quoi, M. Cazeneuve a pris la décision de le faire ? Sur ce point, c’est encore le mystère.

Autre confusion, pour tenter de nous démontrer que l’association Wise Paris est bel et bien antinucléaire, M. Cazeneuve cite dans son texte un site internet qui n’est pas le sien. Nulle trace sur le site “wise-paris.org” de slogan “We are antinuclear”. M. Cazeneuve a confondu sans doute avec le site de Wise Amsterdam, une association bien distincte, très activiste, dont Wise Paris est séparée. Aujourd’hui, Wise Paris développe une approche différente sur la question nucléaire. Les responsables du STOA n’ignorent rien de cette évolution et considèrent que l’association est l’un des organismes les plus compétents pour réaliser une étude dans ce domaine pour le Parlement européen. M. Cazeneuve met en cause la validité scientifique des études de Wise. Il faut noter que les résultats rapportés par cette association sont notamment issus d’études menées par l’autorité de sûreté nucléaire américaine (NRC), référence internationale dans ce domaine.

Pourquoi seulement dans la Manche ?

Pour le reste, l’étude commandée par le Parlement européen à Wise Paris contenait bien une partie consacrée aux incidents majeurs pouvant affecter les installations nucléaires des centres de retraitement de Sellafield et de La Hague. M. Cazeneuve montre bien qu’il joue sur les mots en citant lui-même : “Toutefois, l’étude contient une analyse des effets potentiels d’une situation accidentelle à La Hague qui peut, sous certaines hypothèses, correspondre aux conséquences possibles d’un crash d’un avion de ligne”. Cette hypothèse a été d’ailleurs suffisamment prise en compte à l’époque par les plus hautes autorités de l’État qui ont jugé nécessaire, à la suite de notre article et de celui du journal “Le Monde” de prendre d’importantes mesures de protection à La Hague.

Nous maintenons qu’à la suite de la polémique déclenchée par le choix de confier l’étude à Wise Paris, le STOA a décidé une procédure supplémentaire, une seconde évaluation, confiée à trois experts scientifiques, indépendants du Scientific Advisory Programme dont faisait partie M. Gaillochet. Ce dernier ne s’est vu confier qu’une note de lecture.

Les trois avis scientifiques, favorables au contenu de l’étude, ont été publiés. M. Gaillochet n’a pas autorisé la publication de sa note, celle-ci n’a donc pas été rendue publique par le Parlement européen. La vraie question reste de savoir comment elle a abouti à la mairie de Cherbourg. Et pourquoi ce document, que M. Cazeneuve déclare lui être parvenu par la voie officielle, n’a été publié que dans la Manche ? La justice apportera peut-être de vrais éléments de réponse.

Pour conclure, la ligne de défense de M. Cazeneuve s’appuie sur la complexité d’un dossier qui ne passionne pas le grand public. Les procédures du Parlement européen sont précises et dans le cas de l’affaire Wise Paris, elles sont parfaitement claires. En évitant d’aborder certains points essentiels de l’affaire, M. Cazeneuve semble vouloi volontairement compliquer les choses tout en fuyant ses responsabilités. Retrouvant subitement la mémoire, il reconnaît tout à coup son rôle actif dans la diffusion d’un texte non officiel. Lui qui nous accuse de ne pas vérifier nos informations, s’est-il inquiété de vérifier l’origine d’un texte que le Parlement européen avait décidé de ne pas publier ? N’était-il pas de sa responsabilité de vérifier auprès du Parlement européen et des services concernés pourquoi ce texte n’était pas publiable ? Et s’il savait que ce texte n’était pas diffusable, pourquoi a-t-il décidé de le diffuser en omettant de préciser des points essentiels (source et traduction du document) ?


Le point de vue du préfet

À la suite de notre article “notre sécurité sacrifiée ?” publié en Une de La Manche Libre du 17 mars, M. Grégoire, préfet de la Manche, nous a fait parvenir le texte suivant :

Comme chacun le sait, depuis les attentats du 11 septembre dernier aux États-Unis, les plus hautes autorités nationales n’ont cessé de réaffirmer leur détermination absolue à combattre les menées terroristes, et en paritculier à parer aux menaces qui pourraient concerner la France. C’est dans ce cadre qu’a été réactivé le plan “Vigipirate renforcé”, toujours en vigueur, et qu’un contrôle accru de notre espace aérien a été instauré par les forces armées. Le déploiement de radars et de missiles mobiles dans certains secteurs du territoire s’est fait à ce titre, en complément des capacités d’interception d’avions de combat.

Dès l’origine, il avait cependant été indiqué que ces dispositifs seraient susceptibles d’évoluer avec le temps, aussi bien pour des raisons techniques qu’en fonction d’une évaluation permanente de la menace.

Cette évaluation est l’affaire de spécialistes du ministère de la Défense qui prennent en compte des critères qui ne sont pas du domaine public, il est aisé de le comprendre. Elle a toutefois permis d’alléger ce dispositif en se réservant la possibilité de le réactiver dans sa forme antérieure dans les plus brefs délais afin de garantir la sécurité des citoyens dont la puissance publique est garante.


Note de la rédaction

Le gouvernement renonce à nous protéger

Pour le préfet de la Manche, l’évaluation des risques serait une affaire de spécialistes et leurs critères ne sont pas du domaine public. C’est surprenant de voir la façon dont “les plus hautes autorités nationales” se comportent vis-à-vis des habitants de notre région, alors que la situation internationale semble toujours aussi tendue.

Le ministre de la Défense M. Alain Richard, avait justifié la mise en place de missiles autour de La Hague en expliquant qu’il faisait partie des sites d’intérêt national. ? Le site aurait-il changé de nature ?

Qu’y a-t-il de changé ?

C’est vouloir masquer la réalité que de parler de secret défense pour ne rien faire ou pour retirer ce qui avait été mis en place. C’est endormir les gens de parler de “capacités d’intervention d’avions de combat”. Un dispositif tout à fait inopérant contre la folie kamikaze, comme nous l’avons déjà écrit. La Hague est en danger et la sécurité des habitants de la région n’est pas assurée comme elle le devrait.

La population est en droit de savoir pourquoi, subitement, le dispositif de protection de la Hague a été supprimé.

La menace aurait-elle évolué ? Pourquoi ce qui paraissait indispensable à l’automne dernier, ce système de défense déployé avec force publicité, ne l’est plus ce printemps ? Qu’y a-t-il de changé depuis septembre ?

Les racines du terrorisme ne sont pas extirpées aujourd’hui, et nous continuons à vivre dans un monde tout aussi dangereux qu’hier.

Les avions de chasse ne sont pas devenus plus rapides pour intervenir des bases de Lanh-Bihoué ou d’Évreux. On est sans nouvelle de l’étude lancée par Cogéma pour renforcer éventuellement la couverture et la structure de ses bâtiments. Les piscines, où refroidissent des milliers de tonnes de combustibles irradiés, ne sont pas mieux protégées contre une attaque venant du ciel.

Pourtant, sur les dangers toujours bien actuels, certains propos méritent d’être rappelés.

Aux États-Unis, où la menace est jugée sérieuse, M. Corbin Mac Neill, le président d’Exelon, la plus grande entreprise de construction de centrales nucléaires, estime : “Nous devons tout revoir en fonction d’une attaque terroriste. Aucun intérêt vital ne doit plus dépasser du dol. Depuis le 11 septembre, le monde a changé”.

La menace plane toujours

Dans Paris-Match, Anne Lauvergeon, responsable du groupe Areva, dont Cogema est une filiale, déclarait en octobre : “L’armée française a mis en place des avions de chasse et des missiles Crotale pour abattre de potentiels avions suicides. C’est une mesure destinée à prévenir tout risque de ce type. Je trouve cela rassurant.” Est-elle toujours rassurée ?

Jean-François Le Grand, président du conseil général de la Manche, confiait il y a quelques mois à La Manche Libre : “Il est urgent de mettre en place tous les systèmes qui permettront de protéger la Hague.

À mon avis, les missiles sont efficaces, je souhaite qu’ils soient installés longtemps. Il faut améliorer la protection du site. Les parties vulnérables doivent être aménagées pour éviter le pire”.

Et dans son dernier rapport, André-Claude Lacoste, directeur de l’autorité nucléaire reconnaît : “Les attentats du 11 septembre ont fait prendre conscience de l’existence de menaces d’un type nouveau, qui n’avaient jusque-là pas été considérées comme plausibles, telle l’utilisation d’un avion commercial comme arme de destruction”.

Lors de leur installation, on nous a expliqué que les missiles Crotale étaient justifiés pour une réaction immédiate à toute attaque aérienne. En les retirant, bien conscients qu’il faudra plusieurs heures pour les remettre en service, on abandonne toute véritable protection.

Notre défense est sacrifiée

Cette décision le prouve. Elle confirme la situation dans laquelle se trouve notre pays en matière militaire. Les spécialistes et observateurs sont unanimes sur ce point : les budgets rognés ces dernières années ont conduit à notre affaiblissement.

Notre armée manque cruellement de moyens pour assurer ses missions.

En conclusion, le préfet préfère peut-être ignorer le danger mortel pour la population que représente La Hague sans protection permanente

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