Année 2002


Éolien en France : le poids de l'industrie du nucléaire

Univers Nature, 30 octobre 2002

[Mise en ligne le 31/10/2002]

AREVA, le leader mondial du nucléaire, a adhéré au SER (syndicat des énergies renouvelables) le 10 octobre 2002, rejoignant ainsi des sociétés telle que EDF, BP, Gaz de France, Shell et Total-Fina-Elf.

Né en septembre 2001, du regroupement de la Cogema, du constructeur de réacteurs nucléaires Framatone et du fabricant de composants électroniques FCI, AREVA revendique la 1ère place mondiale en matière de nucléaire et est le seul fabricant français d'éoliennes de grande puissance grâce à sa filiale Jeumont S.A. Dans son communiqué, AREVA estime que son adhésion au "...SER illustre la volonté d'un leader mondial des produits et services aux compagnies électriques de jouer pleinement son rôle dans l'élaboration du mix énergétique français et notamment dans le développement de l'industrie éolienne."

Toutefois, lorsque l'on compare les chiffres du développement et de la production éolienne de la France par rapport à ses voisins, on peut s'interroger sur la réelle volonté du géant du nucléaire en matière de développement de l'industrie éolienne. En effet, des pays proches (au niveau géographique, développement économique et surface) comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni sont très loin devant la France, en matière de production d'énergie à partir du vent. Ainsi, le Royaume-Uni, qui a la puissance éolienne installée la plus faible des 4 pays cités, dispose d'un parc de 474 MW, pendant que la France culmine laborieusement à 94 MW. Côté développement, les chiffres démontrent également l'absence de volonté française avec seulement 15 MW installés en 2001 tandis que les anglais en installaient 65 MW.

Au final, dans l'Union Européenne, la France pointe en 12ème position des producteurs d'énergie éolienne, devant la Finlande, la Belgique et le Luxembourg. À l'opposé, Allemagne et Espagne sont en pôle position avec respectivement 8750 MW et 3660 MW installés fin 2001 et une croissance annuelle du parc supérieure à 40%.

Pour définir un ordre de grandeur, les 14827 MW de capacité de production des 3 premiers pays européens en éolien (Allemagne, Espagne et Danemark) sont équivalent à 14 réacteurs nucléaires de 1300 MW (puissance des derniers réacteurs mis en service en France), mais... sans les déchets radioactifs dont on ne sait que faire, le risque d'accident, les lignes à haute tension et le démantèlement des unités de production au coût vertigineux.

Mis à part l'aspect énergétique, l'enjeu industriel n'est pas neutre et les industriels danois, espagnols et allemands confirment l'engagement de leur pays en monopolisant le marché de la production d'éolienne. Le danois Vestas, premier constructeur mondial avec 858 MW vendus en 2000, génère un chiffre d'affaire de 858 millions d'euros et 4711 emplois.

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