Année 2002


British Energy retourne dans le giron de l'Etat au prix fort

Yahoo! Finance - Reuters, Londres, 28 novembre 2002

Adresse originale : http://fr.biz.yahoo.com/021128/85/2vcym.html

[Mise en ligne le 29/11/2002]

Le producteur d'énergie nucléaire British Energy, entreprise publique privatisée en 1996, est revenu jeudi indirectement dans le giron de l'Etat en obtenant une aide qui permet à ce dernier de contrôler plus de 65% de ses revenus et coûtera au contribuable de 150 à 200 millions de livres sterling chaque année pendant dix ans.

Avec une perte de 518 millions de livres prévue cette année et une autre de 479 millions en 2001, l'entreprise, qui fournit à la Grande-Bretagne plus du cinquième de son électricité, doit 1,2 milliard de livres à ses créanciers, dont 408 millions de livres d'obligations en circulation, avec 110 millions remboursables l'an prochain.

Sa restructuration se concrétisera par l'émission de 700 millions de livres d'obligations et d'actions nouvelles, en échange des obligations existantes. Ceci aura pour conséquence de ramener entre 5% et 10% la participation des 224.000 petits actionnaires actuels.

Ils se verront proposer 425 millions de livres d'obligations nouvelles, mais à très longue échéance, certaines jusqu'à 2035. L'Etat pour sa part, via une agence ad hoc, recevra 275 millions d'obligations.

"C'est mieux que rien. Au moins, ce n'est pas le dépôt de bilan. Mais les actionnaires y perdent énormément de toute façon", commente l'un d'eux, Malcolm Tracey.

Quant aux détenteurs d'obligations, ils seront remboursés au mieux à 50%.

L'actuel président Robin Jeffrey sera remplacé par Andrian Montague, un ancien haut fonctionnaire devenu vice-président de Network Rail, l'entreprise publique qui a pris le relais de l'ex-privatisée Railtrack qui a fait faillite.

"La priorité du gouvernement est d'assurer la sécurité de l'approvisionnement en électricité. Cette pragmatique restructuration devrait atteindre ce but", a déclaré dans un communiqué le ministère du Commerce et de l'Industrie.

British Energy va également renégocier le contrat de traitement des déchets de 300 millions de livres par année qui le lie à l'entreprise publique BNFL, et stocker davantage ses déchets plutôt que de les retraiter. British Energy est le premier client de BNFL.

British Energy emploie 5.200 personnes en Grande-Bretagne et 3.000 au Canada. Sur le territoire national, il possède huit réacteurs nucléaires d'une capacité totale de 9.600 mégawatts ainsi qu'une centrale au charbon de 2.000 mégawatts. Ces établissements, déficitaires, représentent 75% de ses ventes.

Les seules opérations rentables sont aux Etats-Unis et au Canada. L'entreprise projette de vendre ces actifs, dont une participation de 82% dans la centrale nucléaire de Bruce Power, dans le sud-ouest de l'Ontario.

UNE DEBÂCLE COMME CELLE DE RAILTRACK?

Avec le souvenir récent de la débâcle de Railtrack, qui a coûté 16 milliards de livres à l'Etat, les critiques ne manquent pas. Pour Emma Gibson, de Greenpeace, "cette décision, alors que le marché de l'électricité est engorgé, entravera le développement d'énergies propres qui pourraient répondre dix fois à nos besoins et créer des milliers d'emplois".

Pour Tim Yeo, porte-parole du parti conservateur sur les questions commerciales et industrielles, "ce sont les actes et négligences du gouvernement qui ont provoqué les difficultés de British Energy. Sa gestion de cette crise est néfaste pour le contribuable et rend encore plus floue sa politique en matière d'énergie".

L'aide de l'Etat a reçu l'aval de la Commission européenne mercredi à la condition qu'elle n'excède pas 899 millions de livres avec une rallonge éventuelle de 276 millions dans certains cas bien définis. La Commission exige de voir le plan de restructuration d'ici six mois, que l'argent emprunté soit remboursé aux taux du marché et exclut que les crédits obtenus puissent servir à accroître les capacités de production de la compagnie.

La Bourse a hurlé. L'action a clôturé en baisse de 55,57% à 701,4 pence.

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