Année 2002
La
loi Bataille donne lieu à une saga judiciaire entre Cogema et
écologistes
La Recherche - AFP, Cherbourg, 3 décembre
2002
[Mise en ligne le 09/12/2002]
La loi Bataille est au coeur de la saga judiciaire
qui oppose depuis dix ans les écologistes à la Cogema,
une lutte dans laquelle les écologistes dénoncent "le
stockage et l'importation illégaux" de ce qu'ils considèrent
comme des "déchets nucléaires étrangers".
A l'origine des plaintes des écologistes,
que ce soit l'association Greenpeace ou le Comité de réflexion,
d'information et de lutte anti-nucléaire (CRILAN), se trouve
toujours la fameuse loi Bataille de 1991, l'étendard judiciaire
des opposants au nucléaire.
Cette loi stipule l'interdiction du stockage de
déchets radioactifs étrangers sur le sol français
excepté le temps du retraitement, quand celui-ci a fait l'objet
d'autorisations administratives délivrées par la Direction
générale de la sûreté nucléaire et
de la radioprotection.
Mais cette loi n'est assortie d'aucune sanction
ni d'aucun décret d'application et surtout elle pose problème
car reste encore à savoir exactement ce qu'est un "déchet
nucléaire".
Une qualification qui embarrasse les tribunaux
et qui est au coeur des guerres que se livrent les écologistes,
qui considèrent notamment le MOX allemand et australien comme
des "déchets étrangers importés et stockés
illégalement en France" et la Cogema, qui les considère
comme du "combustible usé destiné à être
recyclé".
Lundi, c'est dans l'arène de la chambre
civile du TGI de Cherbourg que se confrontaient à nouveau la
Cogema et les écologistes, Greenpeace et le CRILAN.
Du Bouguenais au MOX allemand
Greenpeace était présente à
ce procès pour un conflit qui a commencé en mars 2001:
Greenpeace avait assigné la Cogema en référé
pour interdire le déchargement du Bouguenais, un navire chargé
de 360 barreaux radioactifs de combustibles issus d'un réacteur
de recherche australien.
D'abord déboutée sur la forme, Greenpeace
avait ensuite attaqué sur le fond devant le tribunal de grande
instance de Cherbourg, exigeant que la Cogema de La Hague produise les
autorisations nécessaires au retraitement de ces combustibles,
conformément à l'article 3 de la loi Bataille.
Mais un problème de compétence du
TGI de Cherbourg avait obligé à porter l'affaire devant
le Tribunal des conflits qui a fini par reconnaître la compétence
de la chambre civile du TGI de Cherbourg.
Greenpeace a pu à nouveau formuler sa requête
lundi, soit 22.630 euros (150.000 francs) de dommages-intérêts
et l'arrêt des importations de combustible usé étranger
du même type que celui du Bouguenais.
Lors de ce procès était aussi présente
l'association Manche Nature. Cette association écologiste, agréée
à se pourvoir en justice, s'est substituée au CRILAN concernant
une plainte pour "stockage de rebus de MOX allemand sans autorisation
de retraitement" déposée en mars 2001.
La tribunal a mis sa décision en délibéré
au 3 février.
Une décision très attendue alors
même que les écologistes viennent d'essuyer un revers avec
l'obtention vendredi par la Cogema d'un non-lieu pour sa mise en examen
en 1998 pour "mise en danger de la vie d'autrui".
Ce non-lieu est l'aboutissement d'une plainte déposée
par le CRILAN en janvier 1994 pour "stockage illégal de
déchets étrangers sur le site de La Hague", notamment
du MOX allemand, une plainte complétée en 1997 avec la
"mise en danger de la vie d'autrui".
© 2002 AFP
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