Année 2003


Craintes de coupures de courant au Japon après le scandale Tepco

La Recherche - AFP, Tokyo, 30 décembre 2002

[Mise en ligne le 06/01/2003]

Les craintes de coupures de courant se sont intensifiées ces dernières semaines au Japon parce que plusieurs centrales nucléaires risquent de devoir rester fermées l'an prochain à la suite du scandale qui a terni la réputation du numéro un de l'électricité Tepco.

Le gouvernement et la compagnie Tepco (Tokyo Electric Power) ont lancé à la mi-décembre une campagne nationale inhabituelle pour inciter les Japonais à économiser l'énergie, la première depuis la crise pétrolière de 1973, alors que l'hiver correspond généralement à un pic d'utilisation.

Tepco, la première compagnie électrique privée au monde par son chiffre d'affaires, a demandé à chacun de ses 10.000 clients industriels de réduire leur consommation en abaissant la température de leurs systèmes de chauffage et en évitant de chauffer les pièces non utilisées.

"Notre principal préoccupation est l'éventualité d'une vague de froid qui pourrait faire bondir la demande d'électricité. Mais nous pensons encore pouvoir éviter une coupure de grande ampleur et surmonter le problème du pic hivernal qui dure habituellement jusqu'à mars", a expliqué Toru Ueno, porte-parole de Tepco.

Le gouvernement du Premier ministre Junichiro Koizumi a demandé à tous les ministères et aux entreprises para-publiques de faire des économies et l'Agence de l'énergie a prévu de déployer sur ses bâtiments des banderoles demandant au grand public de coopérer.

Début décembre, Tepco avait annoncé qu'il allait stopper la production d'électricité dans ses 17 réacteurs nucléaires en raison d'inspections urgentes ordonnées après un scandale qui a montré que le géant avait falsifié les résultats des contrôles effectués sur ses installations nucléaires depuis la fin des années 1980.

Le patron du groupe, Nobuya Minami, a démissionné en septembre et Tepco a lancé une enquête interne, tout en tentant de regagner la confiance des personnes résidant à proximité de ses installations nucléaires.

Le groupe qui a déjà arrêté neuf réacteurs prévoit d'utiliser des centrales à charbon et hydro-électriques pour compenser la non utilisation de ses installations nucléaires qui fournissent habituellement 44% de sa production.

"Nous pensons que Tepco parviendra à passer l'hiver, mais un vrai problème devrait survenir pendant l'été", a estimé Hiroyuki Sakaida, analyste des services publics chez Lehman Brothers.

"Si la suspension de ses réacteurs nucléaires se poursuit, Tokyo devrait connaître des coupures sans précédent. La (production d'électricité à Tokyo dépend totalement de la rapidité avec laquelle les inspections seront terminées", a-t-il ajouté.

Les organisations opposées au nucléaire et les riverains de centrales demandent au gouvernement de chercher d'autres sources d'énergie, alternatives au nucléaire. "Le Japon devrait se rendre compte qu'il y a des limites à l'utilisation de cette dangereuse énergie", a critiqué Kazue Suzuki, membre de Greenpeace au Japon.

C'est au Japon que s'est produit en 1999 le plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl (Ukraine, 1986), lorsque des ouvriers ont déclenché un accident de criticité provoquant la mort de deux personnes et l'irradiation de 400 autres à Tokaïmura, à 150 km au nord de Tokyo.

"Nous sommes au courant des difficultés à maintenir les installations nucléaires, mais l'énergie nucléaire reste un pilier de notre programme énergétique", a expliqué Tatsuji Narita, un responsable de l'Agence de l'énergie.

Le Japon a prévu d'accroître sa dépendance du nucléaire de 35% en 2001 à 42% en 2010 alors que l'Allemagne par exemple a prévu de fermer tous ses réacteurs nucléaires d'ici 2020.

"Ce que nous devons faire, c'est renforcer les règles concernant les inspections et éviter une répétition des accidents liés au nucléaire", a affirmé M. Narita.

© 2002 AFP

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