Année 2003
Des
atomes très crochus
A Matignon comme au sein de l'UMP, le lobby des pronucléaires
est chez lui.
Libération, 9 janvier 2003
Par Grégoire BISEAU
Adresse originale : http://www.liberation.fr/page.php?Article=79515
[Mise en ligne le 10/01/2003]
Cela faisait bien longtemps que le lobby des pronucléaires
n'avait pas eu d'aussi bons contacts avec un gouvernement. En tout cas,
avec celui de Raffarin, il se sent chez lui. D'abord, rarement le corps
des Mines, grand vivier des défenseurs de l'atome, n'avait eu
autant de représentants à Bercy. Outre le conseiller en
charge des questions d'énergie (un grand classique), le corps
peut compter sur la fidélité de François Loos (ministre
délégué au Commerce), mais surtout de Francis Mer,
X-Mines et ancien administrateur d'EDF. Ce dernier a même nommé
comme conseiller aux affaires parlementaires Pierre Tréfouret,
ancien du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le
temple des nucléocrates. Difficile de trouver une courroie de
transmission plus efficace.
Le plus troublant, c'est qu'il n'existe quasiment
plus de contre-pouvoir à ce vieux lobby français au sein
du gouvernement et de sa majorité. Ni au ministère de
l'Environnement : Roselyne Bachelot étant devenue l'une des meilleures
avocates du nucléaire. Ni même au sein des députés
UMP sensibilisés aux problèmes d'écologie et d'environnement.
Même au sein d'Ecologie Bleue, la composante environnement de
l'UMP, on tombe nez à nez avec des vrais nucléocrates.
Par exemple, Françoise Dutheil, membre du Parti radical et spécialiste
des questions de nucléaire au sein d'Ecologie Bleue, est carrément
une ancienne ingénieure du CEA. Une vraie zélote de l'atome
qui n'hésite pas à écrire une note intitulée
: «Pourquoi le retraitement du combustible nucléaire est-il
indispensable ?» (octobre 2002).
Depuis plusieurs semaines, Ecologie Bleue, animée
par Patrice Hernu, membre de l'UMP, multiplie les consultations avec
les principaux représentants de la filière nucléaire
française pour alimenter le futur débat parlementaire.
Et reprend à son compte l'argument environnemental brandi par
l'ensemble de l'industrie : l'atome serait la seule source d'énergie
réellement compétitive qui préserve la couche d'ozone.
Ainsi, elle serait écologique.
Retour
au sommaire