Année 2003


Nouveau revers pour le nucléaire nippon: suspension du surgénérateur de Monju

La Recherche -AFP, Tokyo, 27 janvier 2003

[Mise en ligne le 30/01/2003]

Une haute cour japonaise a ordonné lundi la suspension permanente du surgénérateur expérimental de Monju dans l'ouest du Japon à la suite de problèmes, une décision qui constitue un grave revers pour le programme nucléaire japonais.

La haute cour de Nagoya a donné raison aux riverains qui demandaient l'annulation d'une autorisation gouvernementale prise en décembre 2002 pour la relance du réacteur de Monju situé à Tsuruga, à 350 kms de Tokyo. Il s'agit de la première décision de justice défavorable au nucléaire au Japon, pays pauvre en ressources naturelles et donc très dépendant de ce type d'énergie.

"On ne peut pas nier le danger évident de diffusion de substances radioactives dans l'environnement en raison des dégats subis par les installations du réacteur nucléaire", a déclaré le juge présidant l'audience Kazuo Kawasaki, à propos du réacteur de 280.000 kilowatts. Le réacteur d'un coût de 6 milliards de dollars est arrêté depuis une fuite massive de sodium de refroidissement en décembre 1995 mais le gouvernement souhaitait redémarrer le surgénérateur. "C'est une grave infraction à la loi" de la part du gouvernement de vouloir continuer à opérer le réacteur en dépit des craintes de fuite radioactive, a estimé le juge, décrétant de fait la fermeture permanente du réacteur.

En première instance, le tribunal de Fukui avait estimé que l'on ne pouvait pas expliquer l'accident par la structure de base du réacteur. La décision en deuxième instance du tribunal de Nagoya est "historique et aura un grand impact sur la politique énergétique japonaise", a estimé Aileen Mioko Smith, directeur de Green Action, une association de Kyoto qui soutenait les plaignants.

Le gouvernement s'est dit choqué par cette décision, en soulignant qu'il réfléchissait à une contre-attaque et notamment un recours à la cour suprême. "Il est important de développer la technologie de la surgénération pour que le Japon se garantisse une source stable d'énergie", a souligné la ministre des Sciences Atsuko Toyama. "Monju est encore une installation essentielle pour cette technologie", a-t-elle ajouté.

Le Japon a prévu d'augmenter sa dépendance du nucléaire en faisant passer sa part de 35% de la fourniture d'électricité en 2001 (avec 50 réacteurs) à 42% en 2010.

Plusieurs pays dont la France ont lancé des expériences avortées de surgénération. Ces derniers mois, le nucléaire n'est pas très en vogue au Japon en raison d'un scandale concernant des fissures et incidents dissimulés aux autorités par le numéro un de l'électricité Tepco. En 1999, le Japon a été le théâtre du plus grave désastre nucléaire depuis Tchernobyl en 1986 lorsque deux personnes moururent et 400 autres furent irradiées dans un accident de criticité, lors de la production d'uranium à Tokaimura, au nord-est de Tokyo.

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