Année 2003
L'Etat
condamné pour l'irradiation d'un appelé en 1962 lors un
essai nucléaire
La Recherche -AFP, Bordeaux, 25 mars 2003
[Mise en ligne le 25/03/2003]
La cour administrative d'appel de Bordeaux a déclaré
l'Etat français "responsable" de l'irradiation d'un
ancien appelé lors d'un essai nucléaire mené en
1962 dans le Sud algérien, ouvrant ainsi la voie à son
indemnisation, selon un arrêt rendu public lundi.
Alain Duterde, qui effectuait à l'époque
son service militaire comme chauffeur du ministre des Armées
Pierre Messmer au sein du 621e groupe d'armes spéciales basé
dans le Sahara algérien, a "été victime le
1er mai 1962d'irradiations radioactives lors de l'essai par l'armée
d'une bombe atomique de forte puissance sur la montagne de Talafela",
rappelle la cour dans son arrêt daté du 18 mars dont l'AFP
a eu copie.
L'avoir laissé "assister à l'essai
nucléaire (...) à l'extérieur de l'abri anti-atomique
existant, puis participer à plusieurs reprises sans protection
particulière au prélèvement d'échantillons
dans la zone contaminée dans les semaines ayant suivi l'explosion,
constitue une faute lourde de l'Etat", selon la cour.
Victime depuis les années 80 de nombreuses
séquelles de son irradiation, l'ancien appelé âgé
aujourd'hui d'une soixantaine d'années a réclamé
des indemnités que lui avaient refusées le tribunal administratif
de Pau, le 2 mai 2000, au motif qu'il percevait déjà une
pension militaire d'invalidité.
L'avocat du plaignant, Me Jean-Philippe Labes a
souligné que c'était la première fois que l'Etat
français était condamné pour les conséquences
de ses essais nucléaires, ouvrant ainsi la voie pour d'autres
dossiers en cours. Il a cependant jugé probable que le Conseil
d'Etat soit saisi d'un recours en cassation.
La cour va faire procéder à une expertise
médicale pour évaluer le préjudice global de l'ancien
appelé qui réclame 500.000 francs (plus de 76.000 euros)
au titre de dommage et intérêts.
© 2003 AFP
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