Année 2003


Déchets radioactifs : retard au stockage en sous-sol

Libération, 19 mai 2003
Par Sylvestre Huet

Adresse originale : http://www.liberation.fr/page.php?Article=111503

Le laboratoire souterrain expérimental de Bure dans la Meuse ne sera pas terminé en 2006.

[Mise en ligne le 19/05/2003]

«On est en retard sur le labo souterrain, mais pas sur le reste.» Yves Le Bars, président de l'Andra, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, ne cherche pas à nier l'évidence : l'accident mortel survenu le 15 mai 2002 sur le chantier du laboratoire souterrain en cours de creusement à Bure (Meuse), où l'on doit réaliser des expériences grandeur nature sur un éventuel stockage définitif des déchets les plus radioactifs, se traduira nécessairement par un retard sur le calendrier initial. Après de longs mois d'arrêt, le creusement du puits auxiliaire a repris le 30 avril. Autrement dit, en 2006, échéance prévue depuis la loi Bataille de 1991 sur la gestion desdits déchets, le Parlement n'aura pas à sa disposition tous les éléments espérés pour se forger une réponse définitive à la question : la France doit-elle oui ou non se lancer dans une politique de stockage souterrain (par opposition à du stockage en surface) pour tous ses déchets nucléaires. Pour l'instant, outre le combustible, qui est, lui, retraité à l'usine de La Hague (mais dont une partie reste sous la forme de déchets fortement radioactifs), les autres «détritus» concernés par la future loi (tous les matériaux et objets qui ont été contaminés, même très faiblement) sont, eux, soit stockés dans les centrales nucléaires, soit à La Hague.

Pour autant, François Jacq, le directeur général de l'Andra, qualifie de «considérable» le dossier scientifique déjà constitué sur le site, à coups de forages, d'expériences sismiques, de modélisation. Les propriétés de l'argile ou la circulation de l'eau autour de la couche qui doit abriter le laboratoire sont ainsi bien connues. Surtout, précise-t-il, «personne n'imagine que l'on décide dès 2006 d'autoriser la création d'un site de stockage, le processus de décision sera certainement plus long». Processus qui échappe d'ailleurs à l'agence, puisqu'il relève strictement des pouvoirs publics. Ces derniers viennent justement de se manifester : l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques demande à l'agence de lui remettre dès 2004 un rapport préliminaire de manière à engager, sans attendre 2006, le dialogue entre politiques et techniciens.

Pour «le reste», l'Andra est «à l'heure», affirme son président. Ainsi, «les premiers colis arriveront cet été au centre de stockage des "déchets très faiblement radioactifs", ouvert à Morvilliers, dans l'Aube, selon le calendrier prévu», se réjouit-il. A quelques kilomètres de celui de Soulaines, où sont stockés les déchets de faible et moyenne activités, le site de Morvilliers est prévu pour accueillir jusqu'à 650 000 m3 de déchets ­ à 80 % les gravats de bétons et ferrailles issus du démantèlement des centrales nucléaires, mais aussi des résidus de la fabrication d'engrais où se concentre la radioactivité naturelle. Stockés en vrac ou dans de grands sacs, ils prendront place dans des alvéoles de quelques mètres de profondeur, creusées dans une couche d'argile... Le concept se veut simple et pas cher. En cohérence avec la très faible radioactivité, qui disparaît en outre en quelques dizaines d'années, de ce type de déchets que la France est pratiquement la seule à traiter de manière particulière. En fait, le centre de Morvilliers ne sera pas une «installation nucléaire de base», mais une simple «installation classée pour l'environnement», selon la nomenclature administrative.

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