Année 2003
Risque
sismique: l'usine Cogema de Cadarache cesse de produire
Voila.fr -AFP, Marseille, 28 juillet 2003
[Mise en ligne le 30/07/2003]
L'usine de fabrication de combustibles nucléaires
MOX de Cadarache (Bouches-du-Rhône) a récemment cessé
sa production commerciale, pour raisons de sûreté, car
elle est située à quelques kilomètres de la faille
sismique de la Durance, selon la Cogema.
Dès 1995, l'autorité de sûreté
française avait informé le Commissariat à l'énergie
atomique et la Cogema que l'usine, inaugurée en 1962 à
60 km au nord de Marseille, n'était plus conforme aux normes
parasismiques.
Vieille de 40 ans, l'usine a fabriqué, le
16 juillet, ses "derniers crayons combustibles MOX" destinés
à ses clients allemands.
Le MOX (mixef oxide) recycle une partie des combustibles
usés issus des centrales nucléaires. Fabriqué à
partir d'oxydes d'uranium et de plutonium retraités, il est réutilisé
pour alimenter les réacteurs de centrales de production électrique
françaises, allemandes ou suisses.
Cogema a proposé il y a trois ans de transférer
ses productions commerciales de MOX (40 tonnes par an) vers son usine
de Melox, dans le Gard, mais elle attend l'autorisation de le faire,
au terme d'une enquête publique.
Sur les 306 employés, "160 restent sur
le site", précise Cogema, filiale du groupe nucléaire
Areva. Les 146 autres sont concernés par un "plan d'accompagnement
de la mobilité et de reclassement dans d'autres entités
du groupe".
"L'établissement s'occupera, pendant
les trois prochaines années, de travaux de recherche et développement
et des opérations de conditionnement des rebuts de fabrication.
Puis une phase de nettoyage et d'assainissement de l'installation précédera
son démantèlement, qui devrait commencer en 2006",
a indiqué la société.
L'organisation écologiste Greenpeace a dénoncé
lundi "un projet de nouvelle transformation de MOX, à Cadarache,
à partir de plutonium militaire américain".
Dans une étude commandée par Greenpeace,
dont l'AFP a obtenu une copie, le cabinet WISE (World information service
on energy) écrit que le gouvernement américain a sollicité
le gouvernement français pour la fabrication, à Cadarache,
d'assemblages LTA ("Lead test assembly", ou "assemblage
pour premier essai") de MOX.
"Même si la fabrication des assemblages
LTA peut être considérée comme une production de
recherche, et non comme une production commerciale, il sera difficile
d'expliquer aux citoyens français pourquoi le site est dangereux
pour la production commerciale de MOX (...) mais pas pour la manipulation
de plutonium militaire des Etats-Unis", conclut l'étude.
Cogema a confirmé "avoir répondu
à un appel d'offres lancé par les Etats-Unis pour la fabrication
d'assemblages tests", dans le cadre de leur programme d'élimination
du plutonium militaire en excès.
"Contrairement à ce que dit le cabinet
antinucléaire WISE, si on devait fabriquer de tels assemblages
à Cadarache, ça ne poserait pas de problème de
sûreté, parce qu'il y aurait une très faible quantité
de plutonium sur place, moins d'un dixième de ce qu'il y avait
quand l'usine tournait à plein", ajoute Cogema.
Le centre nucléaire de Cadarache est par
ailleurs candidat à la construction d'un réacteur de fusion
expérimental, le projet ITER (International Thermonuclear Experimental
Reactor).
Sa situation à quelques kilomètres
de la faille sismique de la Durance ne pose "strictement aucun
problème", a assuré à l'AFP le directeur-adjoint
du CEA Cadarache, Alain Girard, puisque le projet intègre les
"normes antisismiques d'aujourd'hui, édictées par
l'autorité de Sûreté nucléaire sur la base
des recommandations d'un groupe d'experts internationaux".
Retour au sommaire