Nucléaire : gênant, le « secret défense »

Ouest-France.fr, Cherbourg, le 2 septembre 2003
Par Nicolas Denoyelle

Adresse originale : http://www.ouest-france.fr/ofinfosgene.asp?idDOC=92694&idCLA=3636

[Mise en ligne le 30/07/2003]

Un arrêté ministériel du 9 août classe les transports de matières nucléaires « secret défense ». Ce texte en embarrasse plus d'un, y compris du côté des exploitants. Greenpeace dénonce l'instauration d'une « censure ».

« Hier matin, un convoi ferroviaire de déchets nucléaires en provenance d'Allemagne a été réceptionné au terminal Cogema de Valognes pour être retraités dans la Manche. » Une information qui était devenue banale. Une information voulue par beaucoup d'habitants, réclamée depuis longtemps par des associations écologistes. Anne Lauvergeon, qui préside le groupe Areva ­ dont Cogema-la Hague est une filiale ­ prônait régulièrement cette transparence.

L'embarras du député UMP

Mais, un arrêté du haut fonctionnaire de Défense pour le ministère de l'Industrie, paru au Journal officiel du 9 août, vise clairement à restreindre cette communication. Article 1 : « Les renseignements relatifs aux transports de matières nucléaires présentent un caractère de secret de la Défense nationale ». L'arrêté renvoie à des textes de loi de 1980 et 1981 qui précisent les peines encourues si un renseignement classé « secret défense » était « porté à la connaissance du public ou d'une personne non qualifiée ». Soit de trois à sept ans de prison et de 45 000 € à 106 000 € d'amende.

Cet arrêté a très vite provoqué la colère des écologistes. Mais il en embarrasse plus d'un, notamment le député UMP de Cherbourg, Jean Lemière. Ce dernier préside la CSPI (Commission spéciale d'information sur l'usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague). Thème de la prochaine réunion de cette commission : les transports de plutonium ! Le 8 octobre, en effet, Greenpeace, le cabinet scientifique et écologiste Wise, et le haut fonctionnaire de Défense, responsable de l'arrêté, étaient censés s'exprimer sur ce sujet, toujours dans une volonté de transparence pour la population.

« Ce n'est pas simple, souligne Jean Lemière. Tout ce que je peux dire en tant que président de la CSPI, c'est que je vais réunir le bureau pour éventuellement changer l'ordre du jour et voir comment nous pouvons réagir. »

Jeudi à Valognes

Greenpeace parle de « censure. Depuis plusieurs mois, nous avons mis en place une cellule de contrôle des transports de plutonium », explique le porte-parole de l'organisation écologiste, Yannick Rousselet. « Nous avons prouvé que ces camions qui partent de la Hague pour aller dans le sud de la France n'étaient pas si protégés qu'on voulait nous le faire entendre. Ça a embarrassé beaucoup de monde et il fallait trouver une solution pour nous faire taire. La voilà. Seulement, cela ne règle pas les problèmes de sécurité. C'est une véritable entrave à la liberté d'expression. »

Cogema, qui expliquait que son industrie n'avait rien de différent d'une autre, se retrouve avec un « secret défense » qui lui enlève matière à communiquer. Seul commentaire : « Nous avons toujours agi dans le strict respect de la loi et nous allons nous conformer à ce qui nous est demandé. Nous suspendons l'émission d'information sur les transports. » Aucune ligne n'évoquera donc sur son site Internet les deux transports de déchets nucléaires en provenance de Hollande et d'Allemagne attendus, jeudi, au terminal ferroviaire de Valognes.

© Ouest-France Multimédia

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