Année 2003
Nucléaire
: gênant, le « secret défense »
Ouest-France.fr, Cherbourg, le 2 septembre
2003
Par Nicolas Denoyelle
[Mise en ligne le 02/09/2003]
Un arrêté ministériel du 9 août
classe les transports de matières nucléaires « secret
défense ». Ce texte en embarrasse plus d'un, y compris
du côté des exploitants. Greenpeace dénonce l'instauration
d'une « censure ».
« Hier matin, un convoi ferroviaire de déchets
nucléaires en provenance d'Allemagne a été réceptionné
au terminal Cogema de Valognes pour être retraités dans
la Manche. » Une information qui était devenue banale.
Une information voulue par beaucoup d'habitants, réclamée
depuis longtemps par des associations écologistes. Anne Lauvergeon,
qui préside le groupe Areva dont Cogema-la Hague est une filiale,
prônait régulièrement cette transparence.
L'embarras du député UMP
Mais, un arrêté du haut fonctionnaire
de Défense pour le ministère de l'Industrie, paru au Journal
officiel du 9 août, vise clairement à restreindre cette
communication. Article 1 : « Les renseignements relatifs aux transports
de matières nucléaires présentent un caractère
de secret de la Défense nationale ». L'arrêté
renvoie à des textes de loi de 1980 et 1981 qui précisent
les peines encourues si un renseignement classé « secret
défense » était « porté à la
connaissance du public ou d'une personne non qualifiée ».
Soit de trois à sept ans de prison et de 45 000 € à
106 000 € d'amende.
Cet arrêté a très vite provoqué
la colère des écologistes. Mais il en embarrasse plus
d'un, notamment le député UMP de Cherbourg, Jean Lemière.
Ce dernier préside la CSPI (Commission spéciale d'information
sur l'usine de retraitement des déchets nucléaires de
la Hague). Thème de la prochaine réunion de cette commission
: les transports de plutonium ! Le 8 octobre, en effet, Greenpeace,
le cabinet scientifique et écologiste Wise, et le haut fonctionnaire
de Défense, responsable de l'arrêté, étaient
censés s'exprimer sur ce sujet, toujours dans une volonté
de transparence pour la population.
« Ce n'est pas simple, souligne Jean Lemière.
Tout ce que je peux dire en tant que président de la CSPI, c'est
que je vais réunir le bureau pour éventuellement changer
l'ordre du jour et voir comment nous pouvons réagir. »
Jeudi à Valognes
Greenpeace parle de « censure. Depuis plusieurs
mois, nous avons mis en place une cellule de contrôle des transports
de plutonium », explique le porte-parole de l'organisation écologiste,
Yannick Rousselet. « Nous avons prouvé que ces camions
qui partent de la Hague pour aller dans le sud de la France n'étaient
pas si protégés qu'on voulait nous le faire entendre.
Ça a embarrassé beaucoup de monde et il fallait trouver
une solution pour nous faire taire. La voilà. Seulement, cela
ne règle pas les problèmes de sécurité.
C'est une véritable entrave à la liberté d'expression.
»
Cogema, qui expliquait que son industrie n'avait
rien de différent d'une autre, se retrouve avec un « secret
défense » qui lui enlève matière à
communiquer. Seul commentaire : « Nous avons toujours agi dans
le strict respect de la loi et nous allons nous conformer à ce
qui nous est demandé. Nous suspendons l'émission d'information
sur les transports. » Aucune ligne n'évoquera donc sur
son site Internet les deux transports de déchets nucléaires
en provenance de Hollande et d'Allemagne attendus, jeudi, au terminal
ferroviaire de Valognes.
© Ouest-France Multimédia
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