Année 2003


Areva pourrait signer un nouveau contrat avec Tokyo

Les Echos, Tokyo, le 5 septembre 2003
Par David Barroux et David Pilling (« Financial Times »)

[Mise en ligne le 08/09/2003]

Kansai Electric Power, le deuxième producteur d'électricité japonais cherche des fournisseurs de combustible Mox fabriqué à partir de plutonium retraité. Le groupe français Areva fait figure de favori.

Les malheurs des uns font parfois le bonheur des autres. Areva pourrait dans les mois qui viennent profiter des erreurs passées de son concurrent britannique BNFL pour remporter un contrat de fourniture de combustible Mox auprès de Kansai Electric Power, le deuxième producteur d'électricité japonais. Contenant du plutonium issu du retraitement du combustible nucléaire usé, le Mox est déjà utilisé en Europe (France, Grande-Bretagne...) mais pas encore au Japon.

Kansai Electric serait néanmoins sur le point d'entamer des négociations avec les fournisseurs potentiels de ce combustible, avec l'objectif de mener à bien ces discussions avant la fin de son exercice fiscal, en mars prochain. Un contrat de plusieurs milliards de yens pourrait être signé dès 2004 mais, étant donné les délais de fabrication et de transport, le « moxage » de la première centrale japonaise n'aurait guère de chance d'intervenir avant 2006-2007.

En concurrence avec BNFL et Belgonucléaire (un fournisseur belge avec lequel Areva collabore dans le Mox), Cogema (groupe Areva) fait figure de favori. Les capacités de production de Belgonucléaire sont sans doute trop limitées et BNFL s'est quelque peu exclu de lui-même pour avoir, en 1999, falsifié des données permettant de mesurer la qualité des premières livraisons de Mox aux électriciens japonais. BNFL a, depuis, admis son erreur et été contraint de rapatrier, en Grande-Bretagne, le Mox déjà livré, pour tenter de regagner les faveurs d'une opinion publique japonaise devenue hostile envers ce combustible.

Avantages économiques du Mox

Ce scandale a fait prendre un retard considérable au programme Mox nippon, qui est depuis gelé, mais le Japon n'a pas encore renoncé à utiliser ce combustible. Si les électriciens doutent parfois des avantages économiques du Mox, son utilisation permet en effet de retraiter une partie des combustibles usés. Le Japon, qui construit à Rokkashomura son propre centre de retraitement, s'est d'ailleurs inscrit dans cette logique du cycle du combustible nucléaire. S'ils n'utilisent pas le Mox, les électriciens japonais risquent de se retrouver avec des tonnes de plutonium dont ils ne sauront que faire et leur site de Rokkoshamura, dans lequel ils ont déjà investi plus de 500 milliards de yens (4 milliards d'euros), s'avérerait inutile. L'an dernier, le premier électricien japonais, Tepco, devait « moxer » une centrale, mais il avait été contraint de suspendre à son tour ce programme après un nouveau scandale portant sur la falsification des rapports d'inspection de ses centrales.

S'il devient une réalité, le marché du Mox japonais pourrait générer un chiffre d'affaires de plusieurs centaines de millions d'euros par an pour les fournisseurs. La simple transformation en Mox des quelque 30 tonnes de plutonium issues des combustibles usés japonais retraités en France par Cogema durant les années 1990 fournirait du travail à l'usine Melox d'Areva, située à Marcoule (Gard), pendant près de deux ans. Kansai Electric ayant été traumatisé par l'expérience BNFL, c'est sans doute tout autant sur le terrain économique que sur celui de la sécurité et de l'assurance que les données seront infalsifiables et que se gagnera ce contrat.

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