Année 2003


Le « mox » militaire s'envole en France

LE SOIR en ligne, le 1 octobre 2003
Par Christophe Schoune

[Mise en ligne le 01/10/2003]

Ce fut une affaire d'Etat, c'est désormais une affaire enterrée : le plutonium américain issu d'ogives nucléaires désaffectées ne sera pas recyclé en « mox » en Belgique. La société Cogema, en France, bénéficiera de ce marché. Une décision qui, ajoutée à l'augmentation de capacité de fabrication de mox chez nos voisins, laisse craindre un avenir sombre à cette filière dans notre pays.

Les premiers nuages étaient apparus il y a un peu plus d'un an, lorsque le gouvernement arc-en-ciel reportait sine die la décision de fabriquer 4 assemblages de mox, un combustible nucléaire « recyclé », au départ de 80 kilos de plutonium militaire américain. L'aile écologiste était opposée à ce retraitement, jugeant le plutonium comme un déchet très dangereux susceptible de favoriser la prolifération nucléaire. De leur côté, les socialistes jugeaient le dossier incomplet et les libéraux penchaient en faveur de cette décision au nom de la contribution des accords internationaux de désarmement nucléaire.

Enterré politiquement, le dossier a néanmoins trouvé un aboutissement. Le département de l'Energie américain a signé un contrat avec le groupe énergétique français Areva, dont la filiale Cogema fabriquera du mox au départ de l'usine de Cadarache, dans le Gard. Le gouvernement américain a choisi notre technologie pour éliminer les stocks excédentaires de plutonium militaire, explique Patrick Germain, porte-parole d'Areva. Notre production test sera réalisée en quatre mois au cours de l'année 2004. Elle ne mettra en œuvre qu'une faible quantité de plutonium et sera ensuite développée aux Etats-Unis. Le combustible sera irradié dans une nouvelle usine en Caroline du Nord.

Le marché, dont Areva refuse de divulguer le montant, se chiffrerait à plus de trente millions de dollars. Il aurait permis à la société Belgonucléaire, sous-traitante de Cogema, de mettre du beurre dans ses épinards alors que les carnets de commande sont vides après 2005.

C'est un marché important que nous avons perdu en raison de l'attentisme du gouvernement belge, concède Yvon Vanderborck, directeur chez Belgonucléaire. Mais il n'a jamais été envisagé que l'on puisse fabriquer davantage de combustible pour les Américains. Nous devrons trouver de nouvelles pistes après 2005...

La chaîne mox condamnée en Belgique après 2006 ?

Des pistes étroites si l'on en juge par l'augmentation de capacité de 44 tonnes par an accordée ce mois-ci à une autre usine de mox située à Marcoule (Gard), en France. Or, ce chiffre correspond à la production annuelle de Belgonucléaire, qui emploie 330 personnes à Dessel et à Bruxelles. L'augmentation de Marcoule compense la fermeture progressive de Cadarache, veut-on rassurer chez Areva. La situation de Belgonucléaire dépendra du marché en 2005.

Un marché plutôt morose, juge-t-on chez Greenpeace, adversaire de toujours du nucléaire. L'Allemagne sort du mox, et le marché est limité au plan européen, note Jan Vande Putte. Ajoutez à cela que les coûts de production de l'usine de Marcoule sont moins élevés et on comprend que la Belgonucléaire cessera sans doute ses activités sauf si des marchés étaient décrochés vers la Russie.

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