Année 2003


« Des transports risqués »

LE SOIR en ligne, le 7 octobre 2003
Par Christophe Schoune

[Mise en ligne le 07/10/2003]

Faut-il craindre le transport de plutonium en Belgique ? Oui, si l'on en juge par les conclusions d'une nouvelle étude commandée du bureau Wise. Pour les experts énergétiques parisiens, pas de doute, les va-et-vient sur les routes de cette matière fissile radioactive représentent une activité à « hauts risques » pour les habitants (1).

Issu du retraitement de la matière déjà irradiée retraitée à La Hague, l'oxyde de plutonium transporté sous forme de poudre sert à la fabrication du « mox ». Fabriqué et assemblé à Dessel, ce combustible « recyclé » alimentera à son tour des réacteurs nucléaires en Allemagne et en Suisse.

Alors que la France déplace 40 tonnes de plutonium chaque année sur ses routes, ces transports par camion pèsent près de 2,5 tonnes en Belgique. Soit, une vingtaine de trajets par an, selon nos informations. Un chiffre ni confirmé ni infirmé par les autorités de contrôle belges.

Les dangers liés à la manipulation et au transport touchent en fait au risque de réaction en chaîne (criticité) de cette matière fissile et aux risques de prolifération en cas de détournement d'un camion. Le dimensionnement mécanique et thermique des emballages de transport est au moins minimaliste, voire insuffisant au regard des conditions de transport rencontrées sur la route, note l'étude, dans ses conclusions. Selon les statistiques sur les transports des matières dangereuses et les accidents, les contraintes réglementaires ne sont pas suffisantes pour garantir la tenue des colis.

En cas d'accident, des relâchements de radioactivité significatifs sont envisagés par l'étude, qui élabore plusieurs scénarios. La collision avec un camion citerne donnant lieu à un embrasement engendrerait des retombées dans une zone de 12 kilomètres carrés. Cette superficie serait étendue à 250 kilomètres carrés si un camion devait être la cible d'une arme lourde, avec de lourdes conséquences sanitaires et environnementales…

Les normes de performances des colis utilisés pour le transport des matières nucléaires distinguent des situations de routine, analyse Yves Marignac, directeur de Wise. La sûreté des transports en situation accidentelle tient entièrement dans le principe, hautement discutable, que cette série de critères permet de décrire l'ensemble des situations accidentelles possibles.

Ayant reçu l'étude, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire belge déclare la « décortiquer » pour le moment : Si certaines informations ne sont pas dénuées de fondement, les conclusions sont néanmoins très exagérées, remarque Jean-Paul Samain, directeur de l'AFNC (2). Les emballages correspondent à des spécifications extrêmement sévères qui sont toujours rencontrées. Ils sont testés et régulièrement adoptés en fonction des progrès technologiques.

Quant aux itinéraires belges, l'Agence se limite à dire qu'ils empruntent « différentes » autoroutes vers et au départ de Dessel. Une protection policière discrète et des moyens de radioprotection sont déployés afin de savoir en permanence où se trouvent les camions.

Notes :

    1. www.wise-paris.org
    2. www.fanc.fgov.be

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