La Chine veut acheter une usine de plutonium allemande: délicates tractations

Courrier International -AFP, Berlin, le 2décembre 2003

Adresse originale : http://www.courrierinternational.com/afp/resultatDepeche.asp?id=031202140227.6zvxzdoa

[Mise en ligne le 03/12/2003]

Le conglomérat allemand Siemens a engagé des pourparlers en vue d'exporter vers la Chine une usine de fabrication de plutonium en déshérence, et assure avoir le soutien du chancelier Gerhard Schroeder, mais un tel projet pourrait susciter des oppositions politiques.

"Nous entamons des discussions avec les Chinois intéressés par la vente des installations techniques" de l'usine de Hanau (ouest), jamais mise en service depuis sa construction en 1991, a indiqué à l'AFP un porte-parole du groupe munichois (sud).

"Nous sommes confiants dans l'aboutissement des discussions et M. Schroeder a indiqué qu'il n'avait en principe rien contre", a souligné ce porte-parole.

La vente de telles installations à l'étranger nécessite le feu vert du gouvernement allemand. Le plutonium peut être utilisé à des fins civiles, mais aussi pour la fabrication d'armes nucléaires.

Cette annonce intervient à l'occasion d'un voyage en Chine de Gerhard Schroeder. Au cours de cette visite, le chancelier est accompagné par des patrons allemands, notamment le président du directoire de Siemens, Heinrich von Pierer.

Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a manifesté son intérêt dans ces équipements, au cours de ses entretiens avec M. Schroeder, selon des sources proches du gouvernement allemand.

Dans le cadre de ce projet, Siemens aurait déjà déposé une demande d'autorisation auprès de l'Office qui contrôle les exportations allemandes (BafA). "Nous avons reçu une demande" actuellement examinée par plusieurs ministères allemands, notamment ceux de l'Economie et des Affaires étrangères, a indiqué une porte-parole du BafA.

L'Office doit attendre que le gouvernement allemand prenne une décision pour délivrer ou non l'autorisation nécessaire, a ajouté la porte-parole, sans être en mesure de se prononcer sur le délai.

Ce projet risque de rencontrer des résistances, notamment parmi les Verts allemands, partenaires de la coalition gouvernementale, dans un pays où le nucléaire est un thème très sensible.

L'Organisation écologiste Greenpeace Allemagne a déjà fait savoir que "la vente de cette usine de plutonium serait une contribution allemande à la déstabilisation de l'Extrême-Orient".

Car "le MOX (ndlr: combustible contenant des oxydes d'uranium et de plutonium) est un matériel qu'on peut toujours utiliser pour la fabrication d'armes atomiques", a déploré Greenpeace dans un communiqué.

"Une utilisation à des fins purement civiles n'existe pas", a ajouté l'organisation écologiste, appelant le gouvernement allemand à n'accorder "en aucun cas" une autorisation à la vente de ces équipements.

L'usine de Hanau était censée devenir le plus grand centre de production de plutonium à destination des centrales nucléaires. Mais des pannes successives avaient conduit au début des années 1990 le ministre de l'Environnement de l'Etat régional de Hesse de l'époque, l'écologiste Joschka Fischer, actuel ministre des Affaires étrangères, à ordonner sa fermeture.

En 2001, Siemens avait sollicité de Berlin une autorisation d'exporter l'usine vers la Russie. Le groupe entendait par ce biais obtenir un soutien financier de l'Etat fédéral pour ce projet dans lequel Siemens avait investi quelque 700 millions d'euros.

L'usine serait évaluée aujourd'hui à 50 millions d'euros selon certaines estimations.

Le chancelier Schroeder avait alors fait savoir qu'il n'y était pas opposé, à condition que le retraitement du plutonium lui ôte son utilité militaire, afin d'être utilisé à des fins pacifiques.

Mais le ministre de l'Economie de l'époque, Werner Mueller, avait refusé de soutenir financièrement ce projet, qui s'était notamment heurté à l'opposition des milieux écologistes.

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