Un employé irradié se retourne contre FedEx

Le Parisien, le 29 décembre 2003
Par Claire Guédon

Adresse originale : http://www.leparisien.com/home/maville/valdoise/article.htm?articleid=225891489

[Mise en ligne le 29/12/2003]

« Cette histoire a flingué ma vie. » David Delaroche répète la même phrase au fil de la conversation. Les résultats d'une prise de sang qui lui ont été remis le 15 mars 2002 ont bouleversé son existence. Spécialiste en produits dangereux au sein de FedEx, cet habitant de Nogent-sur-Oise (Oise) de 29 ans apprend qu'il a été exposé à un niveau de radiations anormalement élevé. Les analyses extrêmement pointues ont été menées par les laboratoires de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, à la suite de la découverte d'une fuite radioactive sur un colis qui a transité le 29 décembre 2001, par le centre de tri européen de FedEx, à l'aéroport de Roissy. Deux ans plus tard, l'affaire prend une tournure pénale. Une instruction vient de débuter au tribunal de Bobigny, après la plainte avec constitution de partie civile déposée par David Delaroche, en février 2003, auprès du doyen des juges, pour entre autres, blessures involontaires, mise en danger délibérée d'autrui et manquement aux règles de sécurité.

« J'ignorais tout des conséquences pour ma santé » Les enquêteurs de la police judiciaire qui a été saisie l'ont auditionné pour la première fois le 15 décembre dernier, dans les locaux parisiens de la direction des affaires économiques. Dans la foulée, les experts de l'autorité de sûreté nucléaire viennent également d'être contactés. « Ça commence à bouger. Je reprends espoir, avoue la victime, reclassée temporairement par FedEx comme magasinier. Je ne serai tranquille que lorsque le dossier sera définitivement réglé. » A l'époque des faits, le personnel du département produits dangereux de FedEx-Roissy n'avait aucun équipement individuel de détection de la radioactivité. « J'aurais même été irradié deux fois », témoigne d'ailleurs David. « Il était anormal que des gens qui transportent des colis radioactifs ne soient pas classés dans la catégorie des travailleurs exposés au rayonnement ionisant. Nous avons fait un rappel à la réglementation » , précise Michel Bourguignon, directeur général adjoint de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. Il faut savoir que, même étanche, un paquet radioactif émet un débit de dose très faible. FedEx a dû réaliser une étude de risques. Depuis juillet 2002, les salariés bénéficient de deux types de dosimètres dont l'un à mesure électronique. L'un des appareils doit être disposé à hauteur de la poitrine et déclenche une alarme en cas de niveau de radiation trop élevé. La quête d'informations de David s'est transformée en un véritable combat. « Pendant des mois, j'ai été tenu dans le flou le plus total. Je me suis débrouillé seul pour collecter des renseignements. J'ignorais tout des conséquences pour ma santé. Encore aujourd'hui, je ne sais pas si je peux devenir père sans qu'il y ait de risques d'anomalie pour mon enfant. J'étais devenu parano. Je n'en dormais plus la nuit. Je me couchais et je finissais par me relever à 2 heures du matin pour relire et relire encore tous les documents. Je ne vivais que pour ça. » Surveillé médicalement, le salarié a choisi aussi de se faire suivre psychologiquement « pour ne pas péter les plombs » . Tenace, il a voulu porter les débats sur le plan judiciaire. « J'ai été obligé de prendre un crédit. » Pour pouvoir payer les frais d'avocat et le montant de la consignation.

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