Quatrième trimestre 1999


Interview de Jürgen Trittin, Ministre de l'Environnement allemand

Der Spiegel, 8 novembre 1999

Traduction WISE-Paris, le 15 novembre 1999

[Mise en ligne le 15/11/1999]

Spiegel: Les compagnies d'électricité vous reprochent de vouloir, contrairement aux accords antérieurs, arrêter froidement six réacteurs nucléaires en refusant des autorisations pour le transport de combustibles [irradiés]. C'est l'échec des pourparlers de consensus ?

Trittin: Je ne l'espère pas. L'industrie elle-même nous a certifié une procédure correcte. Nous avons, pour chacune des centrales, proposé aux entreprises des solutions pour poursuivre l'exploitation sans transport. S'il y a des retards dans la mise en place des solutions intermédiaires, c'est aussi du au fait que les demandes d'autorisation ont été formulées trop tard.

Spiegel: Et maintenant ?

Trittin: En septembre, nous avons en plus suggéré de créer des possibilités d'entreposage sur site en attendant l'achèvement des nouvelles capacités de stockage intermédiaire. Grace à cette solution, on pourrait assurer la poursuite de l'exploitation en l'absence de possibilité de transport.

Spiegel: Y-a-t-il une réaction définitive de la part des exploitants à cette offre ?

Trittin: Non. Ils continuent à réclamer les transports. Alors qu'il a toujours été clair que si, il y a premièrement un intérêt légitime pour un transport et que deuxièmement il peut être exécuté de façon sûre, il doit être autorisé. Il n'y a pas de marge pour l'appréciation.

Spiegel: La sûreté n'est-elle pas assurée ?

Trittin: L'Office fédéral de contrôle des matériaux [Bundesanstalt für Materialprüfung] examine encore des problèmes techniques concernant les conteneurs de type CASTOR que nous considérons comme solubles. L'analyse des conditions de transport pour les conteneurs à languettes de refroidissement ["Stachelbehälter"] qui doivent être acheminés vers les usines de retraitement à l'étranger engendre des difficultés plus importantes en terme de délais. Nous comptons pouvoir dire d'ici quelques semaines si et comment celà se passera. C'est ce que prévoit la procédure.

Spiegel: Que deviendront les déchets allemands en provenance du retraitement à l'étranger, dont le retour mobilise l'opposition des initiatives anti-nucléaires à Gorleben depuis des mois ?

Trittin: Il n'y a pas de raison factuelle, politique ou morale qui s'opposerait à la reprise de ces matières. Nous ne devons tolérer le stockage intermédiaire illégal à l'étranger organisé par le gouvernement précédent. En tant que Verts, nous le devons aussi aux Verts qui, en France, ont porté plainte contre cette pratique. Il y aura des transports de retour [de déchets] en provenance de La Hague dans des délais prévisibles.

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