Juin 2001


Revirement inattendu : Le programme MOX japonais repoussé d’au moins un an

WISE-Paris, le 12 juin 2001

[Mise en ligne le 13/06/2001]

Après la préfecture de Fukushima, où les autorités préfectorales ont repoussé l'application du programme d'introduction du MOX et créé une commission d'enquête sur la politique énergétique locale, la population de la petite ville de Kariwa, dans la préfecture de Niigata, a à son tour, refusé en majorité le chargement de ce combustible dans l'un des réacteurs du site nucléaire Kashiwazaki-Kariwa, lors d'un référendum organisé le 27 mai 2001. Les résultats de ce référendum non seulement risquent de retarder l'application du programme MOX jusqu'en 2002 au moins, mais pourraient également être à l'origine de la remise en question des choix de l'industrie nucléaire du Japon.

Saisissant l'occasion du premier référendum jamais organisé au Japon sur le programme "Pluthermal "(1), 1925 (53,4%) habitants de Kariwa ont voté 'non' à la question "doit-on utiliser du combustible MOX? ", alors que 1533 (42,5%) ont répondu 'oui' (2).

Le référendum, qui a mobilisé près de 90% de la population locale, a été l'événement qui, "après trente années de voisinage avec le nucléaire, est réellement une indication à quel point les habitants locaux ont attendu une occasion afin d'exprimer leur opinion ", explique le plus important journal régional Niigata Nippo (28 mai 2001).

L'opposition de la population locale avait déjà poussé l'opérateur du site, TEPCO (Tokyo Electric Power Company) à retarder le chargement de 28 assemblages de combustible MOX en provenance de Belgonucléaire dans le réacteur Kashiwazaki-Kariwa 3, qui était prévu durant l'arrêt pour maintenance et rechargement entre le 17 mai et le 13 juillet 2001.

Malgré le fait qu'ils se soient lourdement investis dans une campagne explicative, le gouvernement Japonais et TEPCO n'ont pas réussi à convaincre les habitants de Kariwa. Le lobbying autour du référendum a vu la distribution de prospectus de porte à porte, le déplacement jusqu'au village du Ministre de l'Education et de la Science et le dirigeant de l'Agence pour les ressources Naturelles et de l'Energie, ainsi que la visite du président de TEPCO sur le site de Kashiwazaki-Kariwa afin d'expliquer aux employés, originaires de la localité, la nécessité du programme MOX (3).

Le gouvernement et TEPCO, qui se retrouvent aujourd'hui "dans une situation difficile " (4), ont déclaré qu'ils continueraient à œuvrer pour convaincre les habitants de Kariwa du bien fondé du programme MOX. Le Premier Ministre, Junichiro Koizumi, a déclaré le 28 mai 2001, que "les résultats (du référendum) sont vraisemblablement la conséquence de l'hésitation de la population entre préoccupations pour la sûreté de la production d'électricité nucléaire et les besoins. " Il a rajouté que "le gouvernement doit voir ce qu'il peut faire pour convaincre la population de la nécessité de l'énergie nucléaire. " Le président de TEPCO, Nobuya Minami, s'est dit déçu par les résultats du référendum, qui, selon lui, pourraient avoir une influence sur le devenir du programme MOX. (5)

Le maire de Kariwa, qui avait donné son approbation en mars 1999, est appelé à revoir sa position. La volonté des habitants du village devrait normalement être respectée. Les regards se tournent déjà vers le maire de Kariwa, Hiroo Shinada, et le gouverneur de Niigata, Masao Hirayama, qui doivent prendre en considération les résultats du référendum, bien que ceux-ci ne soient pas juridiquement astreignants.

L'issue du suspense est d'autant plus importante que d'autres localités sont également gagnées par le doute. Masazumi Saikawa, le maire de la ville voisine Kashiwazaki, a estimé qu'il était "maintenant difficile de poursuivre " (5), alors qu'à Kashima, dans la préfecture de Shimane, des voix se seraient élevées au lendemain du référendum demandant plus d'informations sur le programme MOX.

Niigata est la seconde préfecture au Japon à remettre en question la mise en œuvre du programme MOX. Le Gouverneur de Fukushima, M. Eisaku Sato, avait en effet refusé d'approuver celle-ci, lors de la session du Parlement préfectoral du 26 février 2001, s'accordant un moratoire d'un an avant de reconsidérer la question. Alors qu'il avait donné son accord pour le projet en 1998, M. Sato est revenu sur sa décision, obligeant TEPCO à repousser le chargement du combustible MOX, prévu initialement durant la période d'inspection de Fukushima I-3, qui devait commencer courant avril. Le Gouverneur a expliqué que la population locale avait émis des doutes sur la politique énergétique globale du Gouvernement national (2).

En effet, le traumatisme de l'accident de Tokaimura, le 30 septembre 1999 (voir 'Accident de criticité à l'usine de conversion d'uranium de Tokai-Mura, Japon'), ainsi que l'affaire BNFL ( voir en anglais 'The UK Government was informed by BNFL as early as 10 September 1999 of potential problems with the Japanese MOX fuel quality control') et celle de Belgonucleaire en 1999 (voir en anglais 'Belgonucleaire hit by quality-control default suspicion'), concernant les falsifications du contrôle qualité, ont sérieusement ébranlé la confiance de la population japonaise.

Une commission d'enquête (Fukushima Energy Policy Review Committee) a été créée le 21 mai 2001 afin d'examiner la politique énergétique dans la préfecture. Les quinze membres de la commission auront pour tâche d'analyser la situation actuelle du secteur nucléaire sous tous les angles, y compris des points de vue économique et de la sûreté (2).

Accusant ainsi un retard sur son programme et suite à l'annonce de M. Sato de prendre de nouvelles mesures fiscales, TEPCO a décidé de geler le 8 février 2001 son projet de construction de deux nouveaux réacteurs sur le site de Hirono, pénalisant ainsi Fukushima de près de 2,4 milliards de Yen de taxes, sachant que ses sources de revenus dépendent pour la plupart des recettes fiscales de l'industrie nucléaire.


Notes :

  1. Terme japonais pour désigner l’introduction du combustible MOX (mélange d’oxydes de plutonium et d'uranium) dans les réacteurs à eau légère.
  2. Voir brèves sur le site du Citizens' Nuclear Information Center, Tokyo: http://www.cnic.or.jp/english/index.html.
  3. Kumamoto NichiNichi Newspaper, 29 mai 2001 ; traductions japonais-anglais par Green Action, Kyoto, anglais-français par WISE-Paris
  4. Niigata Nippo, 28 mai 2001 ; traductions japonais-anglais par Green Action, Kyoto, anglais-français par WISE-Paris
  5. Asahi-Shimbun, 29 mai 2001, version anglaise, traduction WISE-Paris

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