Août 2001


COGEMA - La Hague : Deux pannes simultanées à l'origine de rejets gazeux importants

 WISE-Paris, le 07 août 2001

[Mise en ligne le 20/08/2001]

Le 18 mai 2001, une défaillance d'un système de ventilation dans l'atelier de vitrification R7, coïncidant avec le blocage d'une vanne, a causé le rejet de matières radioactives dans l'environnement. Selon le laboratoire indépendant ACRO, spécialisé dans les mesures de radioactivité, COGEMA aurait rejeté en une heure 100 fois plus d'effluents gazeux que la totalité des rejets en 1999, lorsqu'elle a atteint son niveau record (153 MégaBequerels (MBq)), et presque 10 fois plus que la limite annuelle qu'elle s'était engagée à respecter l'an dernier (1850 MBq).

L'atelier R7 est un local inaccessible, conçu avec trois barrières de confinement, destinées à prévenir des fuites radioactives dans l'atmosphère. L'atelier est utilisé par COGEMA pour des opérations de vitrification qui visent à solidifier les solutions concentrées de produits radioactifs issus du retraitement du combustible usé. Il existe en gros trois systèmes de ventilation, un pour chacune des barrières de confinement. Les systèmes de ventilation permettent de collecter et de filtrer les gaz radioactifs, avant qu'ils ne soient contrôlés puis finalement rejetés dans l'atmosphère. Chaque système est conçu avec un certain nombre de filtres. Le système de ventilation à l'intérieur de la première barrière de confinement est le plus efficace. Etant donné qu'il récupère des gaz radioactifs hautement volatiles, notamment le ruthénium, il est conçu avec des colonnes de lavage qui les font passer sous forme liquide, avant qu'ils ne soient vitrifiés à leur tour comme déchets.(1)

Ce jour-là, alors que l'atelier R7 était en fonctionnement, le premier système de ventilation s'est arrêté(2) , ce qui a provoqué le démarrage de la ventilation de secours. Les tentatives de redémarrage du système principal demeurèrent infructueuses. De plus, une vanne du système de secours était restée bloquée en position ouverte, entraînant ainsi une inversion d'écoulement des gaz en-dehors de la première barrière de confinement.

Pendant près d'une heure, les gaz radioactifs, au lieu de passer par le premier système de ventilation, sont passés par le deuxième système, qui compte le même nombre de filtres mais n'est pas conçu avec des colonnes de lavage(3) . De bas rendements d'épuration ont induit le rejet de gaz plus radioactifs. L'incident a été classé au niveau 1 sur l'échelle INES (International Nuclear Event Scale, échelle graduée de 0 à 7).

Le 22 mai, l'Association ACRO(4) décide d'organiser une première campagne de mesures autours du site de La Hague. Selon les calculs de l'ACRO , les gaz relâchés dans l'atmosphère auraient atteint 14 GigaBequerels (GBq), soit plus de 1000 fois plus que le chiffre annoncé par COGEMA. "Pour le seul panache orienté (sud est), sur une distance inférieure à 2,5 km et en prenant des hypothèses minimalistes, l'activité déposée sur l'herbe est de l'ordre de 40 MBq, ce qui rend très peu plausible le terme source (11 MBq) annoncé par l'exploitant".(5)

Selon l'Autorité de sûreté, "les mesures réalisées par COGEMA, l'ACRO, l'IPSN(6) et l'OPRI(7) , confirment que l'incident du 18 mai n'a pas eu de conséquences significatives sur la santé des populations ni sur l'environnement."(8) Une dose reçue par un observateur à un kilomètre du site aurait été de l'ordre de quelques microsieverts, "à comparer à la limite réglementaire de 1000 microsieverts/an".(9)

La DSIN n'a pour le moment pas communiqué les chiffres et les modèles utilisés pour calculer l'impact potentiel sur la santé. De plus, l'incohérence apparente entre les chiffres des rejets communiqués par COGEMA et les résultats des mesures dans l'environnement, reste à élucider avant de classer l'accident comme "insignifiant".


Notes:

  1. Directions régionales de l'industrie de la recherche et de l'environnement (DRIRE), conversation téléphonique, 07 août 2001
  2. Direction de la sûreté des installations nucléaires (DSIN): www.asn.gouv.fr
  3. DRIRE, conversation téléphonique, 07 août 2001
  4. http://www.globenet.org/acro/accueil.html
  5. Note technique : Evaluation du terme source de l'incident du 18 mai 2001 survenu à l'établissement COGEMA-La Hague, ACRO, 26 juillet 2001
  6. Institut de protection et de sûreté nucléaire
  7. Office de protection contre les rayonnements ionisants
  8. Lettre du 30 juillet 2001 du Directeur Adjoint de la DSIN, Jérôme GOELLNER à Pierre BARBEY, Conseiller Scientifique de l'ACRO: http://www.asn.gouv.fr/data/communique/2001-07-30a.asp
  9. http://www.asn.gouv.fr/data/evenement/26lahague.asp

Retour au sommaire