Premier trimestre 2002


Un "redéploiement ” en forme de retrait pour les missiles de La Hague

WISE-Paris, le 29 Mars 2002

[Mise en ligne le 30/03/2002]

Le ministère de la Défense a annoncé le 7 mars 2002 le retrait des missiles sol-air Crotale installés autour du site de La Hague et sur la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île-Longue (Finistère), et leur installation – qualifiée de “redéploiement” –, dans des bases militaires de la région (1). Les autorités justifient, sans plus d’explications, ce retrait par une diminution de la menace pesant sur le site. Pourtant, le potentiel de danger, qui tient à l’inventaire de radioactivité des installations de La Hague, est resté inchangé.

Les missiles avaient été mis en place autour de La Hague à partir du 24 octobre 2001, afin de protéger ce site jugé vulnérable suite aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Les mesures de sécurité avaient été renforcées le 17 novembre 2001 par l’installation de missiles supplémentaires à Vauville. L’ensemble du dispositif s’inscrivait dans le cadre général de la défense aérienne globale du territoire national pour faire face à la nouvelle menace terroriste.

Moins de cinq mois plus tard, le ministère de la Défense, par l’intermédiaire de son porte-parole, Jean-François Bureau, a donc annoncé lors de son point presse hebdomadaire, le 7 mars 2002, que les missiles allaient être "redéployés dans des enceintes militaires” hors du site de La Hague. Le ministère insiste sur le terme de "redéploiement” et rejette la notion de "retrait” des missiles : "le dispositif est maintenu, mais allégé du point de vue pratique”, ajoute le commandant Yann Tréhin de la Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense (DICOD) du ministère. Cet "allègement du dispositif” de la défense n’exclut pas une mise en alerte si la situation le nécessitait : le système de surveillance radar et le renforcement de l’interdiction de survol mis en place respectivement les 17 et 25 octobre 2001 (2) restent en vigueur. La capacité de défense aérienne (veille et intervention), elle aussi, demeure maintenue en permanence. Le ministère de la Défense indique que grâce à cette panoplie installée autour du site de La Hague, celui-ci est toujours sous étroite surveillance.

Ces mesures d’allègement découlent d’une décision interministérielle "tout à fait pesée et réfléchie” précise le capitaine Frédéric Solano du Service d’information et de relations publiques de l’Armée de l’air (SIRPA-Air) (3). Les autorités justifient cette décision par un changement d’évaluation des risques. Étant donné l’évolution de la situation internationale, "ces risques sont [désormais] jugés plus faibles” selon le commandant Yann Tréhin de la DICOD (4). "Le risque est toujours présent”, poursuit-il mais il "n’est pas aussi immédiat qu’après le 11 septembre [2001]". Officiellement, la décision intervient à la suite d’informations prises auprès des partenaires nationaux concernés (les renseignements généraux, la police, les préfets, les acteurs locaux,…). En pratique, le "redéploiement” des missiles pourrait être aussi motivé par des questions d’économies. Le commandant Tréhin explique ainsi que "cela coûte cher en hommes et en maintenance” de laisser de tels équipements hors des bases militaires, les missiles étant gardés en permanence, avec une rotation lourde des effectifs pour assurer la garde 24 heures sur 24.

Le 15 mars 2002, les missiles ont effectivement été transférés sur des sites militaires de la région, où ils resteront sous surveillance. Néanmoins, affirme le capitaine Frédéric Solano du SIRPA-Air, "on garde la capacité et la possibilité de monter très vite en puissance”. Même si les missiles et le personnel pourront toujours "être mobilisés assez vite à tout moment”, le délai de cette mobilisation sera inévitablement plus long. Il pourrait être de "quelques heures”, selon le capitaine Solano (3). Ainsi, le ministère adopte une disposition intermédiaire pour le moins ambiguë : si les missiles ne sont pas complètement "retirés” pour rester disponibles, ils ne sont pas immédiatement opérationnels non plus. Une situation qui soulève donc des interrogations sur l’évaluation du risque retenue les autorités françaises.

Au départ, les missiles ont été installés autour du site de La Hague en raison de sa vulnérabilité et du potentiel de danger qu’il représente. Dans le cadre du renforcement du plan Vigipirate mis en place après les événements du 11 septembre 2001, il a été décidé d’intensifier la sécurité de certains sites "d’intérêt national”. Parmi ceux-ci, les installations de La Hague étaient cité comme une priorité – il s’agirait d’ailleurs du seul site à avoir fait l’objet d’une protection par des missiles anti-aérien en France. Le ministère de la Défense, comme d’ailleurs le secrétariat d’État à l’Industrie, a insisté sur le fait que ces mesures "relèvent du principe de précaution” et qu’elles "ne traduisent en aucune façon l’existence d’une menace avérée(5). D’ailleurs, le ministre de la Défense, Alain Richard, a affirmé dans un entretien publié le 18 octobre 2001 par le journal Ouest France que le renforcement de la sécurité du site de La Hague "n’est pas l’expression de menaces particulières identifiées(6). "La motivation [de la mise en place des missiles] tenait à une moins bonne visibilité de la situation aérienne”, a précisé Jean-François Bureau interrogé par WISE-Paris le 14 mars 2002 lors du point presse du ministère de la Défense.

Or, à notre connaissance, depuis l’annonce en octobre du déploiement des missiles, rien n’a été fait pour réduire la vulnérabilité ou le potentiel de danger du site de La Hague, c’est-à-dire pour renforcer les installations ou diminuer leur inventaire de radioactivité. L’absence de mesure de ce type pour compenser l’allègement du dispositif de défense, alors même que le site est toujours aussi potentiellement dangereux semble, pour le moins, manquer de logique.


Notes :

  1. Ministère de la Défense, 11 mars 2002 : "Défense aérienne : allègement du dispositif de sécurité sur les sites de La Hague et de l’île-Longue” http://www.defense.gouv.fr/actualites/breves/2002/informations_generales/b110302/110302c.htm
  2. Voir brève du 30 octobre 2001 : "Un arrêté du ministère de la Défense du 23 octobre 2001 renforce l’interdiction de survol de La Hague” : http://www.wise-paris.org/francais/nosbreves/annee_2001/nosbreves011102.html
  3. Entretien téléphonique du 12 mars 2002
  4. Entretien téléphonique du 12 mars 2002
  5. Communiqué de presse du ministère de la Défense du 17 octobre 2001"VIGIPIRATE renforcé : des mesures de précaution supplémentaires”. Voir : http://www.defense.gouv.fr/actualites/communiques/2001/c181001/c181001.htm
  6. Ouest France, le 18 octobre 2001 : "Alain Richard : un site d’intérêt national”, entretien repris en partie par une dépêche d’Agence France Presse du même jour: "Des missiles vont être déployés pour protéger le site nucléaire de La Hague”

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