Deuxième trimestre 2002


Abandon du programme d’immobilisation du plutonium militaire américain en faveur du MOX – Assemblages d’essai fabriqués en Europe ?

WISE-Paris, le 27 Mai 2002

[Mise en ligne le 27/05/2002]

A la fin de ce mois de mai 2002, Michael Guhin, négociateur américain en matière de gestion du plutonium en provenance du démantèlement d’armes nucléaires russes et américaines, séjourne à nouveau en Europe. Il s’agit de négocier un accord pour la fabrication d’assemblages d’essai MOX à partir de plutonium militaire, assemblages qui pourraient être testés dans un ou plusieurs réacteurs américains. La sous-traitance américaine à l’industrie française (la COGEMA à Cadarache) ou belge (la Belgonucléaire à Dessel) aurait l’avantage d’accélérer le processus : aux Etats-Unis, on estime indispensable de procéder à une période d’essai en réacteur allant de 18 mois à 36 mois. Or les assemblages d’essai ne pourraient pas y être fabriqués avant longtemps, le temps de construire une usine de fabrication. D’où l’idée de gagner du temps et de sous-traiter en Europe leur fabrication. Les assemblages d’essai contiendront plus de 100 kg de plutonium américain de qualité militaire, une quantité considérable, sachant qu’il suffit de l’ordre de 2 kg du plutonium de cette qualité pour la fabrication d’un engin explosif. Le mode de transport vers les Etats-Unis (air ou mer) n’est pas encore arrêté.

Les discussions interviennent peu après que, le 19 avril 2002, l’Administration nationale de la sécurité nucléaire du Département de l’Energie (Department of Energy’s National Nuclear Security Administration - DOE/NNSA) a amendé la décision finale concernant l’abandon de l’immobilisation d’une partie des surplus de plutonium militaire. Cette décision a pour objectif la poursuite de la réduction des coûts du programme d’élimination, et entraîne l’annulation de certaines options liées à l’approche « dual track » (double option). A l’origine, la stratégie américaine d’élimination du plutonium militaire prévoyait l’utilisation sous forme de MOX et la vitrification de plutonium

La DOE/NNSA a amendé le « record of decision » (ROD) afin d’annuler « le volet immobilisation de la stratégie d’élimination » (1) et donc d’abandonner la construction d’installations destinées au plutonium ne provenant pas des têtes nucléaires qui devait être immobilisé. « L’approche hybride » (immobilisation + MOX) qui avait été adoptée afin de « se prémunir contre les incertitudes techniques ou institutionnelles qui pourraient découler d’une approche d’élimination basée sur une technologie unique » ne semble plus à l’ordre du jour. En fait, « les contraintes budgétaires avaient reporté sine die la construction et l’exploitation de l’installation d’immobilisation du plutonium ». Cela signifie que les 17 tonnes d’excédent de plutonium préalablement destinées à l’immobilisation seront soit stockées, soit purifiées et transformées en MOX.

En ce qui concerne la gestion à moyen terme et l’entreposage à long terme du plutonium, le DOE/NNSA privilégie le site de Savannah River (SRS) pour accueillir le plutonium présentant des impuretés et qui devait être immobilisé. Le SRS a été sélectionné parmi 4 sites - Hanford, Idaho National Engineering and Environmental (INEEL), Pantex et SRS - pour ses « propres atouts », qui n’ont pas été détaillés dans le « Record of Decision ». C’est le bâtiment 105-K du SRS qui devrait accueillir le plutonium préalablement destiné à l’immobilisation en provenance de Rocky Flat (Rocky Flats Environenment Technology Site). La période d’entreposage pourrait aussi excéder les 10 ans prévus en 1998. En parallèle, le plutonium stocké dans la Zone 4 de Pantex et qui devait être stocké sur le site dans des installations rénovées de la Zone 12 (la zone 4 ne devant plus être utilisée), restera en Zone 4 mais pourrait par la suite être envoyé au SRS « en fonction de la disponibilité du SRS ». En fait, selon le DOE/NNSA « une analyse plus poussée des besoins ont montré que la Zone 4 serait encore nécessaire pendant un certain temps pour les activités de démantèlement des armes », et que par conséquent « les réductions de coût que devait permettre la fermeture de la Zone 4 ne seraient pas réalisées ».

Ce « Record of Decision » marque la fin d’un ambitieux programme d’élimination des excédent de plutonium militaire et sonne le glas de l’approche « double voie ». La stratégie conservatrice du « tous MOX » soutenue par le DOE pour la gestion des 34 tonnes de plutonium militaire est un réel sabordage de la tentative de développer des stratégies alternatives de gestion des excédents de plutonium, y compris des stocks de plutonium d’origine civile en constante augmentation.


Note :

  1. Toutes les citations sont extraites de DOE/NNSA, Surplus Plutonium Disposition Program – Amended Record of Decision, 19 April 2002, Vol. 67 n°76, pages 19432-19435

Traduction par WISE-Paris

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