Deuxième trimestre 2002


« Perception des Risques et de la Sécurité » - L’opinion française inquiète des risques nucléaires

WISE-Paris, le 29 Mai 2002

[Mise en ligne le 30/05/2002]

Fin 2001, 37,8 % des français interrogés estimaient que « la violence dans les banlieues » est « le problème le plus préoccupant », soit près de trois fois plus que ceux qui placent le chômage en première place (13 %). « Les risques  nucléaires », eux, se retrouvent en septième position, devant les accidents de la route (voir graphique). Au total, pas moins de 10 % des Français placent le risque nucléaire au premier rang (5,6 %) ou au second rang (4,4 %) des préoccupations de société. Tel est l’un des enseignements d’un sondage (1) effectué pour l’IPSN (Institut de protection et de sûreté nucléaire, depuis devenu l’IRSN) en novembre 2001.

Ce « baromètre de l’opinion sur les risques et la sécurité », selon la terminologie de l’IPSN, propose un suivi dans le temps de l’opinion : ainsi, l’enquête menée en novembre 2001 est la 17ème du même type depuis décembre 1990. Le sondage, réalisé après les événements internationaux et nationaux de septembre 2001 (attentats contre le Pentagone et le World Trade Center, explosion de l’usine AZF à Toulouse), permet donc de mesurer leur éventuel impact sur la perception et la hiérarchie des risques.

Ainsi, depuis octobre 2000, les opinions ont sensiblement évolué quant au nucléaire. Les craintes face au risque d’accident nucléaire ont augmenté comme celles générées par la menace terroriste.

 
Risque pour la société (%)
Confiance dans les
autorités (%)
Vérité dite (%)
Elevé
Moyen
Faible
Oui
+ ou -
Non
Oui
+ ou -
Non
Terrorisme
55,2
29,9
14,4
34,9
29
35,2
25,4
28,7
44,9
Centrales nucléaires
47,2
31
20,4
28,3
30,1
40,3
15,4
27,5
56,4
Installations chimiques
42,3
38,4
15,5
17,8
38,4
40,8
9,1
30,3
58,3
Déchets radioactifs
53,9
30,3
13,9
18,7
32,1
47,9
11,8
22
65
Déchets chimiques
59,5
28,3
9,8
15,3
36,8
45,7
10,5
27,1
60,9
Transport de matières dangereuses
46,9
32,5
19,5
27,7
35,1
35,6
16,6
28,2
53,6
Retombées de Tchernobyl
45,6
33,1
17,8
10
21,3
64,7
6,3
16,4
75

Source : IPSN, Sondage novembre 2001

Globalement, le risque terroriste préoccupe fortement le public (voir le tableau) : seules 14,4 % des personnes ne le perçoivent que comme un risque faible. De plus, 35,2 % des personnes interrogées n’ont pas « confiance dans les autorités françaises pour leurs actions de protection ». Pire, pour 44,9 % des sondés, on ne leur dit pas « la vérité sur les dangers » que court la population face au terrorisme.

De même, l’inquiétude sur les risques chimique et nucléaire augmente, tandis que la confiance de la population semble se dégrader. Ainsi, les risques engendrés par les installations et déchets chimiques ou nucléaires, les transports de matières dangereuses, ou encore les retombées de Tchernobyl ne sont considérés comme faibles que par des minorités de 10 à 20 % des personnes interrogées. Sur ces risques, ils ne sont que de 10 à 30 % à avoir franchement confiance dans les autorités (contre 35 à 65 % de franchement méfiants), et dans l’ensemble moins de 15 % à croire qu’on leur dit la vérité sur les dangers réels (contre 55 à 75 % qui pensent le contraire). Ces chiffres tombent particulièrement bas à propos des retombées de Tchernobyl, où la confiance dans la protection des autorités n’est que de 10 %, et la confiance dans l’information de 6,3 %.

Une partie de l’enquête aborde plus en détail le domaine du nucléaire. Elle confirme la détérioration générale de la confiance de l’opinion face à cette industrie. Ainsi, 56,4 % des sondés ne se sentent pas « bien protégés contre les risques des installations nucléaires ». Ils ne sont d’ailleurs que 18,3 % à se dire prêts à « vivre près » d’une centrale nucléaire, et trois fois moins – seulement 5,9 % – près d’un site de stockage de déchets radioactifs. Si un accident survenait sur un réacteur nucléaire en France, 70,4 % ne pensent pas que « les autorités françaises seraient capables d’assurer la protection des populations ». Ils n’étaient que 58,4 % dans ce cas en octobre 2000.

La peur d’une attaque terroriste sur une ou plusieurs centrales nucléaires est très forte. 52,3 % des personnes se disent d’accord, et seulement 16,4 % pas d’accord, avec l’idée que « les centrales nucléaires vont être la cible de terroristes ». Ce taux a plus que doublé en 10 ans : ils n’étaient que 26,1 % à se déclarer d’accord en juin 1991 (il semble que cette question avait été abandonnée dans les nombreuses enquêtes intermédiaires – sa réapparition dans le questionnaire est en soi une bonne indication sur l’état de l’opinion...).

Au total, 58,8 % des personnes considèrent que « les centrales nucléaires engagent irrémédiablement l’avenir de nos enfants », et 67,4 % soutiennent que « la réduction du nombre de centrales nucléaires en Europe est une bonne chose » (contre respectivement 19,8 % et 12,3 % qui sont de l’avis opposé).

L’enquête menée par BVA pour l’IPSN analyse enfin, acteur par acteur, la cote de confiance des différents intervenants et organismes présents dans le débat nucléaire. Le sondage distingue l’opinion du public sur ces acteurs en termes de « compétence technique » et de « vérité dite ».

Les associations de consommateurs restent de loin les plus crédibles sur le nucléaire (voir graphique), avec près de 53 % de confiance (et 37 % de méfiance), juste devant les associations écologistes dont près de 48 % pensent qu’elles disent la vérité (et 45 % le contraire). Derrière elles, seuls le CNRS et les médecins recueillent plus d’avis positifs que négatifs sur leur crédibilité. Les organismes supposés « experts » – IPSN, EDF, CEA, DSIN, OPRI, ANDRA, COGEMA, dans l’ordre de leur classement par les sondés – voient au fil des années leur crédibilité se réduire.

Cette crise de crédibilité est d’autant plus significative que les mêmes organismes réalisent de bons scores en termes de compétence – bien que leur image se dégrade lentement aussi sur ce plan. Ainsi, 68,1 % des personnes interrogées jugent la COGEMA compétente, mais seuls 26,6 % estiment qu’elle dit la vérité sur le nucléaire. Pour EDF, ils sont respectivement 80,5 % et 32,9 %.

Certains acteurs ont un profil intermédiaire, qui tend généralement à s’améliorer : c’est le cas des journalistes, jugés assez crédibles (34,3 %) mais relativement peu compétents (23,3 %), ou du gouvernement dont l’image progresse nettement en termes de compétence (34,4 %) même si sa crédibilité reste mauvaise (8,7 %). Enfin, les élus locaux et les hommes politiques arrivent en fin de liste et ne sont ni « techniquement compétents » ni ne « disent la vérité sur le nucléaire ».


Note :

  1. IPSN, "Perception des risques et de la sécurité - Résultats du sondage de novembre 2001", février 2002. Sondage réalisé par BVA du 19 au 30 novembre 2001, par “enquête spécifique” en face à face, auprès d’un échantillon de 1032 personnes représentatif de la population adulte française

Retour au sommaire