Deuxième trimestre 2002


Salariés et sous-traitants de l’industrie du plutonium face au déclin de l’activité du secteur

WISE-Paris, le 4 juin 2002

[Mise en ligne le 05/06/2002]

Alors que l’activité aux usines de La Hague se restreint d’année en année, frisant pour l’année 2001 les 50 % de facteur de charge, la question de l’emploi aux usines de La Hague attire de plus en plus l’attention. Premiers concernés, les 3.526 sous-traitants employés aux usines COGEMA de La Hague et plus généralement les quelques 4.000 sous-traitants des 200 entreprises du bassin d’emploi Nord-Cotentin employés également par le site du réacteur nucléaire de Flamanville et l’arsenal de Cherbourg se sentent menacés. « Intolérable » et « dramatique » affirment les représentants CGT desdites entreprises, l’aggravement de la situation du bassin Nord-Cotentin inquiète et serait même « la lanterne rouge de tous les bassins d’emploi de Basse-Normandie » selon Alain Hébert de la CGT à La Hague (1).

L’avenir de l’emploi à La Hague paraît morne en effet ; entre 2002 et 2009 la sous-traitance passerait de 3.526 salariés à 800, et même les salariés à statut COGEMA seraient touchés passant de 3.224 à 2024 durant la même période. Ces chiffres auraient « été présentés au préfet le 20 octobre 2000 » et « n’ont pas été démentis » selon Alain Hébert. A Flamanville, les sous-traitants sont déjà frappés de plein fouet par cette baisse d’effectifs (baisse du plan de charge étant le terme consacré), le nombre de personnels sous-traitants employé par le site étant passé de plus de 1.100 personnes en 1992 contre 272 en 2002. (2) Les employés du nucléaire se sentent délaissés, aucune réponse n’étant apportée de la part du gouvernement, et « aucune étude sérieuse [n’ayant] été lancée sur ce sujet » (3) selon les syndicats.

C’est donc tout naturellement qu’à l’approche des élections présidentielles françaises les syndicats ont voulu à leur manière attirer l’attention sur les difficultés rencontrées dans le Nord-Cotentin. Le 27 mars 2002, quelques centaines de salariés réunis par la CFDT, la CGT, Force Ouvrière et la CFTC manifestaient leur inquiétude au ministère de l’Environnement et au siège de campagne de Lionel Jospin. Sans aucune réponse du gouvernement, le 25 avril 2002, plus d’un millier de sous-traitants de la région manifestaient leur mécontentement sur l’avenir de leurs emplois en installant des barrages filtrant aux entrées des sites de La Hague, Flamanville et de l’arsenal de Cherbourg, et rejoints par les salariés de COGEMA finissaient par défiler dans les rues de Cherbourg-Octeville.

Mais l’inquiétude des salariés du nucléaire ne s’arrête pas aux frontières de la région Basse-Normandie, la fermeture programmée pour 2003 de l’usine MOX de Cadarache (ATPu) et la perte des contrats japonais à MELOX, usine de fabrication de combustible MOX à Marcoule, sont également de nature à susciter des questions sur les emplois de l’industrie nucléaire. Pourtant « la baisse de charge » de l’industrie nucléaire est un fait incontestable et touche plus d’un compartiment de ses activités, ce qui se traduit non seulement par des pertes d’emplois mais aussi une fuite des compétences. Or, au-delà de l’exploitation des usines actuelles, se profilent les grands chantiers du démantèlement, qui réclameront les compétences que seule l’industrie nucléaire actuelle est capable de fournir.


Notes :

  1. Ouest France, « Sous-traitance : tout reste à craindre », 21 février 2002
  2. AFP, « Un millier de sous-traitants de l’industrie nucléaire ont défilé à Cherbourg », 25 avril 2002
  3. La Presse de la Manche, « Les syndicats plus inquiets que jamais pour l’avenir du retraitement », 4 avril 2002

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