Troisième trimestre 2002


Les suites françaises de l'incident sur un colis d'iridium 192 transporté par FedEx mettent à jour un secteur largement hors contrôle

Le colis de 1.000 billes d'iridium-192 qui, après son transport depuis la Suède via la France, s'est révélé irradiant à son arrivée aux États-Unis, a bien irradié plusieurs personnes lors de son transit dans un aéroport parisien le 29 décembre 2001. Après avoir affirmé le 9 janvier 2002 qu'en France " le public n'a pas été exposé ", et maintenu le 20 mars 2002 que lors de son passage à Paris, " le colis n'était en rien nuisible ou dangereux ", l'Autorité de sûreté nucléaire française a successivement reconnu l'irradiation de deux employés du transporteur, Federal Express (FedEx). Cet incident révèle de nombreux dysfonctionnements dans le contrôle des transports de colis de matières radioactives, dont plus de 300.000 circulent chaque année sur le territoire français. Six mois après l'incident, WISE-Paris fait le point dans un briefing.

WISE-Paris, le 11 juillet 2002

[Mise en ligne le 12/07/2002]

27 décembre 2001 - La société suédoise Studsvik Nuclear AB, spécialisée dans les produits nucléaires et médicaux, envoie par camion un colis de Studsvik à l'aéroport d'Arlanda, près de Stockholm. Il est destiné à un client américain, Source Production and Equipment Company (SPEC), à La Nouvelle Orléans. Il fait partie de la routine des quelques 500 colis que la société suédoise gère annuellement. Le colis contient cependant 366 TBq de billes d'iridium 192, conditionnées en trois tubes, eux-mêmes placés dans une enveloppe en acier contenue dans un cylindre d'uranium appauvri, le tout placé dans un baril en acier.

29 décembre 2001, 17 heures - Le colis, transporté par Federal Express (FedEx), en provenance de Stockholm et à destination de Menphis, arrive à l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle.

29 décembre 2001, 22 heures - Après avoir été déchargé et avoir attendu en zone d'entreposage, le colis poursuit sa route en direction des États-Unis. Aucun des dispositifs de contrôle existants n'a révélé de problème particulier.

2 janvier 2002 - Le colis est bien arrivé à l'aéroport de Memphis puis a été transporté par camion sur 660 km jusqu'à La Nouvelle Orléans. L'employé de la SPEC chargé d'acheminer le colis jusqu'aux locaux de sa société constate que son dosimètre reste bloqué mais pense à une panne d'instrument… Un peu plus tard, lors de la réception du colis à la SPEC, on mesure un débit de dose de 10 millisieverts par heure (mSv/h) à 6m50 de l'une des faces du colis, soit environ 2.500 fois plus que la limite admise (0,1 mSv/h à un mètre).

7 janvier 2002 - L'autorité de sûreté nucléaire suédoise, SSI, classe l'incident au niveau 3 de l'échelle INES.

9 janvier 2002 - L'autorité de sûreté nucléaire française rassure et banalise l'incident, en avançant que " le public n'a pas été exposé " lors du transit en France.

7 février 2002 - Aux États-Unis, l'ouverture du colis, en présence des autorités et du producteur suédois, permet de constater que deux des trois tubes contenant les billes d'iridium étaient ouverts, répandant leur contenu hors de la première barrière de confinement !

8 février 2002 -Studsvik Nuclear AB reconnaît sa responsabilité en admettant que le conditionnement était déficient dès le départ du colis.

Il paraît dès lors évident que le colis, après deux jours de trajet en camion et en avion, était probablement déjà dangereux lors de son escale parisienne. Pourtant, le 20 mars 2002, le Directeur de l'Autorité de sûreté, André Claude Lacoste, déclarait en conférence de presse qu'au vu des informations en provenance des États Unis, à Roissy " le colis n'était en rien nuisible ou dangereux ".

La suite des évènements, détaillée dans le briefing de WISE-Paris, révèlera par divers coups de théâtres que le colis était bien irradiant lors de son passage à Paris, et que deux des employés FedEx ont reçu lors du transit, des doses d'irradiation d'au moins 15 mSv d'une part et de 100 mSv d'autre part, dépassant dans tous les cas les limites autorisées.

Au-delà des questions que soulève l'attitude des autorités françaises, l'analyse de l'incident dévoile une situation inacceptable où des millions de colis contenant des matières radioactives sont transportés chaque année dans le monde sans contrôle efficace, sans radioprotection appropriée, et sans garantie de protection du public ni de sécurité contre leur utilisation par des terroristes pour la fabrication de " bombes sales ".

Y a-t-il un dosimètre dans l'avion ?
Les leçons du colis FedEx : le transport de matières radioactives reste largement hors contrôle

WISE-Paris , 18 octobre 2002, version 2
Annexes : Fichier au format PDF (20 p., 1344 Ko)
Fichier au format PDF (13 p., 370 Ko)

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