Quatrième trimestre 2002


Le désarmement nucléaire pour la paix, prétexte en or de l’industrie nucléaire mondiale

WISE-Paris, le 18 octobre 2002

[Mise en ligne le 18/10/2002]

Plusieurs options de neutralisation du surplus de plutonium militaire ont été élaborées depuis l’accord russo-américain sur l’élimination du plutonium militaire signé le 1er septembre 2000. Sous la pression de l’industrie du plutonium, l’ « option d’immobilisation », qui prévoyait un conditionnement du plutonium considéré comme déchet radioactif en vue d’un stockage final, a été abandonnée au profit de l’ « option MOX », dont l’objectif est de transformer le plutonium militaire en combustible MOX (combustible mixte plutonium-uranium) pour l’utiliser dans des réacteurs nucléaires « civils ».

Sous l’appellation d’« option occidentale » (« Western Option »), une mystérieuse association du nom de « Forum de Désarmement Nucléaire » (NDF, pour « Nuclear Disarmament Forum ») tente depuis plusieurs mois de promouvoir la création d’un marché russo-européen de plutonium militaire reclassé. Le projet est de développer une infrastructure de fabrication de combustible en Russie, aux frais des Etats-Unis et des autres pays du G-8, pour produire du MOX à partir de plutonium militaire. Ce MOX serait alors transporté par bateau jusqu’en Europe occidentale, pour être utilisé dans des réacteurs nucléaires européens (en Allemagne, en Belgique et en Suisse, mais aussi potentiellement en Suède, en Espagne ou en France). Le MOX ainsi irradié serait alors renvoyé en Russie (pour entreposage à long terme, retraitement ou stockage final). Ce MOX pourrait être « loué » aux entreprises européennes du nucléaire, ce qui serait pour NDF un moyen de financer l’industrie nucléaire russe. Cette proposition s’apparente au projet hautement controversé de création d’un site international de stockage de combustible usé en Russie, dont le but est d’importer 20.000 tonnes de combustible usé étranger en Russie pour stockage final (1).

Dans un rapport récent sur l’« option occidentale » de NDF (2), Greenpeace International affirme que « Chacun des joueurs-clés dans ce jeu de commerce du plutonium a de multiples raisons de promouvoir l’ « option occidentale », que ce soit un intérêt pour aider à perpétuer une industrie du plutonium en mauvaise posture, ou pour sortir les entreprises du nucléaire de leur embarras face à leurs responsabilités pour la de gestion et d l’élimination de leur propre combstible usé ». Pour les Etats-Unis et les pays du G-8, l’« option occidentale » est un moyen de se débarrasser du plutonium militaire russe à moindre frais. Pour la Russie, c’est la possibilité de faire financer les développements de son industrie nucléaire par la communauté internationale. Pour les compagnies nucléaires européennes enfin, ce serait le moyen d’obtenir du combustible nucléaire à des prix artificiellement bas. Ce qui explique que NDF soit soutenu par bon nombre d’exploitants nucléaires européens. Selon Greenpeace International, les principales entreprises engagées dans le projet d’ « option occidentale » sont « l’exploitant de centrales RWE et GNS (fabricant de conteneurs de transports pour le nucléaire) d’Allemagne, Vattenfall (exploitant et fabricant de combustible) de Suède, ainsi que d’importants représentants de l’industrie russe, TVEL (fabricant russe de combustible). Les autres, recensés comme ayant fourni une aide importante au projet, regroupent des consultants financiers, Catey de Suisse et DBE d’Allemagne, spécialisé dans le stockage de déchets nucléaires ; et Atomspetstrans,une division des transports nucléaires au Ministère russe de l’Energie Atomique, le Minatom » (3).

NDF détaille ses propositions sur le site d’un autre projet qu’il mène dont le nom est « Demiurgus Peace International » (4). Le projet d’ « option occidentale » y est présenté par le P.-D.G. de NDF comme « une tentative pour unifier toutes les Eglises Chrétiennes dans leurs efforts d’interdire complètement et absolument aux terroristes tout accès aux matières radioactives de qualité militaire ». Il est précisé de plus que « Demiurgus Peace International » prévoit d’organiser en décembre 2003 « une conférence internationale d’importance majeure » intitulée « Le monde chrétien contre la menace du terrorisme nucléaire », dont l’objectif est « d’unifier les efforts des organisations chrétiennes de l’Est et de l’Ouest dans une bataille contre la menace de terrorisme nucléaire ». Parmi les initiateurs, une communauté de l’église de St Nicolas à Manhattan, « ruinée par les barbares de XXIème siècle »...


Notes :

  1. Voir « Basic Safety Requirements Jeopardize Russian International Nuclear Waste Dump Program », WISE-Paris, 27 juin 2002. http://www.wise-paris.org/english/ournews/index.html
  2. « Expanding the Threat of Russian Weapons-Grade Plutonium – “The Western Option” », Briefing Paper, Greenpeace International, octobre2002. Téléchargeable à l’adresse URL : http://www.greenpeace.org/multimedia/download/1/44755/0/russian_doc_oct_10th_5.45_version.doc
  3. « Expanding the Threat of Russian Weapons-Grade Plutonium – “The Western Option” », Briefing Paper, Greenpeace International, octobre 2002.
  4. http://www.dpi-zug.org/. Le rapport NDF sur l’ « option occidentale » est disponible sur Internet :
    http://www.dpi-zug.org/background/western_option.html

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