Allemagne - Investigation Plutonium n° 4- 5
 

Le secteur nucléaire allemand

La République Fédérale d'Allemagne a commencé le développement du nucléaire dès le milieu des années cinquante. Il y a plusieurs centaines de compagnies d'électricité en Allemagne, mais une dizaine de grandes compagnies seulement se partagent l'exploitation des 19 réacteurs en service. Tous ces réacteurs ont été construits par KWU (Kraftwerk Union), la division réacteur du grand groupe Siemens. En 1997 ils ont produit 169 milliards de kWh, ce qui correspond à 35 % environ de la production totale d'électricité (485 millions de kWh). Six réacteurs VVER de conception soviétique ont été arrêtés en 1990, après l'unification, pour des raisons de sûreté. La construction de cinq réacteurs de ce type a été abandonnée, pour les mêmes raisons.

Une des spécificités de l'Allemagne est la forte décentralisation de ses institutions. Les gouvernements des seize "Länder" et leur parlement (Landtag) partagent une bonne partie de l'autorité avec le gouvernement fédéral et le parlement fédéral (Bundestag). L'opposition locale face à un projet a dans ce pays plus de répercussions que dans les pays à forte centralisation des processus de prise de décision. Autre particularité, le paysage politique est défavorable au nucléaire. Alors que la coalition gouvernementale, dirigée par le chrétien-démocrate Helmut Kohl, tente depuis cinq ans de parvenir à un accord avec les autres grands partis sur le développement du nucléaire - ou au moins sur une durée de vie garantie pour les réacteurs existants - le SPD et les Verts sont tous deux clairement opposés à toute extension de la capacité nucléaire actuelle, et à la plupart des projets de l'industrie nucléaire. En particulier, il n'y a aucun projet de nouveau réacteur nucléaire.

Bien que Siemens ait lancé la joint venture Nuclear Power International (NPI) et ait investi avec le français Framatome et quelques compagnies d'électricité, dans la conception d'un nouveau réacteur, l'EPR - European Pressurised Reactor - ,il est clair qu'en l'absence d'un large consensus, il n'y aura pas de commande pour ce réacteur. Avec l'élection possible, en septembre 1998, de Gerhard Schröder (SPD) pour succéder au chancelier Helmut Kohl, ce consensus parait encore moins vraisemblable. En fait, on s'aperçoit que pas un seul des promoteurs de l'EPR ne croit en un nouveau réacteur allemand, mais on espère toujours qu'un prototype puisse être construit en France. Toutefois la manifestation qui rassembla en 1997 quelques 20.000 participants contre une perspective floue de construction d'un de ces réacteurs sur le site du Carnet, dans l'ouest de la France, suivie de l'annonce de l'abandon d'un tel projet par le gouvernement français, montre que les temps sont durs pour l'industrie nucléaire, même en France.

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