Allemagne - Investigation Plutonium n° 4- 5
 

Transports nucléaires : on n'a encore rien vu !

Au cours des 25 dernières années, l'Allemagne a connu de nombreuses manifestations contre l'industrie nucléaire. Dans les années quatre-vingt, celles contre l'usine de retraitement de Wackersdorf, en Bavière, étaient particulièrement importantes. Aujourd'hui, ce sont surtout les transports de matières radioactives qui sont visés. Au cours des quatre dernières années, il y a eu des manifestations contre des transports de combustible irradié et de déchets de haute activité allant vers les deux sites de stockage intermédiaire. Elles ont rassemblé plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de citoyens - organisées en "Bürgerinitiativen" (initiatives de citoyens) - de militants, de paysans, et même de syndicats de policiers locaux, nécessitant l'intervention de dizaines de milliers de policiers. Le recours aux forces de police et les dégâts occasionnés représentent des sommes très importantes :

  • Avril 1995 : un conteneur de combustible irradié acheminé vers Gorleben - 8.000 policiers, 50 millions de marks

  • Mai 1996 : un conteneur de déchets hautement radioactifs en provenance de La Hague, acheminé vers Gorleben - 9.000 policiers, 90 millions de marks ; - Mai 1996 : un conteneur de déchets hautement radioactifs en provenance de La Hague, acheminé vers Gorleben - 9.000 policiers, 90 millions de marks ;

  • Mars 1997 : deux conteneurs de déchets de haute activité en provenance de La Hague et quatre containers de combustible irradié, acheminés vers Gorleben - 22.000 manifestants, 30.000 policiers, coûts estimés à 111 millions de marks ;

  • Mars 1998 : six conteneurs de combustible irradié provenant des centrales de Gundremmingen et de Neckarwestheim acheminés vers les installations de stockage intermédiaire de Ahaus - 10.000 manifestants, 30.000 policiers (plusieurs matchs de football sont annulés, les forces de police ne pouvant en assurer la sécurité), coûts estimés à 100 millions de marks minimum.

En vertu de l'organisation de la sécurité en Allemagne, c'est le "Land" concerné qui doit payer les forces de police pour de telles manifestations. Mais le Land de Basse-Saxe, où est situé Gorleben, a été forcé par le gouvernement fédéral d'accepter les déchets contre sa volonté, et n'a pas encore accepté de payer. L'issue du conflit n'est toujours pas claire.

Les deux installations de stockage intermédiaire de déchets nucléaires, Ahaus et Gorleben ("Hall à Castor"), sont en gros des bâtiments de type entrepôts. Les grandes manifestations ont montré que les populations concernées sont fondamentalement opposées au choix du stockage intermédiaire effectué dans les années soixante-dix, surtout parce qu'aucune décision n'a encore été prise, que ce soit sur les schémas de gestion ou sur un site de stockage définitif des déchets. L'opposition aux transports porte également sur des raisons de sûreté et les conséquences potentiellement catastrophiques d'un accident de transport survenant dans une région à forte densité de population. Pour reprendre l'expression d'un ingénieur en radioprotection, ces transports sont des "installations nucléaires à roulettes", et les risques qui y sont associés sont du même ordre que ceux associés à l'exploitation d'une installation. Alors que le retour vers l'Allemagne des déchets de haute activité provenant du retraitement ne fait que commencer, tout comme les transports vers les sites de stockage intermédiaire des combustibles irradiés qui ne seront pas retraités, le ballet des transports commence tout juste, avec un lot de manifestations assuré...

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