Mai Juin 1998 Editorial
Dissimulations nucléaires
Il y a deux scandales, tous deux sans précédents. Le
premier réside dans le fait que pendant 15 ans, en France, Allemagne,
Suisse et Royaume-Uni au moins l'industrie nucléaire - centrales,
transporteurs, usines de plutonium et instituts de sûreté
- s'est débrouillée pour cacher des infractions permanentes
aux réglementations internationales concernant les transports
de combustible irradié, alors que les mesures de contamination
atteignaient plusieurs milliers de fois les limites autorisées.
Ceci est pour le moins étonnant quand on sait que les recommandations
sur lesquelles se basent ces réglementations ont été
établies par la très pro-nucléaire Agence Internationale
de l'Energie Atomique de Vienne. Le deuxième scandale, c'est
que l'autorité de sûreté française, la DSIN,
qui avait connaissance du problème depuis l'automne 1997, s'est
mise d'accord avec les représentants de l'industrie nucléaire
pour adopter la terminologie de "problème de propreté"
et s'est tue jusqu'à ce qu'une enquête journalistique menace
de faire exploser l'affaire. L'autorité de sûreté
n'avait informé ni ses ministres de tutelle, ni ses homologues
étrangers, sans parler du public. Pire, lorsque l'affaire éclate,
elle s'affiche comme l'agence de contrôle de l'Etat efficace qui
finalement arrive pour faire le ménage... sans même prendre
aucune mesure réglementaire ou disciplinaire et en minimisant
les éventuelles conséquences sanitaires et les violations
scandaleuses et permanentes de la réglementation. L'arrêt
des transports par train a été adopté par la SNCF
et non par l'autorité de sûreté ou le gouvernement.
Mais comme l'explique un des inspecteurs de la DSIN : "Les compagnies
nucléaires sont suffisamment punies par l'atteinte à leur
image due à la couverture médiatique".
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