Des contrôles de contamination pas vraiment
représentatifs
Le 28 avril 1998, la centrale de Gravelines publie un communiqué
de presse annonçant le "renforcement du dispositif de contrôles".
EDF continue a affirmer que "tous (les) convois présentaient
au départ de Gravelines une mesure de radioactivité superficielle
inférieure à la norme internationale de 4 Bq/cm2". Elle
dit qu'en 1997 "8 % des points de contrôle réalisés
à Valognes sur les convois provenant de Gravelines dépassaient
le seuil de 4 Bq/cm2". Au total, ce sont, sur l'emballage, 14 points
de 300 cm2 chacun qui font l'objet d'un frottis et 17 points sur la
surface des wagons. Pour fixer les idées, on notera que la conception
des emballages prévoit une surface très importante, environ
200 m2, permettant d'évacuer de façon plus efficace la
chaleur des combustibles irradiés. De fait, les surfaces mesurées
correspondent à environ 0,2 % de la surface totale de l'emballage.
C'est un ordre de grandeur qu'il faut garder en tête lorsque l'on
regarde les chiffres provenant des contrôles de routine. Pas besoin
d'être un génie en maths, pour comprendre que la probabilité
d'effectuer un frottis à côté d'une particule d'un
micron devrait être assez élevée. Par ailleurs,
nous n'avons pas de données concernant la surface totale des
wagons de chemin de fer, mais la probabilité de détecter
une particule chaude avec un système limité à 17
points de mesures reste certainement assez limitée.
Bien sûr, les "écarts constatés" à Valognes
"ne présentent pas de risque pour le public". Mais, bien sûr,
la valeur de ces "écarts" n'est pas indiquée. Le communiqué
de presse de Gravelines ajoute qu'un des wagons montrait un niveau uniforme
de contamination de "quelques centaines de Bq/cm2 fin novembre 1997".
Mais, évidemment, on se garde bien de préciser que cette
contamination a été trouvée sur des surfaces accessibles
au public, comme l'indique la note secrète de TRANSNUCLéAIRE.
Mais il précise qu'"une enquête interne est en cours pour
déterminer les causes de cet écart". Une telle enquête
commence-t-elle cinq mois après la découverte des faits,
ou bien cela fait-il cinq mois qu'elle est en cours ?
Le 28 avril 1998, la toute première inspection depuis sa mise
en service en 1982 a lieu sur le terminal ferroviaire de Valognes. La
DSIN invite l'OPRI - en dernière minute, alors que, selon la
DSIN, cette inspection était prévue depuis un mois environ
- à participer à l'inspection. Malheureusement, il n'y
a sur le site pas un seul wagon ni un seul emballage de disponible.
Tant pis pour les inspecteurs.
Ce n'est que le 30 avril 1998 que la DSIN publie son premier communiqué
de presse sur cette affaire. Elle déclare "A la suite d'une visite
de surveillance menée conjointement par la (...) DSIN et (...) l'OPRI
le 28 avril 1998 au terminal ferroviaire de Valognes, propriété
de COGEMA La Hague il a été constaté qu'en 1997,
35 % des convois utilisés par EDF pour transporter son combustible
usé vers La Hague présentaient une contamination surfacique,
en au moins un point, supérieure à la limite réglementaire
fixée à 4 Bq/cm2". Bizarre, monsieur Lacoste de la DSIN
avait la même information une semaine plus tôt, lorsqu'il
a été confronté aux faits au cours de l'interview
télé puis a obtenu, le même jour, le document de
TRANSNUCLéAIRE. Même si ce communiqué de presse
donne deux nouvelles informations.
- 44 wagons étaient contaminés (de combien ?), dont 10
présentaient une contamination externe, et on avait constaté
que des transports allemands et suisses avaient également été
contaminés
- il ne donne pas un seul chiffre sur les niveaux de contamination.
Entre le 30 avril et le 2 mai 1998, Peter Winterberg de la chaîne de
télé WDR monte à Cologne un documentaire de 7 minutes
à partir des heures de pellicules que nous avons ramenées.
Le reportage doit être diffusé le dimanche 3 mai au soir,
dans le cadre du magazine politique "Weltspiegel". Dans l'après-midi,
les rédacteurs de Weltspiegel donnent la priorité à
un autre sujet d'actualité et décident de repousser la
diffusion de quinze jours. Nous nous opposons fermement à cette
décision car nous pensons que l'histoire ne va pas tenir quinze
jours de plus. Nous décidons donc de proposer au moins une version
ramenée à 2 minutes et demi pour les informations de fin
de soirée dès que possible. Le lendemain, les responsables
de l'information se montrent très intéressés. Après
avoir proposé mardi, ils décident en dernière minute
(17h45) qu'ils le veulent pour le soir même. Peter Winterberg
se débrouille pour faire de ce qui devait être un 7 minutes,
un documentaire de 2 minutes et demi. Lors de la diffusion, ce lundi
4 mai, la présentation n'est pas à la hauteur des enjeux
et l'information passe d'abord quasiment inaperçue.
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