Belgique - Investigation Plutonium n° 9
 

Un débat parlementaire en vue

La Belgique est l'un des rares pays non détenteurs d'armes nucléaires à avoir développé une industrie du retraitement et une infrastructure complète pour l'industrie du plutonium. Ce petit pays est en fait doté depuis le milieu des années soixante d'une usine de retraitement et d'une petite installation expérimentale de fabrication de combustible au plutonium. Le premier réacteur en Europe à avoir été chargé en combustible MOX (plutonium/uranium) était un prototype de réacteur à eau sous pression (REP) de 11 MWe situé en Belgique. L'usine de combustible MOX P0 de Mol/Dessel, exploitée par Belgonucléaire depuis 1973, a fourni jusqu'au milieu des années quatre-vingt-dix une part importante du MOX utilisé en Europe. La plupart du MOX est fabriqué pour des clients étrangers (90% en 1997). Aujourd'hui, bien que cette usine soit toujours en service, il n'y a plus de projet de développement de l'industrie du plutonium en Belgique. A l'issue d'un débat parlementaire en 1993, une résolution de la Chambre des Représentants demandait au gouvernement de mettre en place un moratoire sur les nouveaux contrats de retraitement tout en acceptant l'utilisation de MOX dans les réacteurs belges. Fin 1998 doit avoir lieu un nouveau débat parlementaire qui traitera en partie des mêmes questions qu'en 1993 et devra prendre une décision définitive sur la gestion des combustibles irradiés. Cependant, selon des sources bien informées en Belgique, ce débat pourrait être repoussé, retardant ainsi bien sûr les décisions qui en découleraient.

Il y a sept réacteurs à eau sous pression en Belgique. Trois unités sont implantées à Tihange, sur la Meuse, et quatre à Doel, sur la Schelde. La Belgique a une forte densité de population et ces deux centrales sont très proches de grandes agglomérations : Doel n'est situé qu'à 12 km d'Anvers, deuxième ville belge (650 000 habitants) et Tihange à 5 km d'Huy, une ville de moins de 50.000 habitants. En cas d'accident nucléaire avec fusion du cœur et dispersion d'une partie de l'inventaire de radioactivité, les villes proches seraient contaminées et les effets sur la santé des populations sans doute très importants. L'utilisation de MOX augmente encore ce risque et les effets potentiels.

Plus de la moitié de l'électricité belge est d'origine nucléaire. En 1997, les sept réacteurs ont produit 45 TWh, soit un record de 60% des 75 TWh produits en Belgique. La Belgique importe également de l'électricité de France. Elle a droit à un tirage régulier de France dans la mesure où elle a des parts dans les deux réacteurs de Chooz de 1.450 MW chacun (la compagnie nationale Electrabel détient 25% des deux réacteurs). La centrale de Chooz est située sur la Meuse, près de la frontière belge, dans une région formant une bande étroite s'enfonçant dans le territoire belge. La Belgique a participé de façon formelle au processus d'autorisation de Chooz, puisque l'essentiel de la zone située dans un rayon de 5 km autour de la centrale se trouve en territoire belge et que la Meuse transporte ses effluents liquides directement en Belgique.

Selon le gouvernement belge, "il n'y a pas de projet de construction de nouvelles centrales nucléaires en Belgique dans le court terme"

Synatom, la compagnie belge en charge de la gestion du combustible (la plupart des opérations relatives au combustible à l'exclusion de la fabrication) a signé des contrats de retraitement avec la compagnie française COGEMA (Compagnie générale des matières nucléaires) au début des années soixante-dix. Ces premiers contrats portaient sur le retraitement à l'usine UP2 de La Hague de 139 tonnes de combustible irradié déchargé des réacteurs de Tihange et de Doel. Ce combustible irradié avait été retraité avant la mise en service des nouvelles installations de La Hague au début des années quatre-vingt-dix. Synatom a acquis des droits sur 6,6% de la capacité de production de l'usine UP3 pendant ses dix premières années de fonctionnement (7.000 tonnes), soit 464 tonnes. Le reste de la capacité de production de ces dix premières années a été partagé entre d'autres compagnies étrangères, dont 80% pour les compagnies allemandes et japonaises. Par la suite, Synatom a passé un contrat sur 66 tonnes supplémentaires, et en 1990 a passé un accord pour des contrats "post-2000" qui devaient être confirmés avant 1995. Ces contrats n'ont pas été confirmés, suite à la résolution de la Chambre des Représentants (voir encadré page 4). Conformément à cette résolution, le plutonium produit à La Hague à partir de combustibles irradiés belges doit être utilisé sous forme de MOX à Tihange-2 et Doel-3 (à hauteur de 20% du cœur), ce qui est pratiqué depuis 1995.

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