Année 1998
La
COGEMA stocke illégalement plus de 100.000 M3 de déchets
radioactifs étrangers sur le sol français
WISE-Paris, le 29 Octobre 1998
[Mise en ligne le 29/10/1998]
Depuis 22 ans, le retraitement à La Hague
de combustibles nucléaires étrangers aurait produit plus
de 100.000 m3 de déchets radioactifs solides, selon une estimation
effectuée par WISE-Paris. La quasi totalité de ces déchets
est stockée illégalement sur le sol français.
Selon les termes
de la Loi du 30 décembre 1991, " le stockage en France de déchets radioactifs
importés, même si leur retraitement a été effectué sur le territoire
national, est interdit au-delà des délais techniques imposés par le
retraitement " (art. 3). Le délai technique imposé consiste au refroidissement
des déchets vitrifiés de haute activité - soit moins de 10% du volume
total - pendant une période ne dépassant en aucun cas les cinq ans.
Pourtant, pas un gramme de déchets dits de moyenne ou de faible activité
n'a été renvoyé dans les pays clients de la COGEMA.
Confronté au silence
radio de la COGEMA et de ses ministères de tutelle quant au volume de
déchets attribuables à ces clients, WISE-Paris a décidé de publier ses
propres estimations (cf. tableau en annexe).
Une partie importante du volume des déchets dits faiblement radioactifs
est déjà enterrée définitivement au Centre de Stockage de la Manche,
exploité par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs
(ANDRA). S'y trouvent notamment tous les déchets de cette catégorie
correspondant au fonctionnement des installations de retraitement depuis
leur démarrage en 1976 jusqu'en 1990. Or, durant cette période, plus
de la moitié du combustible oxyde retraité était d'origine étrangère.
En outre, une partie des déchets du retraitement de combustibles étrangers
est toujours stockée à La Hague, dans des conditions de sûreté douteuses,
en vrac, en attente d'un conditionnement approprié.
La COGEMA laisse
entendre qu'elle veut renvoyer d'autres déchets radioactifs en remplacement
des déchets enfouis en France. Cet échange, entre des déchets produits
il y au moins une dizaine d'années et des déchets produits aujourd'hui
suivant de nouvelles technologies, est nettement en faveur des clients
étrangers et contraire aux engagements de l'Etat (voir encadré). Aujourd'hui,
la COGEMA propose même à ses clients étrangers de garder la totalité
des déchets de faible activité en France.
Plus de vingt ans
après le début du retraitement de combustible étranger (belge, suisse,
néerlandais, japonais, allemand, et espagnol), seuls cinq conteneurs
de déchets hautement radioactifs ont été renvoyés vers l'Allemagne (2)
et le Japon (3) soit au total 258 m3 ou 2,5% des déchets de haute
activité ou 0,22% du total des déchets à renvoyer.
En l'absence de
données précises de la COGEMA (inventaire de déchets produits par campagne
de retraitement, pour quel client) WISE-Paris a fait sa propre estimation
du volume des déchets . Cette estimation se base sur la quantité de
combustible oxyde retraité à La Hague au 1er mars 1998 pour les différents
clients. Le volume estimé correspond au volume des déchets solides produits,
en lui ajoutant le volume correspondant aux sur-conteneurs de transport
et de stockage définitif. L'estimation totale - soit plus de 600.000
m3 de déchets étrangers - prend aussi en compte les déchets du démantèlement,
ainsi qu'un volume virtuel correspondant aux déchets qu'il faudrait
conditionner si la COGEMA ne rejetait aucun effluent radioactif liquide
ou gazeux, mais à la place utilisait des méthodes existantes de concentration
et de solidification pour retenir les rejets et les transformer en déchets
solides.
Ces tableaux n'indiquent
pas de valeur pour les déchets produits par le retraitement des combustibles
métal (uranium naturel graphite gaz, UNGG). Des combustibles métal français
et espagnols ont été retraités à La Hague jusqu'au milieu des années
1980. Des déchets espagnols stockés à La Hague devraient donc aussi
être renvoyés vers leur pays d'origine.
Déclaration
de M. Dominique Strauss-Kahn, alors Ministre délégué
à l'Industrie et au Commerce extérieur, le 25 juin
1991, devant l'Assemblée Nationale.
" Je serai très clair. Des
accords intergouvernementaux ont été signés
et sont repris dans les clauses des accords commerciaux passés
avec la COGEMA : les déchets étrangers retraités
en France repartiront vers leur pays d'origine. Les premiers repartiront
en 1993-1994 vers le Japon. Si une clause a été introduite
dans ces accords qui prévoyait un échange possible
- c'est-à-dire qu'on recevait tel type de déchets
et qu'on le traitait mais qu'on pouvait en renvoyer d'autres types
- et si une crainte est apparue sur la réalisation d'un tel
échange, je tiens à rassurer la représentation
nationale, et à travers elle, l'ensemble de la population
: cette clause a été incluse à la demande de
la France qui pensait éventuellement y trouver un avantage.
Compte tenu des problèmes qui sont apparus depuis, elle ne
sera pas mise en Ïuvre. Je me résume. Il est exact que la
France utilise ses usines de retraitement pour retraiter des déchets
étrangers mais je vous assure, au nom du Gouvernement, que
ces déchets repartiront lorsque seront écoulés
les délais prévus pour leur refroidissement. Tous
les déchets seront très exactement réexpédiés
dans leur pays d'origine. " |
Contacts:
Mycle Schneider ou Yves Marignac,
Tél: 33-1- 45 65 47 93
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