Premier
trimestre 1999
La
Belgique renonce au retraitement et à l'utilisation du MOX
WISE-Paris, le 21 janvier 1999
[Mise en ligne le 21/01/1999]
Nous reproduisons ci-dessous une dépêche
de Belga (l'Agence de presse nationale belge) concernant une conférence
de presse du vendredi 4 décembre 1998 par le Vice-Premier Ministre
de Belgique Jean-Pol Poncelet (en charge de la Défense et de
l'Energie) concernant les contrats de retraitement avec la société
française COGEMA et l'utilisation du combustible MOX (oxydes
mixtes, contenant du plutonium) en Belgique. Aucun document n'a été
distribué durant la conférence de presse concernant le
nucléaire. Le seul document que le service de presse du ministre
a pu nous envoyer est la dépêche de l'agence Belga.
Un commentaire de WISE-Paris, sur la base d'une
conversation téléphonique avec le service de presse du
ministre, suit la dépêche.
Nucléaire
: plus de MOX pour les centrales belges
BRUXELLES 04/12 (BELGA)
Le gouvernement fédéral a définitivement renoncé
au contrat signé en 1991 avec l'unité française de retraitement
de la COGEMA, à La Hague, portant sur le retraitement de 225 tonnes
de déchets nucléaires des centrales de Tihange et de Doel, a annoncé
vendredi le ministre de l'Energie, Jean-Pol Poncelet.
"Pour éviter d'éventuelles amendes pour non-respect d'un contrat,
nous devions nous décider avant le 31 décembre, date-limite avant
l'entrée en vigueur d'un contrat gelé il y a cinq ans. Nous avons
préféré y renoncer définitivement. Au stade actuel des informations
dont nous disposons sur les plans économique et écologique, il n'est
pas justifié de recourir une nouvelle fois au retraitement", a précisé
M. Poncelet au cours d'une conférence de presse.
Hormis quelque 17 tonnes de déchets restant à retraiter pour honorer
deux anciens contrats signés en 1976 (140 tonnes) et 1978 (530 tonnes),
la Belgique n'enverra donc plus de combustible nucléaire à retraiter
à La Hague et ne rapatriera plus de MOX, le plutonium enrichi issu
de l'opération de retraitement et réutilisé comme combustible dans
les centrales hutoise et anversoise.
"L'ONDRAF (Office national des déchets radioactifs et des matières
fissiles ndlr) a un an pour étudier la question d'un recours ou
non au MOX. En attendant, le combustible irradié restera dans les
piscines de stockage. Pour les centrales, le retour à l'uranium
ne pose pas de problème", a encore dit le ministre. L'organisation
écologiste Greenpeace a aussitôt réagi favorablement à cette décision,
soulignant les dangers qu'auraient entraînés les centaines d'opérations
de transport de déchets nucléaires dangereux.
Sur un plan général, le ministre de l'Energie entend ouvrir à moyen
terme un grand débat sur l'avenir de l'énergie nucléaire. Pour ce
faire, il compte mettre sur pied dans les semaines à venir une commission
d'experts chargée d'étudier les différentes solutions possibles
pour assurer l'avenir de la production d'électricité en Belgique.
"Nos centrales nucléaires ont aujourd'hui un peu plus de vingt ans
et viennent donc de subir leur entretien décennal. Dans moins de
dix ans, nous devrons donc décider de nouvelles options éventuelles,
que ce soit le maintien ou non du nucléaire, l'utilisation intensive
du gaz naturel, dont les réserves sont plus abondantes que le pétrole,
la production combinée gaz-vapeur, à haut rendement énergétique,
ou encore le développement intensif du parc d'éoliennes", a précisé
M. Poncelet.
Celle-ci devrait remettre son rapport d'ici un an. A ce moment en
effet, "nous disposerons de données objectives de l'Agence
Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) et des résultats
des travaux actuellement effectués au sein de l'OCDE, qui
devraient être terminés à la mi-99", a
encore dit Jean-Pol Poncelet./. LVE |
Ces déclarations sont très importantes. Le gouvernement
belge a officiellement envisagé la sortie du nucléaire.
Il indique aussi la fin de la politique du retraitement du combustible
et de l'utilisation du combustible MOX à partir du plutonium
récupéré. Ces déclarations sont d'autant
plus surprenantes car elles émanent d'un ministre de l'énergie,
Jean-Pol Poncelet, qui a travaillé dans l'industrie nucléaire
dans la technologie du plutonium. Il a de plus été le
président du Conseil d'administration de l'ONDRAF, l'agence nationale
de gestion des déchets radioactifs et des matières fissiles.
L'ONDRAF est l'autorité administrative responsable de la politique
retraitement des combustibles usés et de l'utilisation du combustible
MOX. WISE-Paris a contacté par téléphone M. Henderick
Vincent, attaché de presse du ministre. Comme cela avait été
mentionné dans le bulletin Plutonium Investigation
n°9 concernant la Belgique, un moratoire de cinq ans avait été
voté par la Chambre des Représentants au sujet des décisions
concernant le retraitement et l'utilisation de combustible MOX. Notamment,
le moratoire interdisait que soit confirmé un contrat supplémentaire
de retraitement qui avait été signé en 1991. Comme
indiqué dans Plutonium Investigation, la Chambre des Représentants
avait chargé le Gouvernement d'organiser un débat parlementaire
sur la base d'un rapport officiel avant la fin de l'année 1998
afin de discuter et de se prononcer une nouvelle fois sur les points
abordés dans le moratoire. M. Vincent a indiqué qu'afin
de pouvoir prendre en compte les résultats de prochains rapports
de l'AIEA et de l'OCDE dans le rapport du Gouvernement, le Gouvernement
avait décidé de suspendre d'au plus un an le débat
parlementaire et la remise préalable du rapport officiel au parlementaires.
L'attaché de presse a aussi indiqué que les décisions
du ministre ne s'appliquent pas aux premiers contrats de retraitement
(correspondant à un tonnage de combustible presqu'entièrement
retraité à La Hague), ni au plutonium récupéré
de ce combustible retraité. En conséquence, ce n'est qu'une
fois que la totalité du plutonium produit à La Hague à
partir du combustible retraité en application des deux premiers
contrats de retraitement aura été utilisé comme
combustible MOX qu'un terme sera mis à l'utilisation de MOX en
Belgique.
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