Quatrième trimestre 1999
Fusion
Siemens - Framatome
(accord signé
le 6 décembre 1999)
Commentaires dans la presse allemande
Traduction-résumé WISE-Paris, le 14
décembre 1999
[Mise en ligne le 14/12/1999]
Handelsblatt du 6/12/99
Pour le Handelsblatt, Siemens et Framatome, en fusionnant, réagissent
ainsi à la recomposition du marché nucléaire. La
nouvelle société devient le leader mondial du nucléaire,
avec 13 000 salariés. Selon le parte-parole de Siemens, les sites
allemands ne sont pas menacés par la fusion, mais des effets
sur l'emploi ne sont pas exclus. Cependant, le patron de Framatome,
Dominique Vignon, a déclaré : "Aux Etats-Unis, où
nous avons deux usines de combustible nucléaire, celle de Siemens
pourrait probablement être en péril".
En ce qui concerne la sortie du nucléaire en Allemagne, Norbert
König, membre du comité de direction de Siemens Energieerzeugung
(KWU), mise sur le caractère international de la fusion, ce qui
rendrait la nouvelle entreprise moins dépendante des évolutions
politiques dans les différents pays. Selon un porte-parole de
Siemens KWU, la fusion ne serait pas liée à la sortie
du nucléaire envisagée par le gouvernement SPD-Verts.
Pour le moment, le marché nucléaire en Europe est stagnant,
voire en recul. Avec la fusion, Siemens et Framatome envisagent de renforcer
leur présence sur le marché d'Amérique du Nord
et d'Asie, et s'attendent en même temps à une reprise des
affaires dans la construction de centrales nucléaires en Europe
et en Amérique.
L'accord a suscité la critique des écologistes.
Die Welt du 7/12/99
Die Welt se demande
"si c'est ça, le début de la sortie du nucléaire".
Le fait que Siemens cède la part nucléaire de ses affaires
nourrit des spéculations sur un "retrait complet dans l'avenir".
Mais Siemens rejette cette interprétation. Le nucléaire
continuera d'être la part essentielle du secteur de production
d'électricité de Siemens/KWU. Même si l'Allemagne
devait sortir du nucléaire, il y aurait des contrats pour la
maintenance de longue durée pour les durées de vie restantes
des centrales, concède Die Welt, surtout que les producteurs
internationaux s'attendent à une reprise dans la construction
des centrales au niveau mondial, mais Die Welt maintient que la fusion
n'est pas pensée à long terme.
Frankfurter Rundschau du 7/12/99
Selon la Frankfurter Rundschau, le but de la fusion est de consolider
des marchés déjà existants (Amérique du
Nord et Asie) et d'en trouver des nouveaux, car les affaires en Europe
stagnent. La nouvelle société profitera du partenariat
de la Cogema, qui est actionnaire majoritaire : elle pourra ainsi proposer
la fabrication du combustible et la gestion du combustible irradié
en plus de la construction de centrales. Selon des experts de la branche,
cela représente un avantage important par rapport à la
concurrence.
Selon le ministère de l'Economie et des Finances à Paris,
les entreprises doivent sortir de leur marchés nationaux, qui
sont devenus des "bunker nucléaires". Ainsi, comme l'a déclaré
Norbert König, membre du comité de direction de Siemens
Energieerzeugung (KWU), la fusion "dépendrait moins des évolutions
politiques dans les différents pays gr‰ce à son caractère
international". Cependant, le ministre de l'Economie et des Finances
Christian Sautter a souligné que la sortie du nucléaire
en Allemagne n'était pas certaine, mais qu'elle a été
prise en compte dans les réflexions sur la fusion. Le secrétaire
d'Etat à l'Industrie Christian Pierret a mis l'accent sur le
fait que Siemens s'était engagé à faire partie
de la société au moins pour 10 ans. En plus, Sautter a
souligné que la fusion ne mettrait pas en péril les emplois
en France. Siemens n'a exigé ni la privatisation ni le lancement
de l'EPR. Du côté des Allemands, on ne peut dire quel impact
la fusion aura sur l'emploi.
L'EPR n'est pas seulement contesté outre-Rhin : EDF qui détient
des parts dans Framatome, est sceptique, et les Verts ont menacé
de quitter le gouvernement au printemps dernier, si Lionel Jospin avait
donné le feu vert à l'EPR.
die tageszeitung du 7/12/99
Selon die tageszeitung, Siemens et Framatome espèrent de la
fusion de meilleures opportunités sur les marchés de l'Amérique
du Nord et d'Asie, car le marché nucléaire européen
stagne. Ainsi, les consortiums nucléaires n'ont pas non plus
eu de chance avec l'EPR : les nouveaux réacteurs auraient dû
être construits déjà depuis 1998. Mais les réacteurs
du futur ne sont déjà plus compétitifs vis-à-vis
des centrales à charbon ou gaz modernes.
C'est pourquoi le chiffre d'affaires de KWU ne vient pas de la construction
de centrales nucléaires, mais de la livraison d'éléments
de combustible et de l'amélioration des centrales et du service.
Contrairement aux autres branches de KWU, la branche nucléaire
affiche même un résultat positif.
Même le débat sur la sortie du nucléaire en Allemagne
ne fait pas peur à KWU : "Tant qu'en Allemagne, il y a encore
des réacteurs qui tournent - et cela durera apparemment encore
très longtemps", dit le porte-parole de Siemens KWU Wolfgang
Breyer à la taz, "nous n'estimons pas nos affaires nationales
en péril". Mais même si la sortie du nucléaire du
gouvernement SPD-Verts traîne en longueur, il est évident
que le nucléaire n'a un avenir à long terme qu'à
l'étranger.
Die Zeit du 9/12/99
Selon Die Zeit, les deux entreprises fusionnent par necessité.
On ne construit presque plus de nouvelles centrales, et les entreprises
sont obligées de se contenter des prestations de service autour
des centrales existantes. La fusion n'a rien de surprenant. Les constructeurs
de centrales nucléaires sont obligés de collaborer car
le marché stagne. Ainsi, ils ont conçu l'EPR, un réacteur
extrêmement sûr selon leurs dires, qui (théoriquement)
devait devenir le "fer de lance" des exportations.
En ce qui concerne le chiffre d'affaires, Siemens aime à répéter
que sa branche nucléaire fait du bénéfice, contrairement
à KWU dans son ensemble. Cette dernière est dans le rouge.
Que, malgré tout, les emplois ne soient pas en péril,
vient du fait que Pierer, patron de Siemens, est né et vit à
Erlangen, site de KWU. Celui-ci, très "sobre" d'habitude, a une
relation presque irrationellement positive vis-à-vis du nucléaire.
La coopération était donc la seule alternative pour consolider
le chiffre d'affaires de Siemens dans le cadre du "programme en dix
points". C'est depuis toujours que le gouvernement français souhaitait
créer un consortium nucléaire européen puissant
- le siège devant se situer à Paris, évidemment,
pour maintenir son influence. Malgré tout, il s'agit d'une sortie
lente du nucléaire, même si les managers de Siemens-KWU
attendent de la France, tradionnellement nucléophile, de meilleures
opportunités pour l'export. Mais même pour Framatome, la
situation n'est pas différente : Même le prototype du nouveau
réacteur EPR n'a pas été lancé. Avec les
surcapacités existantes, il n'y en a pas le besoin. Le patron
de Framatome, Dominique Vignon, le constate ainsi : "S'il n'y a pas
de commande d'ici 2004, continuer le développement [de l'EPR]
n'a pas de sens".
Die Zeit conclut que ce serait donc le début définitif
de la sortie du nucléaire. Le professeur en économie parisien
Elie Cohen analyse sobrement : "L'industrie nucléaire n'a pas
d'avenir. Siemens ne tient plus le secteur pour rentable et se concentre
sur ses affaires principales".
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