Septembre 2001
Un
redémarrage à l'aveugle
L'Autorité de sûreté autorise
la remise en fonctionnement du réacteur 3 de Cattenom
WISE-Paris, le 3 septembre 2001
[Mise en ligne le 03/09/2001]
Le 31 août 2001, lAutorité de sûreté
nucléaire a autorisé le redémarrage du réacteur
n°3 de la centrale nucléaire de Cattenom. En mars 2001, lors
de larrêt programmé du réacteur, lexploitant
avait découvert des dégâts sur le combustible, dont
létendue navait jamais été constatée
auparavant sur aucun des réacteurs du parc nucléaire français.
Parallèlement, un dysfonctionnement grave sur un système
important pour la sûreté a été constaté.
Suite à lintervention de parlementaires
luxembourgeois sur le cas de Cattenom, le Ministère des Affaires
étrangères du Luxembourg a insisté auprès
des autorités françaises pour "quune réunion
de la Commission mixte franco-luxembourgeoise sur la sécurité
nucléaire soit convoquée le plus rapidement possible".
Au total, 92 crayons de combustible contenant
luranium et constituant la première barrière de
confinement des matières radioactives ont été
trouvés endommagés ; certains présentant des cassures
nettes, et laissant se disséminer dans le fluide primaire de
refroidissement de la matière radioactive. Il sagissait
dun nombre "inédit" de défauts
détanchéité, par rapport aux 5 à 10
défauts observés en moyenne et par an sur lensemble
des 58 réacteurs du parc. Le chiffre annuel moyen habituel de
0,1 crayon par réacteur a été multiplié
par 1.000.
Lendommagement important des éléments
de combustible peut conduire à des risques de blocage des grappes
de contrôle et donc à la réduction des moyens de
contrôle de la réaction en chaîne avec des conséquences
potentielles graves pour la sûreté du réacteur.
En octobre 1999, un mois seulement après le
redémarrage du réacteur, un taux anormal de radioactivité
a été détecté dans l'eau du circuit primaire
de refroidissement du réacteur et le 6 septembre 2000, le niveau
de Rupture de Gaine Sérieuse (RGS) était atteint.
Les autorités de sûreté nont été
informées de la situation que le 18 octobre 2000, une information
tardive quelles jugèrent "inadmissible".
Malgré le niveau élevé des fuites
et les recommandations des autorités de sûreté nucléaire
danticiper larrêt du réacteur, la direction
du CNPE de Cattenom a préféré le maintenir en fonctionnement.
Avant larrêt du réacteur, le CNPE était dans
lincapacité de donner une évaluation exacte du nombre
et de la gravité des défauts. Cette erreur danticipation
aura des répercussions à plus long terme, notamment sur
la radioprotection et la gestion des locaux de la tranche 3.
Plusieurs hypothèses ont été
avancées pour expliquer lapparition de ces défauts.
Outre lusure par vibration, la présence potentielle dun
"corps migrant", voire lexistence dun "défaut
de fabrication", ont également été évoquées.
Or, si "la cause immédiate des défauts, liée
à de la fatigue vibratoire", a été identifiée,
cela ne permet pas "d'affirmer ou d'exclure des facteurs potentiels
avec certitude".
Parallèlement à cette situation, le
12 mars 2001, EDF informait lautorité de sûreté
nucléaire qu'elle avait détecté une anomalie générique
sur des vannes du circuit de refroidissement de secours de 12 réacteurs
du palier 1.300 mégawatts électriques, dont ceux de Cattenom,
pouvant affecter leur bon fonctionnement en cas d'accident. L'anomalie
concernait plus particulièrement le système de re-circulation
qui alimente les systèmes daspersion et le système
dinjection de sécurité, deux systèmes de
secours fondamentaux dans les concepts de sûreté nucléaire.
Les analyses dEDF avaient abouti à la conclusion quelles
présentaient un risque de blocage en cas "daccident
grave ou de tremblement de terre de forte magnitude".
Des défaillances dans le domaine de la sûreté
sur les sites dEDF, caractérisées par "la
persistance dun manque de rigueur", ont été
relevées de nombreuses fois par lautorité de sûreté.
Le cas de Cattenom paraît constituer un exemple sérieux.
Lire briefing : LES
LACUNES DE LA SURETE NUCLEAIRE D'EDF - Le cas de Cattenom
Annexes : Partie
1 - Partie
2
Retour
au sommaire