Premier trimestre 2002
Une
nouvelle fuite de ruthénium remet en cause la valeur des mesures
de rejets de COGEMA-La Hague
Des valeurs sous-estimées pour les fuites de
ruthénium, ou encore un bilan incomplet pour liode radioactif
mettent en question à La Hague la pertinence des données
publiques sur les rejets radioactifs et lindépendance du
contrôle des mesures sur les usines de COGEMA.
WISE-Paris, 30 janvier 2002
[Mise en ligne le 04/02/2002]
Le 28 janvier 2002, lACRO (Association pour
le Contrôle de la Radioactivité dans lOuest) et lIPSN
(Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire)
publiaient simultanément un communiqué de presse pour
la première, et un compte-rendu de mesures pour le second, mettant
en doute la validité des systèmes de mesures de rejets
de COGEMA sur ses installations de La Hague. Le même jour, COGEMA
annonçait dans un communiqué la révision de ses
systèmes de mesure et de filtration.
Le débat concernant les marges dincertitude
des mesures de rejets des usines de La Hague était déjà
ouvert : en 2001, les contre-expertises menées par lACRO
après une première fuite de ruthénium, le 18 mai,
ont conduit lAutorité de sûreté nucléaire,
la DSIN (Direction de la sûreté des installations nucléaires)
à demander le 26 décembre 2001, dans une saisine de lIPSN,
que « les derniers éléments dinvestigation
relatifs à la mesure du ruthénium soient pris en compte
dans les travaux [menés] au sein du Groupe Radioécologie
Nord-Cotentin » sur les marges dincertitude. Plus tôt
dans lannée, Annie Sugier, Présidente de ce Groupe
(GRNC), avait été saisie par une lettre de WISE-Paris
du 9 mai 2001 de problèmes liés aux écarts de comptabilité
de liode-129.
Une nouvelle fuite de ruthénium, le 31 octobre
2001, a donné lieu à de nouvelles contre-expertises de
lACRO qui renforcent les doutes sur la fiabilité des mesures
de rejets.
Il a fallu une semaine pour que cette dispersion,
due à une fuite de gaz sur latelier de vitrification T7
de lusine UP3 de La Hague, soit annoncée par lAutorité
de sûreté. Dans son communiqué du 7 novembre 2001,
celle-ci explique : « le 31 octobre, la chaîne B de l'atelier
de vitrification T7 de l'usine UP3 avait été mise en arrêt
à chaud. Une intervention de débouchage de tuyauteries
de mesures de niveau dans le dépoussiéreur de l'unité
de traitement des gaz de vitrification a entraîné, pendant
quelques minutes, une montée en pression dans les équipements
du procédé. Il y a eu une dispersion d'aérosols
et de gaz depuis les équipements du procédé vers
les cellules inaccessibles dans lesquels ils se situent. Des gaz contenant
du ruthénium et du rhodium radioactifs se sont échappés
par la cheminée de 100 mètres de l'usine UP3, via la gaine
de la ventilation des cellules de l'atelier T7. »
Lincident, classé au niveau 0 de léchelle
INES (International Nuclear Events Scale) par la DSIN serait resté
sans suite si lACRO navait, dès le 5 novembre 2001,
effectué ses propres prélèvements.
Alors que la DSIN conclut à « la
présence d'un faible marquage en ruthénium-rhodium, avec
un maximum de 0,085 Bq/g à 2 km », les prélèvements
de lACRO révèlent « des contaminations
dépassant les 700 Bq/kg dherbe fraîche dans un pâturage
situé à 1 km environ de lémissaire ».
Ces mesures indépendantes remettent en question le calcul du
terme source (quantité totale rejetée) du rejet incidentel,
qui au lieu des 219 MBq (chiffre majorant) affichés par la DSIN
pourrait être 45 fois supérieur (10.000 MBq) selon lACRO.
Les mesures de lACRO ont été indirectement corroborées
par les analyses de lIPSN, où il apparaît que certains
chiffres avancés par COGEMA sont inférieurs à ceux
observés par lIPSN.
LACRO sétait déjà
trouvée en désaccord avec la DSIN après lincident
similaire du 18 mai 2001. Les analyses avaient alors conduit à
une différence dun facteur 400 environ entre les chiffres
avancés par la DSIN et les estimations de lACRO. La question
se pose donc, daprès lACRO, de « la fiabilité
du système de mesure des rejets aériens », et
cela, « même en fonctionnement normal ».
Dans le cas où les mesures effectuées par COGEMA se révèleraient
fiables, lACRO qui utilise la méthodologie retenue par
le Groupe Radioécologie Nord-Cotentin sous direction de l'IPSN
pour le calcul du terme source, met en doute les modèles de diffusion
utilisés par COGEMA et la DSIN. Si ces modèles se révélaient
minorants ou même inexacts, « cest limpact
théorique pour de nombreux radioéléments rejetés
par les cheminées qui [aurait] probablement été
sous-estimé. »
Ce nest pas le seul point sur lequel les mesures
et les codes de calcul utilisés par COGEMA sont remis en cause.
Dans le cas de liode-129 (demi-vie 16 millions d'années),
les codes de calcul utilisés pour estimer le contenu en iode-129
des combustibles irradiés entrant dans les chaînes de retraitement
ne concordent pas avec les mesures diode-129 effectuées
sur les rejets liquides et aériens. Lécart constaté
entre les chiffres calculés à lentrée et
mesurés à la sortie des chaînes de retraitement
revient à une « disparition » pouvant aller jusquà
50 % de liode-129 lors des opérations de retraitement.
Cette perte, comptabilisée comme « Material Unaccounted
For » (matière sans comptabilisation) a été
estimée dans le rapport sur les « Effets toxiques éventuels
engendrés par les usines de retraitement nucléaire à
Sellafield et au cap de La Hague », remis par WISE-Paris au
STOA (Scientific and Technological Options Assessement du Parlement
européen) en septembre 2001. Comme pour le ruthénium,
limpact théorique de liode-129 pourrait avoir été
sous-estimé, peut-être même au point que la dose
collective imputable à liode-129 non comptabilisé
« au cours de la période 1989-1999 serait de lampleur
dun grave accident nucléaire tel que lincendie de
Windscale (Sellafield) ou lexplosion de déchets de Kyshtym
(Russie) en 1957. »
Aussi, les interrogations soulevées sur ce
point ont été jugées suffisamment importantes par
le ministère de l'environnement et lIPSN pour décider
de la mise en place, via le Groupe Radioécologie Nord-Cotentin
(GRNC), d'un groupe de travail spécialisé sur la question
de liode-129. Par ailleurs, André-Claude Lacoste, Directeur
de la Sûreté des Installations Nucléaires, suite
aux doutes émis par lACRO sur les fuites répétées
de ruthénium à La Hague, a demandé par lettre datée
du 26 décembre 2001, à Annie Sugier, Présidente
du GRNC de mener des travaux sur les marges dincertitudes des
mesures effectuées à La Hague. Il souligne dans cette
même lettre que les mesures de lACRO lavaient amené
à « sinterroger sur la précision et la
représentativité des mesures de radioactivité dans
la cheminée de rejets de lusine UP2-800 ». Conséquence
directe du nombre grandissant dinterrogations sur les mesures
de La Hague, et sans même attendre les conclusions des travaux
du GRNC, COGEMA indiquait le 28 janvier 2002 la mise en place dun
« programme d'amélioration des systèmes de mesure
et de filtration. »
Références :
WISE-Paris, lettre de M. Schneider le 9 mai 2001
à lattention dA. Sugier :
http://www.ipsn.fr/nord-cotentin/pdf/WISE.pdf
GRNC, réponse dA. Sugier le 21 juin
2001 à la lettre de WISE-Paris du 9 mai 2001 :
http://www.ipsn.fr/nord-cotentin/pdf/ReponseAS_WISE.pdf
WISE-Paris, « Possible toxic effects
from the nuclear reprocessing plants at Sellafield and Cap de la Hague
», rapport pour STOA, octobre2001 :
http://www.europarl.eu.int/stoa/publi/default_en.htm
(Les résumé et conclusions générales sont
disponibles en français à la même adresse)
DSIN, Communiqué du 7 novembre 2001 :
http://asn.gouv.fr/data/evenement/44lahague.asp
ACRO, Communiqué de presse du 28 janvier
2002 :
http://www.globenet.org/acro/cp280102.html
IPSN, Communiqué de presse du 28 janvier
2002 :
http://www.ipsn.fr/presse/communiques/cp%2D2002%2D01%2D28.htm
COGEMA, Communiqué de presse du 28 janvier
2002 :
http://www.cogema.fr/cogema/fr/cogeactu00.nsf/VZoom/NT0000108A?opendocument
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