Quatrième trimestre 2002
UN
« INCIDENT » MAJEUR : La dégradation du couvercle
de cuve à Davis Besse et ses conséquences
WISE-Paris, le 11 octobre 2002
Téléchargez le briefing en français
au format PDF (17 p., 178 Ko) : 021011BriefingDavis-Besse.pdf
[Mise en ligne le 12/10/2002]
RÉSUMÉ
L’unique réacteur de la centrale américaine de
Davis Besse, dans l’Ohio – un réacteur à eau
sous pression de 837 MWe – a connu en mars 2002 un incident majeur
sans précédent : une opération de maintenance du
couvercle de cuve a permis de découvrir, par hasard, une cavité
de 15 cm de profondeur et 17 cm de large.
Seuls les 3 mm de peau extérieure, en acier inoxydable, de la
cuve ont résisté. La cavité, dont l’opérateur,
FirstEnergy, évalue le début du creusement à 1998,
est expliquée par la corrosion de l’acier au carbone de
la cuve par de l’acide borique, provenant lui-même d’une
fuite de l’eau borée du circuit primaire du réacteur
par une fissure sur la paroi externe de la cuve. celle-ci s’est
produite au niveau de la soudure d’un des adaptateurs qui permettent
la traversée du couvercle par les barres de contrôle ou
les colonnes d’instrumentation.
Bien que des dépôts d’acide borique au niveau de
l’adaptateur concerné aient été constatés
dès 1998, aucune mesure corrective n’a été
entreprise. Qui plus est, les examens par contrôle télévisuel
menés à plusieurs reprises sur la cuve n’ont jamais
permis de déceler la cavité, qui se développait
sur la paroi interne de la cuve.
Le problème des fissures sur les adaptateurs est connu depuis
les années quatre-vingt dix, où de telles fissures ont
été détectées sur plusieurs réacteurs
d’EDF, en France, après la découverte de la première
à la centrale de Bugey, en 1991. D’autres fissures du même
type ont été identifiées, notamment sur des réacteurs
américains en 2000 et 2001.
Ces fissures sont notamment dues à la fragilité des soudures
hétérogènes (liaison entre l’acier au carbone
de la cuve, l’acier inoxydable de sa peau externe, et l’Inconel,
alliage qui compose l’adaptateur). La fissure peut apparaître
de façon transversale ou circonférentielle, cette seconde
étant plus dangereuse du fait du risque de rupture brutale de
l’adaptateur.
Les autorités de sûreté française comme
américaine ont toujours jugé peu problématique
l’apparition de fissures transversales, et très improbable
le cas de fissures circonférentielles. L’exemple de Davis
Besse montre qu’une telle fissure peut conduire à une cavité
suffisamment grande pour ouvrir une brèche dans la cuve, où
la pression peut atteindre 172 bars. Le déchirement de la dernière
protection, la membrane en acier inoxydable de quelques millimètres
seulement d’épaisseur, aurait pu ouvrir une brèche
de 200 cm2 environ, susceptible d’entraîner des problèmes
très graves comme la perte en eau du réacteur et l’éjection
d’une partie des barres de contrôle ou leur perte de fonction.
Un rapport publié le 10 octobre 2002 par l’autorité
de sûreté américaine, la NRC, met en cause la négligence
de l’opérateur de Davis Besse mais aussi l’incapacité
de l’agence de contrôle à apprécier la gravité
de la situation, conduisant un phénomène évitable
à devenir un grave problème de sûreté. Et
rien ne permet aujourd’hui de garantir que d’autres fissures
ne se creusent pas de façon similaire sur d’autres réacteurs
américains.
La remarque s’applique aussi aux réacteurs d’EDF,
qui utilisent la même technologie. En France pourtant, la vigilance
de l’exploitant comme de l’autorité de sûreté
semble retombée, après l’effervescence créée
par les premières fissures il y a plus de 10 ans.
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