Premier trimestre 2001
WISE-Paris
/ Investigation Plutonium révèle des transports
" clandestins " entre lAllemagne et La Hague
WISE-Paris, le 14 février 2001
[Mise en ligne le 14/02/2001]
Entre août et septembre 2000, il y a eu quatre transports en
provenance dAllemagne destinés à lusine de
retraitement de La Hague. Ces transports ont été effectués
sans que lopinion publique nen ait été informée,
alors que le gouvernement français a déclaré à
plusieurs reprises que lAllemagne devait dabord entamer
la reprise de ses déchets de retraitement avant tout nouvel envoi
vers La Hague. Les autorités fédérales allemandes
ont donné le feu vert pour onze transports supplémentaires
dici la mi-2001.
En outre, le contrat de transport et de traitement entre COGEMA et
DWK (1) (Deutsche Gesellschaft für Wiederaufarbeitung
von Kernbrennstoffen). a été signé en octobre 1997
- donc bien après la signature de l'accord Verts-PS en mars 1997. Cet
accord prévoyait quil ny aurait pas de nouveau contrat
de retraitement.
Enfin, la COGEMA ne possède pas dautorisation de traitement
de ces éléments importés dAllemagne. La DSIN
(Direction de la sûreté des installations nucléaires)
nen a autorisé que la réception, le déchargement
et lentreposage. Cette autorisation paraît aujourdhui
contraire à la législation française qui interdit
limportation de déchets nucléaires étrangers
en France à lexclusion de combustible destiné au
retraitement et dans les délais indispensables du procédé.
Lexploitation commerciale de lusine de fabrication de combustible
mixte à plutonium et uranium (MOX) de Siemens à Hanau
(ancienne usine ALKEM) a été abandonnée définitivement
en avril 1994. Par la suite, Siemens a reçu lautorisation
de vidanger lusine, cest-à-dire de fabriquer à
partir de rebuts de fabrication et divers restes de plutonium et duranium,
des éléments de " stockage ", en utilisant
le même procédé que la fabrication des combustibles
MOX, mais sans répondre aux normes de qualité qui sappliquent
à lutilisation comme combustible en réacteur.
Le BfS (Bundesamt für Strahlenschutz, Agence fédérale
de protection contre les rayonnements, sous tutelle du Ministère
de l'Environnement) a donné l'autorisation pour 15 transports
pour 28 éléments de stockage au total avant la mi-2001.
En Allemagne, ce sont ensuite les autorités du Land qui délivrent
les autorisations pour chaque transport individuel. Selon le ministère
de l'Environnement de Hesse, quatre transports comprenant chacun deux
éléments de stockage ont été exécutés
entre août et septembre 2000. Ainsi, 3.927 kg duranium et
154 kg de plutonium ont été transférés à
La Hague.
Les transports sont effectués par route dans un camion spécial
de sécurité. Les éléments de stockage peuvent
permettre lextraction du plutonium qui peut servir de matière
première pour la fabrication dun engin nucléaire.
La protection physique et la surveillance spéciale ne peuvent
pas sappliquer aux transports par rail. Le plutonium séparé
et sous toute autre forme non-irradiée est donc toujours transporté
par route (ou par mer).
Le 27 avril 1999, la DSIN a transmis à COGEMA une " autorisation
pour réceptionner, décharger et entreposer un lot
de combustible MOX non-irradié en provenance de lusine
de Hanau (Allemagne) " (entièrement
reproduite en PDF, 104 ko, 5 pages). Pour linstant, la COGEMA
na aucune autorisation pour retraiter cette matière. Et
le directeur de la branche retraitement de la COGEMA a déclaré
au journal Le Monde que " le retraitement nest
pas planifié. Il le sera dans le futur, et le jour venu, on fera
un dossier dautorisation. " (Voir l'article du Monde,
14 février 2001, "La
France a discrètement importé des rebuts nucléaires
allemands")
Le terme de " combustible ", employé par
la DSIN, paraît abusif, dans la mesure où il sagit
clairement déléments qui ne sont ni irradiés
- car ils ne proviennent pas dun réacteur nucléaire
- ni destinés à être utilisés en réacteur,
car ils nont absolument pas ni les spécifications techniques
ni la garantie de qualité nécessaires.
Il sagit de déchets nucléaires que la COGEMA entrepose
pour ses clients allemands. Le stockage de déchets radioactifs
est clairement interdit par larticle 3 de la loi sur les déchets
radioactifs du 30 décembre 1991 qui stipule que : " Le
stockage en France de déchets radioactifs importés, même
si leur retraitement a été effectué sur le territoire
national, est interdit au-delà des délais techniques imposés
par le retraitement. " En labsence même de planification
et dautorisation de retraitement, on voit mal comment peut se
justifier la présence de ces éléments sur le territoire
français.
Il y a deux ans, Investigation Plutonium avait titré
un dossier "Allemagne :
expert en exportation de problèmes ". Cest
aujourdhui confirmé. Et en France, la classe politique
paraît nettement moins gênée par lattitude
allemande quelle ne la laissé entendre ces derniers
mois.
Dans un secteur qui ne cesse daffirmer sa volonté de " transparence ",
ces derniers transports sont restés curieusement invisibles.
Note :
- La DWK est une société détenue par les
électriciens :
RWE Energie AG (25,5%)
Norddeutsche Gesellschaft zur Beratung und Durchführung von Entsorgungsaufgaben
bei
Kernkraftwerken mbH (Nord GmbH) (24,5%) [détenu à 88%
par PreußenElektra]
Bayernwerk AG (14,5%)
Hamburgische Electricitätswerke AG (HEW) (7,5%)
Energie Baden-Württemberg AG (12,1%) <12.98> (via EnBW
Kraftwerke GmbH)
Vereinigte Elektrizitätswerke Westfalen AG (5,5%)
Isar-Amperwerke AG (3,5%)
Neckarwerke Elektrizitätsversorgungs-AG (3,5%)
Technische Werke der Stadt Stuttgart AG (3,5%)
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