Premier trimestre 2001
Transports
secrets et stockage illégal
L'étrange histoire
des déchets importés à La Hague
WISE-Paris, le 6 mars 2001
[Mise en ligne le 06/03/2001]
Linformation révélée
par WISE-Paris dans Le Monde du 15 février 2001,
selon laquelle la France a discrètement importé des
déchets nucléaires allemands pendant lété
2000, a provoqué un tollé. Dabord, la nouvelle
a fait la Une des journaux en Allemagne et aujourdhui, la question
fait grand bruit en France. La COGEMA est assignée en Référé
à comparaître devant le Tribunal de Grande Instance de
Cherbourg le 20 mars 2001 et le député Christian Bataille,
père de la loi de 1991 sur les déchets nucléaires,
estime que lesprit de cette loi " est bafoué "
par ces pratiques.
Outre les rebuts de Hanau, la question
du stockage illégal se pose aujourdhui pour des combustibles
MOX irradiés dAllemagne ainsi que pour des combustibles
irradiés de réacteurs de recherche australiens et belges.
Le briefing de WISE-Paris
" Transports secrets et stockage illégal "
tente de faire la lumière sur le fond de cette nouvelle affaire.
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le briefing de WISE-Paris (10 p) et ses annexes (13 p) en PDF (408 Ko)
Résumé
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Dominique Voynet répond à Greenpeace France
Résumé du dossier
La COGEMA menacée de payer 10 millions
d'EUROS par infraction
Le 15 février 2001,
WISE-Paris révèle avec le quotidien Le
Monde que " pendant lété 2000,
la France a accueilli dans la plus grande discrétion quatre
transports de déchets nucléaires allemands vers La Hague ".
Linformation, intervenue alors que lon croyait les transports
interrompus entre lAllemagne et La Hague depuis la révélation,
toujours par WISE-Paris, de lAffaire des Transports Contaminés
en 1998 (voir http://www.WISE-Paris.org/intronosbulletins.html), " soulève
un tollé " en Allemagne. Le ministre de lEnvironnement
est interpellé au Parlement, les quotidiens en font leur Une,
le journal télévisé souvre sur la nouvelle.
Le 6 mars 2001, la COGEMA
est assignée en Référé à comparaître
le 20 mars 2001 devant le Tribunal de Grande Instance de
Cherbourg. Une association locale tente de faire interdire à
la COGEMA " dorganiser toute nouvelle opération
dimportation " de ce type de matériaux
nucléaires dAllemagne sous la menace de payer une astreinte
de 10 millions dEuros par infraction constatée. Le stockage
en France de déchets étrangers est en effet interdit
par larticle 3 de la loi de 1991 sur la gestion des
déchets radioactifs.
Entre le 10 août et
le 19 septembre 2000, la COGEMA avait importé à
quatre reprises des rebuts de lusine de fabrication de combustible
MOX (oxyde mixte uranium et plutonium) d'Hanau en Allemagne.
Lusine ne produit plus commercialement depuis 1991 et na
reçu quune autorisation de conditionnement des rebuts
de fabrication de MOX et des restes de plutonium sous forme déléments
de stockage. Ces éléments, dont la forme est identique
à celle des assemblages de combustible MOX sans pour autant
avoir les qualités requises pour une utilisation en réacteur,
pourraient être stockés définitivement comme déchets
de la même façon que les combustibles irradiés
non retraités. Néanmoins, ces éléments
de stockage peuvent aussi être retraités afin den
séparer le plutonium et luranium... afin de re-fabriquer
des éléments de combustible MOX. Cest ce qui avait
été prévu selon un contrat de traitement doctobre
1997 entre la société allemande DWK, agissant pour le
compte des exploitants nucléaires allemands, et la COGEMA.
Actuellement, la COGEMA ne détient
quune " autorisation pour réceptionner,
décharger et entreposer " le lot de Hanau, émanant
de la Direction de la sûreté des installations nucléaires (DSIN)
et datée du 27 avril 1997. Or, en labsence même
de toute demande dautorisation de retraitement dans une
installation de La Hague et par conséquent de toute
autorisation de retraiter ces matières paraissent
devoir être considérées comme des déchets,
qui seraient donc stockés illégalement en France.
Le secrétariat dÉtat
à lIndustrie français déclare de son côté
que le lot de Hanau " peut-être recyclé
de façon tout à fait légale dans lusine
UP2-400 de La Hague : le cadre juridique de cette usine le permet ".
Interrogé par écrit
afin déclairer le fond de déclarations apparemment
contradictoires, le directeur de la DSIN, dans une lettre adressée
à WISE-Paris, " confirme que " :
- " COGEMA nest
actuellement pas en possession dune autorisation de traiter
les lots dassemblages en provenance de Hanau dans une installation
du site de La Hague " et que
- " COGEMA na
pas à ce jour demandé lautorisation de traiter
le lot dassemblages en provenance de Hanau " à La
Hague.
La DSIN clarifie donc sans ambiguïté
le fait quil ny a pas eu de demande dautorisation
et, moins encore, dautorisation de traitement des déchets
de Hanau. Cette situation paraît suffisamment grave pour lavocat
de lassociation CRILAN et du conseiller régional Didier
Anger pour assigner en Référé la COGEMA devant
le Tribunal de Grande Instance de Cherbourg afin de lui faire interdire
lorganisation de toute nouvelle opération dimportation
de matière du lot de Hanau. Il est demandé au tribunal
de condamner la COGEMA, entre autres, à payer au CRILAN une
astreinte de 10 millions dEuros par infraction constatée.
Dans sa lettre à WISE-Paris,
la DSIN affirme que " le traitement du lot de Hanau dans
linstallation UP2-400 nécessiterait de la part de la
DSIN une autorisation spécifique, que rien ninterdit
réglementairement de délivrer ". Hormis le
fait que personne na cherché à obtenir ladite
autorisation, il nest pas certain que la DSIN pourrait délivrer
aujourdhui une telle autorisation spécifique.
En effet, la COGEMA stocke à
La Hague également des rebuts de fabrication de combustible
MOX en provenance de ses usines MELOX (Marcoule) et ATPu (Cadarache).
Ces déchets sont stockés de la même façon
que ceux en provenance de lAllemagne, cest-à-dire
sous forme déléments de stockage. Dans son rapport
dactivité 1997, lautorité de sûreté
nucléaire précise que : " La DSIN
a rappelé à COGEMA que le traitement dans les usines
de La Hague des rebuts produits par MELOX et lATPu suppose une
modification des décrets dautorisation de La Hague. "
Dune part, on imagine mal
que le traitement des éléments de stockage de Hanau
ne soit pas soumis aux même conditions que le traitement de
ceux en provenance des usines françaises. Dautre part,
lusine UP2-400, qui a été mise en service en 1966
et qui doit être arrêtée définitivement
sous peu, na pas été exploitée depuis plus
de deux ans. Or, le décret n°63-1228 du 11 décembre 1963
sur les installations nucléaires de base (INB) dit dans
son Art. 4, III. : " Si l'installation
n'est pas mise en service dans le délai fixé ou si elle
n'est pas exploitée pendant une durée consécutive
de deux ans, une nouvelle autorisation, délivrée dans
les mêmes formes, est nécessaire ", les
" mêmes formes " étant celles d'un
enquête publique. En dautres termes, il semble bien que
non seulement la COGEMA na pas aujourdhui dautorisation
de retraiter les rebuts de fabrication de MOX mais la DSIN ne pourrait
pas donner une telle autorisation pour linstallation vétuste
UP2-400 en labsence dune nouvelle procédure avec
enquête publique, un non-sens industriel compte tenu de lage
de linstallation.
En réalité, la COGEMA
na jamais envisagé le retraitement de ces matières
dans lusine UP2-400, mais prévoit depuis longtemps lutilisation
des nouvelles usines et de lUP2-800 en particulier. Il se trouve
que la publication du décret autorisant les modifications souhaitées
sur le site de La Hague traîne toujours dans les ministères
concernés.
Mais même en cas de parution
dun nouveau décret, le traitement du type de matière
comme le lot de Hanau devrait rester soumis à lobtention
d'une autorisation spéciale. En effet, la demande de modification
du décret dautorisation de création des usines
UP2-800 et UP3, signée par la PDG de COGEMA, Mme Anne Lauvergeon,
le 20 septembre 1999, stipule que : " En ce
qui concerne ladaptation des types de combustibles et de matières
à retraiter dans UP3-A et UP2-800, chaque nouveau type significativement
différent fera, le moment venu, lobjet dun dossier
particulier de sûreté et dune demande dautorisation
qui seront soumis aux administrations et ministres compétents,
et notamment aux ministres chargés de lEnvironnement
et de lIndustrie. "
Le stockage à La Hague des
éléments de stockage de Hanau ne constitue pas le seul
problème. LAllemagne stocke de lordre dune
cinquantaine de tonnes de combustible MOX irradié à
La Hague. La Belgique ainsi que lAustralie envoient des combustibles
de réacteurs de recherche pour retraitement. En labsence
dautorisation et de planification précise de retraitement,
ces matières constituent des déchets qui, selon la logique
développée par lavocat du CRILAN, Maître
Thibault de Montbrial, pour le cas du lot de Hanau, sont entreposés
illégalement sur le sol français.
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le briefing de WISE-Paris (10 p) et ses annexes (13 p) en PDF (408
Ko)
Dominique Voynet répond
à Greenpeace France
Le 20 avril 2001, Me
Faro, avocat de Greenpeace France dans l'affaire concernant l'importation
des combustibles australiens (ANSTO), demandait à Mme la Ministre
de l'environnement et de l'aménagement du territoire son opinion
sur les pratiques d'importation et de stockage de combustibles nucléaires
de la Cogéma.
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la lettre de Me Faro du 20 avril 2001 (PDF, 32 Ko)
Dominique Voynet juge dans sa réponse
du 13 mai 2001 qu'il "est nécessaire de modifier rapidement
les procédures auxquelles l'activité de la Cogéma
est soumise" car la situation actuelle dans laquelle la Cogéma
est autorisée à importer et stocker des combustibles
"n'est pas satisfaisante au regard de la loi".
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la réponse de Dominique Voynet du 13 mai 2001 (PDF, 112 Ko)
Contacts :
DSIN - Presse
Alain Delmestre
Tel : 01 43 19 39 41
E-mail : alain.delmestre@industrie.gouv.fr
Web : www.asn.gouv.fr
COGEMA - Presse
Yves Gautier / Céline Matge
Tel : 01 39 26 31 56
Web : www.cogema.fr
Didier Anger
Conseiller Régional de Basse-Normandie
CRILAN
Tel : 02 33 52 45 59
Fax : 02 33 52 53 26
Thibault de Montbrial
Avocat de Didier Anger et du CRILAN
Tel : 01 43 12 51 00
Fax : 01 43 12 51 01
E-mail : tdmavocat@yahoo.fr
Lien utile relatif au briefing
(lien vers un site internet valide au 16.06.2003)
Presse allemande :
Grüne verschwiegen Atomtransporte
Junge Welt, 16.02.2001
http://www.jungewelt.ipn.de/2001/02-16/011.shtml
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