Juin 2001
EDF
et un chef détablissement au pilori pour manquement aux
règlements de sécurité
Condamnation à un mois de prison et 500.000
FRF damende
WISE-Paris, le 27 juin 2001
[Mise en ligne le 28/06/2001]
Pour la première fois en France, un directeur de centrale nucléaire,
Joël Bultel, et lexploitant, Electricité de France
(EDF), ont été condamnés, le 26 juin 2001, respectivement
à 1 mois demprisonnement avec sursis et à une amende
de 500.000 Francs, pour " blessures involontaires "
et " infractions au Code du travail ". Dans
un arrêt qui fera date dans la jurisprudence française,
le Tribunal Correctionnel de Valence a déclaré M. Bultel
et EDF " entièrement responsables du préjudice
subi par la partie civile ", constituée dun
agent de sécurité et de radioprotection, Frédéric
Moreau, irradié lors dune intervention sur une zone " rouge "
(1) du réacteur 1 de la centrale du Tricastin,
et de la CGT du même site.
Les faits remontent au 11 mars 1999, lorsque M. Moreau, technicien
EDF du service sécurité-radioprotection-médical
(SRM) de la centrale du Tricastin, est intervenu sans autorisation dans
une zone rouge au-dessous de la cuve du réacteur 1, alors à
larrêt pour maintenance (2).
M. Moreau, qui est entré dans le puits de cuve pour récupérer
des outillages de maintenance, sest alors trouvé, pendant
plus de 3 minutes, à proximité des doigts de gant, instruments
de mesure hautement radioactifs, qui étaient mis en place pour
vérifier létanchéité de la cuve lors
du déchargement du combustible. A sa sortie de la cuve, M. Moreau
sest rendu compte quil venait de recevoir une dose importante
de radiations, dont le débit, révélé par
les instruments de contrôle, a été estimé
à 340 milliSivert/heure, alors que la limite réglementaire
était de 50 mSv par an.
LAutorité de sûreté a classé lincident
au niveau 2 de léchelle INES (International Nuclear Event
Scale, graduée de 0 à 7) " en raison du dépassement
de la limite réglementaire dexposition aux rayonnements
ionisants ". (3)
Les conséquences sur la santé de lagent ont été
presque immédiates. Quelques jours après son irradiation,
le taux de plaquettes, nécessaires à la coagulation du
sang, a commencé à baisser chez M. Moreau. " Au
cours des mois qui ont suivi laccident ", il a présenté
" une importante asthénie (fatigue physique
et psychique) avec dyspnée (difficulté respiratoire)
en relation directe avec lirradiation subie ". (4)
M. Moreau et la CGT ont alors porté plainte contre EDF et le
chef détablissement de la centrale du Tricastin pour mise
en danger de la personne, infractions au Code du travail et blessures
involontaires ayant causé une incapacité de plus de 3
mois dans le cadre du travail.
Larrêt, qui a donné raison à la partie civile,
na pas manqué de relever les diverses lacunes dans la gestion
de la centrale du Tricastin
Soulignant le manque dorganisation du travail " pour
assurer la prévention des accidents ", les " carences "
dans la mise en oeuvre des consignes de sécurité, et les
"divers manquements " au Code du travail
et aux règlements dapplication, le Tribunal Correctionnel
a clairement mis en exergue les déficiences managériales
à lorigine de laccident.
Le procès révèle en effet que les zones rouges
étaient librement accessibles " à lencadrement,
sans autorisation ni formalité particulières ".
Les investigations de la gendarmerie ont ainsi montré que
des techniciens du SRM pouvaient effectuer " une mesure
de débit de dose du puits de cuve sans autorisation ".
Certains ont même avoué quil leur arrivait dintervenir
en dehors de leur mission " pour rendre service "
et " que, lorsquils intervenaient seuls
en
zone rouge, ils ne sollicitaient pas dautorisation daccès ;
que par ailleurs, lencadrement du SRM avait libre accès
aux passes spéciaux donnant accès aux zones
rouges. " Ainsi, lintervention de M. Moreau dans
la zone rouge nentrait pas dans ses attributions et personne nétait
au courant.
Pour le Tribunal de Valence, " le dommage subi par M.
Moreau résulte de son irradiation laquelle na pu se réaliser
quà raison de ces infractions ", dont la
plus importante demeure, et de loin, " de ne pas
avoir rendu impossible laccès à toute zone
interdite ", et ce malgré le fait que la DRIRE
(Direction régionale de lindustrie, de la recherche et
de lenvironnement) ait relevé ces anomalies dès
le 24 décembre 1997. (5)
Notes :
- Zone rouge : zone où le débit déquivalent
de dose dirradiation est susceptible de dépasser les
100 mSv/h. " Accès exceptionnel, protégé
par des autorisations spéciales limitant strictement la durée
du séjour ", rubrique lexique sur le site EDF :
http://nucleaire.edf.fr/
- Jugement Correctionnel du 26 juin 2001, Tribunal de Grande Instance
de Valence
- Contrôle, ASN, 06/99
- Jugement Correctionnel du 26 juin 2001, Tribunal de Grande Instance
de Valence
- Jugement Correctionnel du 26 juin 2001, Tribunal de Grande Instance
de Valence
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