Novembre 2001
Le
Gouvernement Irlandais présente le rapport de WISE-Paris comme
"preuve" dans son procès contre la Grande-Bretagne
sur l'usine MOX de Sellafield
WISE-Paris, 23 novembre 2001
[Mise en ligne le 23/11/2001]
Dans la procédure d'arbitrage introduite contre le Royaume-Uni
concernant la nouvelle usine MOX de Sellafield, l'Irlande, le 9 novembre
2001, a demandé au Tribunal International d'Hambourg pour le
Droit de la Mer de prendre des mesures conservatoires en attendant la
constitution d'un tribunal d'arbitrage, basant une partie de son argumentation
sur le rapport de WISE-Paris publié récemment, et commandé
par la Direction Générale de la Recherche du Parlement
Européen. Lors de l'audition publique des 19 et 20 novembre 2001,
la Partie Irlandaise a soutenu "que les données contenues
dans le résumé du rapport demeurent intactes comme preuves"
devant le Tribunal. Ce dernier devrait rendre son jugement le 3 décembre
2001.
Suite à la décision du 3 octobre 2001 prise par le gouvernement
britannique d'autoriser le début de fabrication du combustible
MOX (mélange d'oxydes d'uranium et de plutonium) dans la nouvelle
usine de Sellafield, l'Irlande a introduit une procédure d'arbitrage
(1) le 25 octobre 2001 pour infraction à
la Convention des Nations Unies sur le droit de la Mer de 1982 à
l'encontre du Royaume-Uni. Elle a en parallèle demandé
au gouvernement britannique de suspendre l'autorisation de la nouvelle
usine et d'arrêter les transports internationaux de matières
radioactives en relation avec cette usine.
Le Royaume-Uni n'ayant pas répondu à cette demande, l'Irlande
a soumis une Requête le 9 novembre 2001, dans laquelle elle appelle
le Tribunal des Nations Unies à Hambourg à enjoindre les
autorités britanniques de ne pas démarrer l'usine MOX
et de stopper les transports de matières nucléaires de
et vers Sellafield pendant l'arbitrage.
Dans la Partie 1 de la Requête écrite, l'Irlande a utilisé
les Conclusions Générales du Rapport STOA (2)
dans son argumentation, affirmant que "les dangers que constituent
les activités actuelles de retraitement au site de Sellafield
pour le milieu marin et par conséquent pour la santé de
l'homme, sont largement reconnus. Un exemple récent en est le
rapport indépendant commandé par l'unité STOA (Scientific
and Technological Options Assessment) du Parlement européen
Ainsi, il est clair que tout rejet provenant de la nouvelle source que
représente l'usine MOX constituerait une violation des obligations
qui sont celles du Royaume-Uni en vertu de la Convention sur le droit
de la mer". (3)
L'Exposé en réponse du Royaume-Uni, soumis le 15 novembre
2001, rejette cet argument et tente de diminuer la valeur scientifique
du Rapport, en se basant uniquement sur un article publié par
le Sunday Business Post en Irlande, selon lequel l'étude aurait
été qualifiée de "non scientifique".
En fait, comme l'a noté la partie Irlandaise lors de l'audition
publique, (4) malgré "l'assistance
considérable d'experts", il n'y a pas eu tentative dans
l'Exposé en réponse du Royaume-Uni "d'attaquer les
données du Rapport STOA".
Le document fait en revanche référence à un commentaire
sur la divulgation non autorisée d'informations contenues dans
le Rapport. Pour la partie Irlandaise, il est clair que le "différend
contractuel
n'a pas de portée sur le contenu", et
que "le Royaume-Uni a choisi de ne pas remettre en question (les)
données scientifiques contenues dans le rapport". Elle fait
remarquer qu'aucun "chiffre n'a été démenti"
et que le Royaume-Uni n'est pas "en mesure de le contester".
L'Irlande a également souligné la vulnérabilité
de l'usine MOX, affirmant qu'"à la suite des attaques terroristes
du 11 septembre 2001, l'attention a été attirée
tout particulièrement sur les menaces d'attaques terroristes
contre des installations nucléaires, y compris à la faveur
de transferts de matières nucléaires. Des mesures de précaution
accrues ont été prises en matière de sécurité
au sujet des installations nucléaires partout dans le monde,
ces installations étant considérées comme des cibles
crédibles d' attaque terroriste".
Le Royaume-Uni a renforcé l'interdiction de survol des sites
nucléaires, mais n'a pas précisé jusqu'à
maintenant si des batteries anti-missiles seront installées à
Sellafield suite aux mesures de précautions prises par les autorités.
(5) British Nuclear Fuel Limited (BNFL), l'opérateur
du site de Sellafield, entend mettre en service l'usine MOX vers le
20 décembre 2001. (6) La décision
d'autoriser le démarrage de l'usine a été à
l'origine d'un feu incessant de procédures à l'encontre
du gouvernement britannique.
Greenpeace et Friends of the Earth (les Amis de la Terre) ont initié
une procédure le 8 novembre 2001 contre le Royaume-Uni devant
la Haute Cour. Les deux ONG ont soutenu que la décision du gouvernement
d'autoriser le démarrage de l'usine était illégale,
car elle était contraire au principe de justification tel qu'il
a été défini par la Directive Euratom de 1996.
Selon elles, le gouvernement n'aurait pas démontré une
justification économique suffisante pour l'usine et aurait ignoré
les "coûts de construction".
La Haute Cour a rejeté cette allégation, mais les deux
ONG ont interjeté appel et l'audience a été fixée
devant la Cour d'Appel pour le 27 novembre 2001.
La Norvège envisage aussi une action en justice afin d'obliger
le Royaume-Uni à diminuer les émissions radioactives de
Sellafield. Le responsable de la commission parlementaire sur l'énergie
et l'environnement, Bror Ynge Rahm, a exprimé son "soutien,
aussi bien moral que politique, au procès engagé par le
gouvernement irlandais", tout en envisageant une action en justice
"en dernier ressort". (7)
Notes :
- Tribunal international pour le Droit de la Mer, Hamburg, Affaire
de l'usine MOX (Ireland c. United Kingdom), Mesures conservatoires,
http://itlos.org/cgi-bin/cases/case_detail.pl?id=10&lang=fr
- Le rapport ainsi que l'évaluation de trois experts ont été
mis en ligne par STOA sous le titre POSSIBLE TOXIC EFFECTS FROM THE
NUCLEAR REPROCESSING PLANTS AT SELLAFIELD (UK) AND CAP DE LA HAGUE
(FRANCE), A first contribution to the scientific debate. Le rapport
est également téléchargeable à partir
du site de WISE-Paris: http://www.wise-paris.org/english/ournewsarchives/ournews011123a.html
- Traduction WISE-Paris
- Tribunal international pour le Droit de la Mer, Hamburg, Affaire
de l'usine MOX (Ireland c. United Kingdom), Mesures conservatoires,
http://itlos.org/cgi-bin/cases/case_detail.pl?id=10&lang=fr
- http://www.wise-paris.org/english/ournewsarchives/ournews011109.html
- Reuters, 15 Novembre 2001
- Reuters, 9 Novembre 2001
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