Premier trimestre 2002
Un
troisième réacteur touché par des ruptures de gaines
à Cattenom
WISE-Paris, le 27 mars 2002
[Mise en ligne le 27/03/2002]
Deux assemblages, présentant des ruptures de gaines, ont été
découverts dans le réacteur 1 de Cattenom après
quil ait été arrêté le 17 février
2002, deux mois avant son arrêt programmé pour rechargement
de combustible, pour cause de contamination du circuit primaire. En
effet, une contamination radioactive du circuit de refroidissement primaire,
qui avait révélé la présence dune
rupture de gaine dès septembre, se serait aggravée à
partir de décembre 2001. Ce phénomène déjà
observé en 2001 sur le réacteur 3 et, à moindre
degré, sur le réacteur 4 de la même centrale demeure
aujourdhui mal expliqué. Selon lopérateur,
Electricité de France (EDF), les dégâts seraient
dus à un phénomène de fretting (frottement)
causé par des vibrations. Or, lorigine précise de
ces vibrations na toujours pas été clairement établie.
Parallèlement à ces problèmes de gaines combustibles,
durant la phase darrêt, la rupture de 2 vannes
de décharge du circuit de contrôle chimique et volumique
, situées sur le circuit primaire, a provoqué la
fuite de 500 à 1000 litres/heure. Selon la Direction générale
de la sûreté nucléaire et de la radioprotection
(DGSNR) (1), la fuite sest répandue
à lintérieur du bâtiment réacteur
mais na pas été dispersée hors de lenceinte
. (2) Sous la pression et la température
très élevée dans la cuve contenant les combustibles,
quelques 10.000 à 20.000 litres de liquide contaminé auraient
fui durant 21 heures.
Daprès les estimations dEDF, transmises par la DGSNR,
la fuite du fluide primaire, déjà contaminé par
la matière radioactive suite aux ruptures de gaines, aurait débuté
le 17 février 2002 à 3h48 et aurait été
finalement isolée le lendemain à 0h50 (3).
Ceci a rendu la phase de refroidissement du cur délicate.
Elle a nécessité lintervention dans le bâtiment
réacteur dune équipe entraînée pendant
une dizaine de minutes pour repérer la fuite et la stopper.
(4) Pour le moment, EDF na pas encore
donné dexplications quant aux causes qui auraient
pu conduire à cette fuite soudaine.
La centrale de Cattenom, en Lorraine, est composée de quatre
réacteurs de 1.300 MW. Comme tous les réacteurs nucléaires,
leur exploitation prévoit notamment le rechargement périodique
en assemblages neufs, composés de gaines contenant le combustible
et représentant la première barrière de confinement
de la radioactivité.
Les dégâts constatés le 15 mars 2001 sur Cattenom
3, dépassèrent en ampleur, et de loin, les prévisions
de l'exploitant. 28 assemblages ont été trouvés
endommagés, dont 26 de troisième cycle et 2 de deuxième
cycle, qui comportaient, en moyenne, 3 gaines défectueuses. Au
total, 92 gaines endommagées ont été dénombrées,
représentant jusqu'à 18 fois plus que les cinq à
dix défauts observés en moyenne annuellement sur l'ensemble
des 58 réacteurs à eau légère que compte
le parc nucléaire français. On a relevé jusqu'à
18 crayons fissurés dans un seul assemblage, sur les 264 qui
le composent (http://www.wise-paris.org/francais/nosbriefings_pdf/010903BriefCAT1v1.pdf).
Dans lavant-propos du rapport de la DGSNR sur la Sûreté
nucléaire en France en 2001, le Directeur, André-Claude
Lacoste, a précisé que les dommages survenus sur Cattenom
3 étaient lun des deux incidents marquants
en 2001. Bien questimant que ces dégâts navaient
pas conduit à une situation intrinsèquement
dangereuse , il a tout de même rajouté que cela
posait des questions quant à lorigine du
phénomène et aux moyens de surveillance adoptés
pour détecter de telles détériorations .
Plusieurs hypothèses avaient été
émises à lépoque, depuis la présence
dun corps migrant, au défaut de fabrication, en passant
par lusure par vibration, voir le chargement dassemblages
de conceptions différentes dans un même cur
(5).
Sans fournir dexplications, EDF les a écartées
pour se cantonner à lanalyse du phénomène
de fretting induit par des vibrations. Celles-ci auraient été
causées par le mouvement hydrodynamique de leau du circuit
primaire. Cette théorie semble être également privilégiée
dans un tout récent rapport transmis par EDF à lautorité
de sûreté. Selon ce rapport, les vibrations seraient dues
au débit transverse du fluide primaire (6).
Le rapport dEDF ne sera a priori pas rendu public, mais il est
actuellement en cours danalyse et fera lobjet de commentaires
de la part de la DGSNR. EDF préconise temporairement de rajouter
une grille en bas des assemblages (7),
où la plupart des ruptures ont été constatées,
afin de réduire lamplitude des vibrations.
Toujours est-il que dautres facteurs dusure ne peuvent
être écartés, selon toute vraisemblance, et peuvent
même avoir contribué à aggraver ce phénomène,
notamment lallongement des durées de présence des
assemblages dans le réacteur de 12 à 18 mois. Une hypothèse
qui avait dailleurs été émise par WISE-Paris
dans son analyse du cas de Cattenom 3.
Lallongement du cycle combustible notamment dans le réacteur
constituerait un co-facteur temps (8),
car la plupart des assemblages concernés par les ruptures de
gaines à Cattenom sont en fin de troisième cycle.
Suite à la découverte des ruptures de gaines sur des
assemblages de Cattenom 1, la DGSNR a organisé le 20 février
2002 une inspection réactive . La réaction
de lautorité de sûreté sur cet incident
significatif (9), classé au niveau
1 de léchelle INES (10), a mis tout
de même un mois avant dêtre communiquée, officiellement
pour raison de reclassement (11).
Curieusement, la DGSNR na pas communiqué sur les ruptures
de gaines, encore moins sur leur cause, estimant que lanalyse
des assemblages défectueux ne serait pas complète avant
la mi-mai.
En outre, la DGSNR a publié le 28 mars 2002 la lettre
de suite (12) (nom donné par lautorité
de sûreté au document quelle adresse à lexploitant
après une inspection) de linspection du 20 février
2002, dans le cadre de son devoir dinformation ,
conformément à son communiqué du 15 février
2002.
Notes:
- Anciennement Direction de la sûreté
des installations nucléaires (DSIN)
- Communiqué DGSNR, 21 mars 2002 : http://www.asn.gouv.fr/data/evenement/11_2002cattenom.asp
- Estimations EDF transmises par la DGSNR, e-mail
du 22 mars 2002
- Idem
- Institut de protection et de sûreté
nucléaire, IPSN, lettre à WISE-Paris, 15 juin 2001
- Thomas Maurin, DGSNR, communication téléphonique,
15 mars 2002
- Olivier Pia, EDF Cattenom, communication téléphonique,
22 mars 2002
- Thomas Maurin, DGSNR, communication téléphonique,
15 mars 2002
- Communiqué DGSNR, 21 mars 2002
- International Nuclear Event Scale, échelle
graduée de 0 à 7
- Thomas Maurin, DGSNR, communication téléphonique,
21 mars 2002.
- http://www.asn.gouv.fr/Actualite/lds/maj/11/INS_2002_11020.PDF
(32 Ko, 3 p.)
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