Deuxième trimestre 2001
Des
fuites sans précédent sur des assemblages combustibles
à Cattenom
WISE-Paris, le 31 mai 2001
[Mise en ligne le 01/06/2001]
Un nombre "inédit" de "défauts
détanchéité" du combustible nucléaire
a été constaté le 15 mars 2001 à
Cattenom, par l'opérateur, Électricité de France
(EDF). Au cours de l'arrêt pour visite décennale du réacteur 3,
l'exploitant a constaté des fuites sur pas moins de "28 assemblages,
dont 26 de troisième cycle et 2 de deuxième cycle," (1)
qui comportaient, "en moyenne, 3 crayons défectueux,"
soit au total 92 tubes endommagés. (2)
On a relevé jusqu'à "18 crayons" montrant des fissures
traversantes dans un seul assemblage, soit près de deux fois
plus que les "5 à 10 fissures de gaines" habituellement
dénombrées "sur l'ensemble du parc" chaque année.
Située en Lorraine, en bordure de Moselle,
près des frontières allemande et luxembourgeoise, la centrale
de Cattenom est composée de 4 réacteurs de 1300 MW.
Le cur de chacun de ces réacteurs est constitué
de 193 assemblages, composé chacun de 264 gaines métalliques,
ou crayons, qui contiennent le combustible, sous forme de pastilles
doxyde duranium. Les fuites proviennent de fissures dans
ces gaines, qui constituent la première des trois barrières
de confinement, fondamentales pour la sûreté du réacteur (les
deuxième et troisième barrières sont respectivement
la cuve du réacteur et lenceinte du bâtiment réacteur.)
EDF avait détecté durant l'année
2000 "une augmentation de la radioactivité de l'eau du circuit
primaire de refroidissement du réacteur" (3)
et, soupçonnant un défaut d'étanchéité,
s'était seulement préparée à "gérer
ce problème" lors de son arrêt programmé
survenu le 27 janvier 2001 sans anticiper celui-ci. Mais
devant le nombre "inhabituel dassemblages concernés",
elle a proposé un classement de l'incident au niveau 1
de léchelle INES (International Nuclear Event Scale, graduée
de 0 à 7.) Le réacteur, qui devait redémarrer
au plus tard au début du mois de mai 2001, est toujours
à l'arrêt.
Selon EDF, les crayons n'avaient jamais présenté
de telles fissures certaines transversales, d'autres longitudinales
dont la longueur a atteint 1 cm et demi. Un crayon a même été
trouvé "cassé", mais les pastilles de combustibles
n'ont pas été relâchées, assure le bureau
de communication de la centrale de Cattenom.
L'origine de ce phénomène exceptionnel
n'a pas été établie avec certitude. La première
hypothèse envisageable est celle d'un défaut de qualité
des gaines, fondée sur un précédent récent :
en août 2000, une rupture de gaine de combustible avait été
détectée au niveau du réacteur numéro 2
de la centrale de Nogent-sur-Seine. Lenquête a révélé
par la suite un problème de contrôle qualité sur
de nombreux tubes à l'usine de Paimbuf, (4)
avoué très tardivement par Framatome, maison mère
du fabricant des gaines, CEZUS (Compagnie Européenne
de Zirconium.)
Or, l'Autorité de sûreté (Direction
de la sûreté des installations nucléaires (DSIN))
affirme, elle, que "les assemblages en cause sont anciens, (
)
dans leur troisième cycle de fonctionnement" (5)
et ne voit aucun lien avec l'affaire CEZUS.
Interrogé sur le sujet, Framatome, dont
le groupe a fourni les assemblages en cause à partir des usines
de Pierrelatte, Dessel et Romans, soutient que "dans la mesure où
l'incident s'est produit en réacteur et en exploitation
à partir du moment où les assemblages sont livrés"
le fournisseur "ne peut plus s'exprimer."
(6)
Les premières investigations d'EDF se sont
orientées vers une autre piste. Les assemblages concernés
sont répartis de "façon homogène" et EDF
n'a pour le moment pas établi de relation de cause à effet
entre le rechargement du cur et ces défauts d'étanchéité.
En revanche, M. Dominique Minière, le directeur de la centrale
de Cattenom, a avancé que la cause de ces fuites était
liée à "un frottement et [à] des vibrations
dans la grille du bas," avant de rajouter qu'ils prévoyaient
"quatre à six mois d'enquête" et que "plusieurs
causes peuvent concourir, par exemple des grilles défectueuses."
(7)
Les premiers éléments de l'enquête
ont révélé effectivement des "problèmes
d'inétanchéité
liés à des phénomènes
de vibrations," sans que l'on sache avec précision
l'origine des vibrations. EDF soupçonne ces vibrations d'avoir
induit des frottements "plus soutenus" entre les crayons et les
ressorts qui les maintiennent, provoquant à terme leurs fissurations.
Le redémarrage du réacteur ne devrait
pas, selon la position exprimée par la DSIN en avril 2001, (8)
être autorisé avant que l'on ait fait la lumière
sur le phénomène des vibrations. EDF a néanmoins
envoyé "une proposition technique" à l'Autorité
de sûreté dans laquelle elle suggère notamment le
remplacement des assemblages défectueux et le redémarrage
du réacteur "sous surveillance renforcée", étant
donné que la "cause immédiate" est maintenant établie.
L'exploitant continuera à étudier par ailleurs l'origine
du phénomène des vibrations et soumettra les résultats
de ses études à l'Institut de protection et de sûreté
nucléaire (IPSN) qui, saisi par l'Autorité de sûreté,
aura à en vérifier "la cohérence."
(9) Selon le CNPE de Cattenom, "une partie
de ces investigations " ne pourrait être menée "que
si la tranche est en marche."
Le 6 juin prochain, EDF aura "un mois de retard
sur le planning prévu" pour les travaux de maintenance et
de remplacement des assemblages défectueux, sachant que le coût
moyen par jour pour l'arrêt d'un réacteur, programmé
ou non, est estimé par EDF à 1 million de francs.
Ce n'est pas la seule difficulté à
laquelle l'électricien se trouve confronté. En effet,
le 12 mars 2001 EDF informait l'Autorité de sûreté
qu'elle avait détecté une anomalie de conception sur des
vannes du circuit de refroidissement de secours de 12 réacteurs (le
palier 1.300 MW), dont ceux de Cattenom, (10)
pouvant affecter leur bon fonctionnement en cas d'accident.
Le circuit de refroidissement de secours permet,
en cas de fuite importante sur le circuit primaire de récupérer,
une fois que les réserves d'eau du réservoir (PTR)
sont épuisées, l'eau qui se déverse dans les puisards (11)
au sein du bâtiment réacteur et de la réinjecter
dans le circuit primaire.
EDF craint qu'en cas "d'accident grave ou de tremblement
de terre de forte magnitude", les vannes, situées en aval
des puisards, et suite à une augmentation de pression, ne soient
plus opérationnelles, alors qu'elles sont censées s'ouvrir
automatiquement pour permettre la réinjection de l'eau dans le
circuit primaire.
EDF a proposé à l'Autorité
de sûreté de procéder à la modification des
vannes sur les cinq centrales concernées par l'anomalie. La mise
en place du nouveau système serait d'ailleurs, selon la DSIN,
en passe d'être achevée. (9)
Cet incident, à caractère générique, a été
reclassé au niveau 2 de l'échelle INES, le 27 avril
2001, par l'Autorité de sûreté.
Notes :
- Ce réacteur est exploité en campagnes
allongées (GEMMES) de 18 mois par cycle, les rechargements
s'effectuant par tiers de cur
- Sauf indication contraire, les déclarations
d'EDF proviennent de communications téléphoniques avec
le bureau de presse du CNPE de Cattenom les 17, 28 et 31 mai 2001
- Voir le communiqué du 19 mars 2001 de l'autorité
de sûreté sur son site (http://www.asn.gouv.fr/)
- Voir à ce sujet "L'Affaire
CEZUS, Contrôle qualité de combustible nucléaire
hors service", WISE-Paris, 20 décembre 2000
- M. Alain Delmestre, DSIN, communication téléphonique,
2 mai 2001
- Framatome, Service presse, communication téléphonique,
17 mai 2001
- Cité par WOXX, paru le 20/04/2001
- Selon Nucleaonics Week, "EDF, Framatome still in the
dark about cause of Cattenom leakers", 3 mai 2001
- M. Thomas Maurin, DSIN, communication personnelle,
31 mai 2001
- Les autres réacteurs étant ceux
de Belleville, Golfech, Nogent et Penly
- Le réservoir PTR a entre autres fonctions
de stocker l'eau nécessaire aux piscines de manutention du
combustible. Les puisards recueillent l'eau à partir des fuites
du circuit primaire qui sert à refroidir le cur du réacteur
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