Troisième trimestre 2002
La
Suisse divisée sur la question du retraitement mais les industriels
restent prudents
Alors quen Suisse lintroduction dans la
loi dune interdiction de retraiter les combustibles irradiés
divise le paysage politique, la centrale nucléaire de Gösgen
annonçait le 24 mai 2002 un plan daugmentation de sa capacité
dentreposage de 600 à 1 600 assemblages combustibles.
WISE-Paris, le 1 juillet 2002
[Mise en ligne le 01/07/2002]
Le 20 juin 2002, le Conseil national a reporté les débats
parlementaires en Suisse sur la loi sur lénergie nucléaire
incluant notamment linterdiction de retraiter les combustibles
irradiés suisse, à la prochaine session en septembre 2002.
Cependant, les propositions dabandon progressif du nucléaire
et de réduction de la durée de vie des centrales à
30 ou 40 ans, au grand dam du camp rose-vert, ont été
écartées à 83 voix contre 62. La majorité
bourgeoise estime en effet que le nucléaire couvrant 40% des
besoins électriques de la Suisse est indispensable tant quaucune
alternative suffisante nest en place (1).
Les actuels débats sur lénergie nucléaire
dans les différentes instances suisses prennent leur source dans
deux initiatives (2) présentées par
lassociation Strom ohne Atom, lune appelée
Sortir du nucléaire en date du 28 septembre 1999 proposant
notamment larrêt du retraitement, lautre appelée
Moratoire plus en date du 10 septembre 1999 visant à limiter
la durée de vie des centrales à 30 ou 40 ans. Rejetées
toutes les deux par le Conseil des États en décembre 2001
suivant lavis du Conseil fédéral, leur contenu a
malgré tout été inclus dans une proposition de
loi sur lénergie atomique par le Gouvernement. Plus modéré,
le Sénat sans suivre la proposition du gouvernement dinterdire
purement le retraitement, a proposé en décembre 2001 un
moratoire de 10 ans sur le sujet.
Allant à lencontre de la proposition du gouvernement,
la majorité parlementaire a également autorisé
lenvoi des déchets nucléaires vers les usines de
retraitement de La Hague et de Sellafield par 76 voix contre 63. Linterprétation
du vote nest pas simple. Selon lanalyse effectuée
par le consultant indépendant Hans Hildbrand, 15 députés
PS - généralement hostiles au retraitement - étaient
absents lors du vote, alors que 13 conservateurs du CVP ont voté
contre loption retraitement. Néanmoins, la position du
Parlement pourrait remettre en cause la décision du Conseil des
Etats, prise en décembre 2001, selon laquelle les transports
vers ces deux usines de retraitement seraient gelés pendant dix
ans à partir de 2006, à lexpiration des contrats
en cours.
Décidé à peser sur les débats, le lobby
nucléaire a clairement manifesté son soutien, à
travers l'Association suisse pour l'énergie atomique (ASPEA),
pour une loi qui permettrait de continuer à utiliser l'énergie
nucléaire qui garantit « la compétitivité
de la production suisse d'électricité, mais surtout aussi
son caractère respectueux de l'environnement » (3).
Enfonçant le clou, et tentant vraisemblablement de peser sur
les débats parlementaires alors en cours, lASPEA a publié
les résultats dun sondage réalisé en février
2002 en Suisse romande et en Suisse alémanique, à linitiative
des centrales nucléaires suisses. Selon ce sondage, les trois
quarts des 2001 personnes sondées estiment que les centrales
sont « sûres » ou « plutôt
sûres ». Léchantillon de la population
sondée estime également que la sûreté de
linstallation devrait déterminer la durée de vie
dune centrale et non pas son âge (4).
69 % des sondés préfèreraient que le retraitement
demeure une solution possible. Plus des trois quarts demanderaient à
être associés tout de même au processus de prise
de décision pour la construction de toute nouvelle centrale.
Le résultat de ce sondage paraît contraster, partiellement
en tous les cas, avec celui obtenu par Greenpeace en juin 2000 dans
un sondage européen sur le retraitement. Selon Greenpeace, 80%
des personnes interrogées vivant dans des pays européens
(87% en Suisse) clients du retraitement des combustibles nucléaires
usés dans les usines de La Hague et de Sellafield seraient en
faveur de linterdiction des rejets en mer deffluents radioactifs
(5).
Enfin, lannonce le 24 mai 2002 par la centrale de Gösgen
de la signature dun contrat avec Framatome dun montant de
67 millions de francs suisses (près de 45,5 millions euros),
pour lextension de la capacité dentreposage des combustibles
irradiés (6), peut être interprétée
comme un signal supplémentaire des exploitants en faveur de larrêt
du retraitement. La centrale de Gösgen a déclaré
en effet dans un communiqué de presse (7)
quavec lextension de la capacité de stockage de combustibles
irradiés « on tient également compte des conséquences
dune possible interdiction du retraitement ». Interrogé
à ce sujet, Constentin Bachmann, responsable de la communication
de la centrale, a souligné quil sagissait surtout
dune adaptation de la piscine dentreposage permettant un
allongement de la durée de refroidissement des combustibles irradiés.
Il a précisé que les taux denrichissement supérieurs
utilisés aujourdhui (de 3% dans les années 80 contre
4% actuellement), laugmentation progressive des taux de combustion
(de 30 GWj/t dans les années 80 pour 50 GWj/t aujourdhui),
ainsi que lutilisation de MOX dans ce réacteur nécessitent
des périodes de refroidissement des combustibles irradiés
plus longues, quelle que soit leur gestion en aval. Ainsi, les
combustibles irradiés sont remplacés moins souvent - au
rythme de 40 assemblages par an contre 60 précédemment
pour un total de 177 dans le cur - mais doivent être refroidis
plus longtemps avant toute gestion ultérieure.
Lextension du stockage qui devrait être mise en service
en 2006 permettra à la centrale de conserver jusquà
15 ans les combustibles sur le site contre 5 ans actuellement. Tout
en déclarant que cette extension nétait pas planifiée
en prévision dun éventuel arrêt du retraitement,
M. Bachmann a toutefois souligné que les travaux effectués
à Gösgen permettraient « de placer les combustibles
irradiés [à lissue de leur période de refroidissement]
dans des conteneurs pour linstallation de stockage de Würlingen
» (8) dédiée aux déchets
de haute activité. Avant dajouter « quen
cas de décision dinterdiction du retraitement, nous naurons
aucun problème ».
Notes :
- SwissInfo, «
Le Parlement ne veut pas renoncer à latome »,
26 juin 2002, (http://www.swissinfo.org)
- Les initiatives, projets pouvant entre autres
ouvrir sur des modifications de la loi ou sur des moratoires, sont
présentées devant le Conseil des États si elles
rassemblent un minimum de 100 000 signatures
- ASPEA, « La Suisse a besoin d'une bonne
loi sur l'énergie nucléaire, et pas d'un marchandage
», 13 juin 2002 (http://www.aspea.ch)
- ASPEA, « Un sondage confirme la confiance
dans l'énergie nucléaire suisse », 13 juin
2002
- Univers Nature, « Sondage sur le nucléaire
(Europe) »,
http://www.univers-nature.com/actualite_info/2000/juin.html
- Centrale nucléaire de Gösgen-Däniken,
« Modernisierungsprojekte im KKG », 24 mai 2002
(http://www.kkg.ch)
- daté du 24 mai 2002
- Communication personnelle avec Constentin Bachmann,
centrale de Gösgen, 28 juin 2002
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