Troisième trimestre 2002
Un
capot mal vissé sur un colis conduit à des questions sur
l’entreposage de déchets divers à La Hague
WISE-Paris, le 25 juillet 2002
[Mise en ligne le 25/07/2002]
Le 17 mai 2002, COGEMA a réceptionné à la Hague
douze colis de matières radioactives en provenance de Cadarache.
Sur l’un des colis, le capot de protection n’était
fixé que par une vis de fixation sur six. Le colis contenait,
selon l’autorité de sûreté nucléaire
(1), des « médias filtrants (provenant
des filtres utilisés sur des boites à gant) ».
Ces matériels, transportés par camion, proviendraient
de l’ATPu, usine de fabrication de combustible MOX exploitée
à Cadarache par COGEMA, bien que le CEA en reste le propriétaire
(2).
Selon l’autorité de sûreté, la Direction
générale de la sûreté nucléaire et
de la radioprotection (DGSNR), l’incident n’a pas eu de
conséquences sérieuses : « cette anomalie de
fixation du capot de protection ne remet pas en cause l'étanchéité
du colis, qui est assurée par le couvercle. Ce dernier ne présentait
pas d'anomalie. Le capot de protection, constitué de balsa, permet
de protéger le couvercle du colis dans le cas d'un accident sévère
en amortissant les chocs » (3). La DGSNR
admet cependant que « l'absence de tenue du capot de protection
en cas de choc aurait pu conduire à endommager le colis si le
capot avait été sollicité (en cas de chute sur
le capot correspondant à un retournement complet de conteneur
ISO et si le capot s'était détaché de l'emballage)
» (4).
Cette anomalie est cependant classée au niveau 1 de l’échelle
INES (5) car elle « affecte une fonction
de sûreté ». L’agrément délivré
par l'autorité de sûreté pour ce type de colis,
précise dans les « conditions d'utilisation (…)
la mise en place du capot de protection et ses modalités de fixation
» (6).
Malgré le caractère apparemment banal de cet incident,
les acteurs se sont montrés très réticents à
communiquer sur le sujet. Dès l’origine, l’anomalie
constatée le 17 mai 2002 n’a été rendue publique
que le 29 mai 2002, par un communiqué très succinct du
CEA (7), qui en particulier ne précisait
pas la nature des matières transportées. Par la suite,
les demandes d’information complémentaire adressées
par WISE-Paris au CEA comme à COGEMA se sont heurtées
à des refus. COGEMA n’a pas jugé nécessaire
d’apporter de précision aux éléments «
contenus dans le communiqué de presse et la déclaration
d'événement » du CEA (8).
L’autorité de sûreté, quant à elle,
n’a été informée que 10 jours après
l’incident, le 27 mai 2002. Mais elle n’a communiqué
à son tour sur cet événement que… le 11 juillet
2002, après avoir été questionnée par WISE-Paris
sur le sujet.
Dans les réponses qu’elle nous a apportées, la
DGSNR a tenté d’expliquer ces retards respectivement par
« la difficulté de remontée de l'information
découverte sur le site de La Hague vers le CEA de Cadarache
» et par « un dysfonctionnement informatique »
! (9)
La clé de ce manque de transparence réside peut-être
dans le contenu et la destination du colis. La DGSNR explique que les
médias filtrants concernés, provenant d’une usine
de fabrication de MOX, sont destinés à être traités
à la Hague pour la récupération du « plutonium
résiduel » (10). Interrogée
sur ce point, la DGSNR concède que ces filtres, après
la récupération du plutonium qu’ils contiennent,
« deviennent des déchets » et sont «
entreposés à La Hague », dans l’attente
d’une solution d’élimination. En effet, « les
décrets actuels ne permettent pas à la COGEMA La Hague
de recycler autre chose que le combustible » (11).
C’est justement là que le bât blesse. Les installations
de La Hague sont des usines de retraitement du combustible irradié,
dont les décrets d’autorisation n’envisagent pas
d’autre activité que celle-là. À de nombreuses
reprises, le problème de l’entreposage, dans une situation
très contestable sur le plan réglementaire, de nombreux
matériaux radioactifs sur le site a été soulevé
(12).
Parmi ces matériaux, les combustibles spécifiques (MOX
irradié et non irradié, combustible de réacteurs
expérimentaux…) focalisent le plus l’attention. L’arrêt
rendu le 1er juillet 2002 par le tribunal des conflits, plus haute juridiction
française, dans une affaire opposant Greenpeace à COGEMA
à propos de l’importation à La Hague de combustible
australien (13), témoigne de la difficulté
de ce dossier.
Les décrets modifiant les autorisations d’exploitation
de La Hague, attendus depuis plusieurs années par COGEMA mais
gelés par le précédent gouvernement, sont aujourd’hui
présentés comme une solution pour clarifier la situation.
Ces décrets, que le Gouvernement formé en juin 2002 par
Jean-Pierre Raffarin doit maintenant examiner, pourraient certes entériner
la situation de fait accompli créée par l’entreposage
à La Hague de combustibles divers « en attente
» de retraitement. Mais il semble que le site reçoive également
d’autres déchets, très variés, comme en témoigne
le colis défectueux arrivé de Cadarache. Il faudrait plus
qu’une extension des autorisations de « recyclage
» pour justifier ce type d’entreposage qui, en l’absence
d’explications claires de l’exploitant et des autorités,
apparaît très éloigné de la définition
de la destination – des usines de retraitement du combustible
irradié – des installations de La Hague.
Notes :
- Mail de la Direction Générale de
la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (DGSNR)
à WISE-Paris, 05 juillet 2002
- Voir le Briefing consacré par WISE-Paris
à l’ATPu :
http://www.wise-paris.org/francais/nosbriefings_pdf/000821BriefCAD1v4.pdf
- Communiqué de la DGSNR, 11 juillet 2002,
http://www.asn.gouv.fr/data/evenement/27_2002_cad.asp
- Mail de la DGSNR, 05 juillet 2002
- International nuclear event scale, échelle
graduée de 0 à 7
- Communiqué de la DGSNR, 11 juillet 2002
- Voir le site du CEA, www.cea.fr.
Bien que COGEMA soit l’expéditeur, en tant qu’opérateur
industriel de l’ATPu, et destinataire, en tant qu’exploitant
de La Hague, du colis, c’est bien le CEA, propriétaire
du site de Cadarache, qui a communiqué sur l’incident
- Réponse par mail de COGEMA à WISE-Paris,
26 juin 2002
- Mail de la DGSNR, 5 juillet 2002
- Idem
- Interview téléphonique, M. Philippe
Saint-Raymond, DGSNR, 16 juillet 2002
- Voir le Briefing consacré par WISE-Paris
à l’affaire Hanau :
http://www.wise-paris.org/francais/nosbriefings_pdf/010306BriefHAN1v1_fr.pdf
Ainsi que nos brèves :
- Jugement sans précédent, La COGEMA se voit interdire
le déchargement en France de combustible nucléaire australien,
15 mars 2001, http://www.wise-paris.org/francais/nosbreves/annee_2001/nosbreves010316.html
- Les combustibles australiens à La Hague : la COGEMA sous
la pression des juges, 28 juin 2001
http://www.wise-paris.org/francais/nosbreves/annee_2001/nosbreves010628b.html
- Pour plus de détails, voir le communiqué
de Greenpeace, 17 juillet 2002
http://www.greenpeace.fr/campagnes/cdp/nucleaire/N020717.php3
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