Troisième trimestre 2002
Les
grilles des assemblages combustibles utilisés par EDF se montrent
plus sensibles que prévu au facteur temps
WISE-Paris, le 05 août 2002
[Mise en ligne le 14/08/2002]
Dans un communiqué publié le 9 juillet 2002, l’Autorité
de sûreté nucléaire française, la Direction
générale de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection (DGSNR), a annoncé avoir été
informée par EDF que les grilles des assemblages combustibles
irradiés, sur dix sites de production d’électricité,
seraient moins résistantes que prévu à certaines
déformations mécaniques. Les résultats des examens
effectués par EDF montrent « une diminution de la
résistance à certaines déformations mécaniques
(" flambage ") des grilles des assemblages combustibles
irradiés. La résistance à ces déformations
mécaniques est l'un des critères retenu pour vérifier
la tenue au séisme des assemblages combustibles »
(1).
Ainsi « le vieillissement de ces grilles sous irradiation
avait été sous-estimé à la conception.
Le risque potentiel induit en cas de séisme de forte intensité
est la perte du maintien d'une géométrie des assemblages
combustibles permettant leur refroidissement […]. L'Autorité
de sûreté nucléaire a d'ores et déjà
demandé à EDF de prendre en compte les effets du vieillissement
des grilles sous irradiation dans la conception des futurs assemblages
combustibles ».
Un assemblage est constitué de 264 tubes appelés crayons,
contenant le combustible sous forme de pastilles. Le cœur du
réacteur peut contenir jusqu’à 200 assemblages
de combustible selon les paliers, 900 MegaWatts (MW), 1.300 MW, ou
1.400 MW. Les différentes grilles disposées sur les
assemblages permettent de maintenir ensemble les crayons combustibles.
EDF a engagé dans les années 1990 « un programme
de suivi » (2) avec ses partenaires,
le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et
son fournisseur Framatome, tendant à évaluer «
l’effet de l’irradiation sur la tenue au flambage
de la grille » (3).
Le flambage est le phénomène défini comme étant
« la déformation d'une pièce mécanique
qui "plie" quand on appuie sur ses extrémités
» (4). Ainsi, « en cas d'accident
le non-flambage de la grille permettait d'être certain que le
squelette de l'assemblage ne subissait pas de déformation et
que le refroidissement des crayons restait assuré ».
Une telle déformation altèrerait « la géométrie
de l'assemblage (qui) permet de garantir la chute des barres de contrôle
et la refroidissabilité (sic) du cœur ».
EDF a donc « observé une diminution de la résistance
mécanique de grilles irradiées par rapport aux grilles
neuves et en a présenté les premiers résultats
à l’Autorité de Sûreté »
(5), fin février, selon la DGSNR.
L’anomalie générique, classée par l’Autorité
de sûreté au niveau 1 de l'échelle INES (6),
concerne principalement les réacteurs 1.300 MW de Belleville,
Cattenom, Flamanville, Golfech, Nogent, Paluel, Penly et Saint-Alban,
et 1.400 MW de Chooz. Elle ne toucherait qu’un seul site du
palier 900 MW, celui de Chinon « où les caractéristiques
de sol donnent une sollicitation supérieure aux autres réacteurs
» (7).
Cet incident, qui pose le problème des faiblesses de conception
des réacteurs et de leur combustible en général
(notamment en ce qui concerne les effets de vieillissement), soulève
une série d’interrogations plus précises. WISE-Paris
a adressé le 16 juillet 2002 à l’exploitant EDF
et à l’Autorité de sûreté nucléaire
des demandes de précisions sur certains points du communiqué,
auxquelles des réponses lui ont été apportées
le 24 juillet 2002.
Les questions posées par WISE-Paris visaient notamment à
déterminer si, dans la mesure où l'intensité
de l'irradiation semble ici en cause, comme elle l'était déjà
dans le "fretting" observé à Cattenom, un
rapprochement peut être fait entre ce défaut générique
et les ruptures de gaines combustibles constatées notamment
sur la tranche 3 de Cattenom en 2001.
Pour mémoire, le réacteur 3 du site de Cattenom a connu
au cours de son cycle de fonctionnement n° 8, entre 2000 et 2001,
des défauts d'étanchéité des assemblages
combustibles sans précédent sur le parc français
(8). Ces défauts, qui restent à
ce jour insuffisamment expliqués, ont affecté plus de
90 crayons dans 28 assemblages différents, alors que la moyenne
annuelle des défauts d'étanchéité est
de 5 à 10 crayons sur le parc tout entier. Une situation extraordinaire
qui aurait pu devenir plus grave en cas d'événements
secondaires, tels qu'un blocage de grappes de contrôle (leur
mouvement pouvant être contrarié par un crayon rupté
sorti de son alignement), ou l'apparition de défaut d'étanchéité
sur les circuits de refroidissement.
EDF écarte dans sa réponse tout lien entre le phénomène
de flambage et les défauts d’étanchéité
du combustible à Cattenom. L’Autorité de sûreté
quant à elle explique que si « le fretting à
Cattenom serait dû à la perte de maintien des ressorts
par irradiation, en fonctionnement normal », le nouveau
phénomène serait le résultat du vieillissement
des grilles et leur comportement « en fonctionnement accidentel
», défini plus loin comme étant le « cumul
séisme + rupture de tuyauterie ». Néanmoins,
l’Autorité de sûreté constate que les «
deux thématiques renvoient à une meilleure prise
en compte des effets de l'irradiation sur les caractéristiques
mécaniques des assemblages ».
C’est donc a priori le « co-facteur temps » qui
pose encore une fois problème. Il est à noter que «
les essais d’EDF ont été faits sur des grilles
irradiées pendant 4 cycles en réacteur »
(9). Simple coïncidence, ou ces examens
ont-ils été prévus en perspective du «
programme ambitieux d'évolution de gestion des combustibles
» poursuivi par EDF ? (10) Un programme
qui prévoit entre autres « une augmentation des taux
de combustion jusqu'à 62 GWj/t alors que les combustibles actuels
ne dépassent pas 52 GWj/t » et un séjour
des assemblages dans le cœur rallongé de trois cycles
actuellement à quatre cycles ! (11)
Notes :
-
Communiqué de la
Direction générale de la sûreté nucléaire
et de la radioprotection (DGSNR), 9 juillet 2002, www.asn.gouv.fr
-
Mail à WISE-Paris
de M. Thomas Maurin, DGSNR, 24 juillet 2002
-
Mail à WISE-Paris
de Mme Josette Bard, EDF, 24 juillet 2002
-
Mail de M. Thomas Maurin,
DGSNR, 24 juillet 2002
-
Mail de Mme Josette Bard,
EDF, 24 juillet 2002
-
International nuclear event
scale, échelle graduée de 0 à 7
-
Mail de M. Thomas Maurin,
DGSNR, 24 juillet 2002
-
Voir le briefing WISE-Paris
consacré à l’incident de Cattenom 3 :
http://www.wise-paris.org/francais/nosbriefings_pdf/010903BriefCAT1v1.pdf
-
Mail de M. Thomas Maurin,
DGSNR, 24 juillet 2000
-
Sûreté nucléaire
2001, Rapport de l'inspecteur général pour la sûreté
nucléaire, Claude Frantzen, EDF, paru en 2002.
-
Voir à ce sujet,
Cattenom reste
préoccupant… pour l'exploitant de la centrale, et
pour le Luxembourg voisin , 12 juillet 2002
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