Troisième trimestre 2002
British
Energy, menacé de faillite, ne supporte plus le poids du retraitement
Avec le soutien de parlementaires travaillistes, SERA
presse le gouvernement de stopper les contrats avec BNFL.
WISE-Paris, le 11 septembre 2002
[Mise en ligne le 12/09/2002]
Les temps sont durs pour l’industrie nucléaire britannique.
Après le scandale sur la falsification des compte-rendus d’inspection
au Japon et ses effets désastreux sur les activités MOX
de BNFL (British Nuclear Fuel) (1), le gouvernement
doit désormais trouver un moyen de sauver British Energy (BE)
de la faillite. La compagnie, privatisée en 1996 a vu ses actions
diminuer de moitié en août 2002, avant d’être
suspendues le 5 septembre suite à l’annonce de sa cessation
de paiement imminente.
Dans un communiqué de presse du 5 septembre 2002, le président
de BE, Robin Jeffrey déclarait : « après avoir
examiner les perspectives de l’entreprise à plus long terme,
le conseil d’administration en est arrivé à la conclusion
qu’il n’y avait pas d’autre alternative que de demander
le soutien du gouvernement ». En conséquence, BE annonçait
« avoir entrepris des discussions avec le gouvernement britannique
en vue d’obtenir un soutien financier immédiat et permettre
la mise en place d’une restructuration à plus long terme
» (2) Elle prévient par ailleurs que
« si ces discussions n’aboutissent pas, la compagnie
pourrait être incapable d’assumer ses obligations financières
(…) et pourrait entrer dans des procédures de cessation
de paiement.»
British Energy, qui produit plus de 20 % de l’électricité
du pays, est le plus gros producteur nucléaire britannique. Elle
exploite 15 réacteurs représentant une capacité
brute totale de 10 GWe. Son site Web proclame d’ailleurs que «
le cœur de l’activité de British Energy est la
production nucléaire ». Avantage économique
au moment où les prix des combustibles fossiles étaient
hauts et fluctuants, les coûts fixes élevés liés
à la production nucléaire sont devenus une véritable
charge qui pèse lourdement sur les résultats économiques
de la compagnie.
Suite à l’ouverture à la concurrence du marché
de l’électricité, les prix sont passés de
plus de 3 pence le kWh (0,48 euros) à moins de 2 pence (0,32
euros). Selon un article du Daily Telegraph « British Energy
perd 0,4 pence par kWh produit » (3).
De l’avis de la plupart des observateurs, c’est en premier
lieu la gestion des déchets qui est en cause . La compagnie est
légalement liée aux contrats signés avec BNFL avant
la privatisation. Cela fait des années que les coûts élevés
dont BE doit s’acquitter chaque année – une redevance
indexée qui s’élève actuellement à
300 millions de livres par an (environ 480 millions d’euros) –
sont identifiés comme un des principaux postes qui plombent le
budget de la compagnie. BE a entamé en mai 2002 une renégociation
des montants annuels avec BNFL et le gouvernement pousse BNFL à
accepter une réduction d’un tiers, soit 100 millions de
livres (4).
Le communiqué de presse de BE du 5 septembre 2002 révèle
que BNFL avait présenté la veille « ses propositions
formelles à BE et que les termes proposés par BNFL restaient
bien en deçà des demandes de BE ».
L’étape suivante pourrait être de tout bonnement
annuler les contrats de retraitement. Si le gouvernement de Tony Blair
n’est pas prêt à envisager cette démarche
pour rétablir la situation financière de BE, des voix
s’élèvent au sein du parti travailliste pour soutenir
une telle initiative.
Dans une lettre adressée à Patricia Hewitt, ministre
du Commerce et de l’Industrie le 3 septembre 2002 (5),
SERA (Socialist Environment and Ressources Association - Association
Socialiste Environnement et Ressources), qui se prévaut du soutien
de plus d’une centaine de députés, demande au gouvernement
« d’autoriser BE à se libérer des coûts
associés à l’inutile retraitement chimique de ses
combustibles irradiés » (voir le
texte de la lettre en anglais). Selon SERA, le désengagement
des contrats de retraitement pourrait permettre à BE d’économiser
de 200 à 250 millions de livres en coûts d’exploitation.
Ceci correspondrait à 10 % environ des revenus annuels de la
compagnie.
SERA précise aussi que cette initiative permettrait de «
réduire les effets néfastes du retraitement en général
». Le plutonium séparé extrait des réacteurs
AGR (réacteurs avancés refroidis au gaz) (14 réacteurs
répartis sur 6 sites) de BE n’a aucune utilité.
Le stock de plutonium britannique augmente d’année en année
(6) car il n’est pas utilisé pour
la fabrication de combustible MOX, cette option ayant déjà
été écartée par BE pour des raisons économiques
(7). Le combustible usé provenant du réacteur
à eau sous pression de Sizewell-B, mis en service en 1995, est
déjà destiné au stockage à sec, et SERA
demande qu’il en soit de même pour les combustibles des
réacteurs AGR plus anciens.
Notes :
- Voir WISE-Paris Others’ News, «New
nuclear scandal in Japan threatens viability of Sellafield»,
Independent, 31 Août 2002, http://www.wise-paris.org/english/othersnews/year_2002/othersnews020902.html
- British Energy, «Discussions with Government,
Statement Regarding Financial Position», Communiqué
de presse, 5 septembre 2002,
http://www.british-energy.com/media/press/items/item131.html
- Daily Telegraph, «Labour’s
deep fear of pressing the nuclear button», 31 août 2002
- The Observer, «Ministers push for
£100m BE line», 1er septembre 2002
- Voir WISE-Paris Others’ News, «Call
to aid generator by ending nuclear contracts», Financial
Times, 4 septembre 2002
http://www.wise-paris.org/english/othersnews/year_2002/othersnews020906a.html
- Voir WISE-Paris Nos Brèves, “Le
stock de plutonium britannique toujours au sommet”, 2 septembre
2002
http://www.wise-paris.org/francais/nosbreves/annee_2002/nosbreves020902.html
- voir WISE-Paris Others’ News, “British
Energy to End Reprocessing at Sellafield”, 12 novembre
2001
http://www.wise-paris.org/english/othersnews/year_2001/othersnews011112.html
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SERA Letter
to the Trade and Industry Secretary Patricia Hewitt
3 September 2002
Secretary of State Rt Hon Patricia Hewitt MP
Department for Trade & Industry
1 Victoria Street
LONDON SW1H 0ET
By fax and post.
Dear Secretary of State,
BRITISH ENERGY RESCUE PLANS
The recent reporting of the Government's contingency measures
to assist British Energy (BE) has so far failed to explore or
understand properly two important options that SERA believes should
be considered by Ministers before any decisions are taken. These
are the issue of reprocessing versus storage of spent nuclear
fuel and the adequacy of the segregated decommissioning fund.
On the first issue, SERA urges you to allow BE to be released
from the costs associated with the unnecessary chemical reprocessing
of its spent nuclear fuel (by BNFL at Sellafield) and that the
used fuel rods are instead put into dry storage. To do so would
reduce the company's operating costs by approximately £200-£250
million per year. This sum is approximately 10% of its annual
revenue. Such a move would clearly make a substantial difference
in its current financial results and reduce the detrimental impacts
of reprocessing generally.
Spent fuel from BE's newest plant, the PWR at Sizewell B, has
already been successfully put into dry storage since the plant
started operating in 1995. From a technical and operational point
of view, the reprocessing of spent fuel rods from BE's seven AGR
type stations is entirely unnecessary. Moreover, from an environmental
point of view, there would be lower environmental discharges and
lower arisings of difficult and dangerous wastes, including plutonium,
to be dealt with further down the line.
British Energy itself has called for the dry storage option to
be adopted. However, BNFL at Sellafield has so far refused to
agree any substantial change to the existing contractual arrangements.
SERA calls on your Department, as the sole and therefore controlling
shareholder in BNFL, to order the company's management to urgently
renegotiate these contracts in order that the dry storage option
replaces reprocessing as soon as possible.
In 1997, SERA has produced a report on financial and environment
benefits of dry storage over reprocessing. I enclose two copies
with the mailed version of this letter for your information. Secondly,
SERA believes there is a pressing need to review the adequacy
of provisions for all future BE liabilities, including the segregated
liabilities fund intended to cover decommissioning costs of reactors
after they close. There remains significant doubt that the fund
will have sufficient resources to fulfil its task, in part (but
not entirely) due to the recent falls in financial markets. There
also remains concern that not all categories of BE liabilities,
for example the management of plutonium residues, will be covered
by the fund and that substantial additional sums will be required,
falling to either the company or the taxpayer.
However, there may be an opportunity by considering the two issues
covered in this letter together. It is possible, following the
rearrangement of spent fuel management, that the significant savings
from the end of reprocessing would create the opportunity to order
an increase in allocations that are required to be made into the
segregated fund. This option needs to be explored fully in order
to protect taxpayers from the possible need for additional financial
support in the future.
Thank you for considering these important matters.
Yours sincerely,
Bill Eyres
Chair, SERA Executive Committee |
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