Quatrième trimestre 2002
Bilan
provisoire de la politique énergétique allemande : baisse
de la consommation, croissance spectaculaire des énergies renouvelables
WISE-Paris, le 8 novembre 2002
[Mise en ligne le 08/11/2002]
Pendant 10 ans la consommation d’énergie
primaire, en Allemagne, a baissé en moyenne de 0,3 % par an (1991
à 2001) et les émissions de gaz à effet de serre
de 2,1 % (1990 à 2000), alors que la croissance économique
atteignait + 1,5 % par an, indiquent les dernières statistiques
publiées par l’Agence fédérale statistique,
le 5 novembre 2002. En référence à l’année
de base 1990, l’Allemagne a ainsi atteint une baisse globale de
19 % des émissions de CO2 sur les 21 % qu’elle doit atteindre
sur la période 2008-2012, pour respecter ses engagements dans
le cadre du Protocole de Kyoto. Le ministre de l’Environnement
Jürgen Trittin a estimé que l’objectif de réduction
pourra même être dépassé, alors que certains
experts restent sceptiques. (1)
La tendance 2002 paraît donner raison au ministre
Trittin : baisse de la consommation d’énergie primaire
de 2,8 % sur les trois premiers trimestres, augmentation spectaculaire
de la production éolienne et hydraulique de plus de 14 %, et
création massive d’emplois dans le secteur.
Depuis son élection en 1998, la coalition
gouvernementale composée du parti social-démocrate (SPD)
de Gerhard Schröder et des Verts (Grünen) a mené en
Allemagne une politique énergétique innovante. Reconduite
de justesse grâce au bon score des Grünen après les
élections de septembre 2002, (2) la coalition
« rouge/verte » maintient aujourd’hui les grands axes
du « tournant énergétique » allemand, en particulier
la sortie du nucléaire. Cet accord avec les principales compagnies
d’électricité exploitant le nucléaire, qui
prévoit un arrêt de toutes les centrales nucléaires
allemandes sur une vingtaine d’années (la limite étant
définie par une quantité maximum d’électricité
nucléaire et non pas par une date butoir), a été
signé en juin 2001. (3)
Pour répondre aux défis de cette sortie
du nucléaire (réduction des émissions de gaz à
effet de serre, sécurité d’approvisionnement énergétique,...),
la coalition a mis en place un ensemble de mesures telles que le programme
d’amélioration de l’efficacité énergétique,
la réforme écologique de la fiscalité ou le développement
des énergies renouvelables.
Les résultats de cette politique sont aujourd’hui
tangibles, comme le montrent les chiffres de consommation d’énergie
primaire publiés par AG Energiebilanzen (4)
pour les trois premiers trimestres de 2002 : la consommation d’énergie
primaire a ainsi baissé de 2,8 % par rapport à la même
période en 2001. Dans le même temps, la part du pétrole,
de la houille et du nucléaire dans la consommation d’énergie
primaire a baissé respectivement de 3,9 %, 4,3 % et 5,9 %, alors
que la part de l’hydraulique et de l’éolien a augmenté
de 14,3 % ; seule la part de la lignite accuse une hausse de 2 %. Cette
baisse globale de la consommation d’énergie primaire s’ajoute
à la baisse de 4,9 % déjà obtenue en Allemagne
entre 1990 et 2000. (5) A titre de comparaison,
les chiffres sur la même période montrent une augmentation
de la consommation d’énergie primaire de 15,6 % en France
(6); et de 19,0 % pour l’ensemble Belgique
et Luxembourg. (7)
La croissance exceptionnelle des énergies
renouvelables que connaît l’Allemagne est également
due à une politique volontariste sans précédent
dans ce domaine. Entre 1998 et 2000, plus d’un milliard d’euros
ont été engagés dans différents programmes
de développement de ces filières, comme le programme d’aide
à la recherche sur les énergies porteuses ou le programme
des 100.000 toits solaires initié en janvier 1999. La production
d’électricité photovoltaïque a ainsi été
multipliée par trois entre 1998 et 2000.
Sans augmenter la fiscalité, mais grâce
à une réforme, le gouvernement a par ailleurs réussi
à dégager des sommes considérables pour l’environnement
: 150 millions d’euros ont ainsi été ajoutés
en 2001 par cette méthode aux fonds destinés aux énergies
renouvelables, et cette contribution est estimée à 190
millions pour 2002. Dans le seul domaine éolien et pour la seule
année 2001, l’Allemagne a installé 2.659 MW, ce
qui équivaut à la puissance mise en service depuis 20
ans par le Danemark, pourtant pays modèle en la matière.
En 2002, l’Allemagne a déjà franchi le cap des 10.000
MW éoliens installés, soit le tiers de la capacité
mondiale. L’objectif fixé par le gouvernement allemand
est d’atteindre un quart de la consommation totale d’électricité
d’origine éolienne à l’horizon 2030.
Environ 130.000 emplois ont ainsi été
créés dans le domaine des énergies renouvelables,
dont 40.000 dans l’éolien, 50.000 dans la biomasse et 18.000
dans le solaire (thermique et photovoltaïque). (8)
72.000 créations d’emplois supplémentaires sont
prévues d’ici 2005, (9) et 250.000
d’ici 2010. (10)
Après avoir craint une catastrophe économique
engendrée par la politique novatrice de l’Allemagne, les
milieux politiques français semblent aujourd’hui moins
catégoriques dans leurs jugements. Des sénateurs français
reconnaissent que la politique énergétique allemande ressemble
davantage aujourd’hui à « un virage stratégique
opéré avec prescience » qu’au «
naufrage économique » (11)
initialement prévu.
Notes :
- Voir : http://www.destatis.de/presse/englisch/pm2002/p3870112.htm
- Voir «
SPD - Grüne : Les partis représentés dans l’ancien
et nouveau gouvernement allemand signent l’accord de coalition
», Nos News, WISE-Paris, 19/10/2002
- Voir «
Le Gouvernement allemand et les compagnies électriques
signent l'accord de sortie du nucléaire », Nos
News, WISE-Paris, 14/06/2001
- Arbeitsgemeinschaft Energiebilanzen, groupe de
travail officiel des principales entreprises allemandes de l’énergie
et des principaux instituts de recherche sur l’énergie
depuis 1971. Chiffres disponibles sur le site de :
http://www.ag-energiebilanzen.de/
- Sauf indications contraires, les chiffres cités
par la suite proviennent du Ministère fédéral
de l’Environnement, de la Protection de la nature et de la Sûreté
Nucléaire (www.bmu.de),
et tout particulièrement du Rapport environnemental allemand
2002. Écologique - moderne - juste ; La modernisation écologique
de l’économie et de la société, Rapport
sur la politique environnementale de la 14e législature ;
disponible sur Internet : http://www.bmu.de/francais/download/files/umweltbericht.pdf
Une synthèse intéressante avec un bilan chiffré
complet est également disponible dans le rapport 2002 de l’Agence
fédérale de l’environnement (Umweltbundesamt),
Données sur l’environnement 2002 ;
disponible sur Internet : http://www.umweltdaten.de/cgi-local/byteserver.pl/../../udd-e/udd2002.pdf
- A partir des chiffres du Ministère de l’Industrie
;
disponibles sur internet : http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/4page2000.pdf
- A partir des chiffres de BP Statistical Review
of World Energy 2001 et 2002
- BMU, Communiqué de presse, 12 septembre
02
- Etude de l’Institut de Rhénanie/Westphalie
pour la recherche économique (RWI, citée dans le Rapport
environnemental allemand 2002
- Etude de l’Institut allemand pour la recherche
économique (DIW), citée dans le Rapport environnemental
allemand 2002
- « L’état actuel et
les perspectives techniques des énergies renouvelables
», Rapport au Sénat de MM. Claude Birraux et Jean-Yves
Le Déaut, OPECST, Mai 2000
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