Deuxième trimestre 2003
Le
complexe nucléaire de Sellafield à nouveau sur la sellette
L’Irlande traîne de nouveau le Royaume-Uni
devant un tribunal international et critique les risques injustifiés
liés au fonctionnement de l’usine de Sellafield.
WISE-Paris, le 12 juin 2003
[Mise en ligne le 12/06/2003]
Le 10 juin 2003, devant la Cour Permanente d’Arbitrage
(CPA) à la Haye, s’est ouvert un nouveau procès
mené par l’Irlande contre les installations nucléaires
de Sellafield, situées à quelques miles des côtes
irlandaises, et contre leurs rejets radioactifs. (1)
C’est le troisième acte d’une longue histoire de
procédures opposant l’Irlande et le Royaume-Uni devant
les tribunaux internationaux.
En 2001, l’Irlande décidait de poursuivre
le Royaume-Uni devant le Tribunal International du Droit de la Mer (ITLOS)
dans le cadre de l’autorisation de démarrage d’une
nouvelle usine de fabrication de MOX, SMP (Sellafield MOX Plant). L’Irlande
n’était alors pas parvenue à faire arrêter
le projet, mais le Tribunal avait demandé au Royaume-Uni de « coopérer » et de « procéder sans
retard à des consultations dans le but d'échanger des
informations supplémentaires concernant les conséquences
possibles, pour la mer d'Irlande, de la mise en service de l'usine MOX », (2) la mer d’Irlande étant
d’ores et déjà considérée comme une
des plus radioactivement polluées du monde.
En réponse à la non-coopération
du Royaume-Uni et son refus de transmettre des informations sensibles
concernant l’usine de fabrication de MOX, l’Irlande déposait
une nouvelle plainte, cette fois devant la CPA. En octobre 2002 s’est
alors ouvert un autre procès dans lequel l’Irlande réclamait
la divulgation de toute information pertinente relative à l’usine
SMP, (3) en s’appuyant sur l’article
9 de la « Convention OSPAR » (Convention pour la protection
du milieu marin de l'Atlantique du nord-est) qui prévoit que
soit mise à disposition toute information « concernant
l'état de la zone maritime et les activités ou les mesures
les affectant ou susceptibles de les affecter ». (4)
Selon l’Irlande, deux cas sont à prendre
en considération : ou bien BNFL (British Nuclear Fuels Limited),
l’opérateur publique en charge de Sellafield, a déjà
remporté un nombre important de contrats de fabrication de MOX,
et alors l’impact sur la mer d’Irlande est certainement
très important à cause du niveau élevé d’activité,
ou bien BNFL n’a quasiment aucun contrat, ce qui implique que
l’usine de MOX n’est pas rentable, et en vertu de la réglementation
européenne elle doit alors être arrêtée (une
directive Euratom de 1996 prévoit en effet la justification des
activités augmentant l’exposition des populations, en particulier
par des avantages économiques. (5)
La position anglaise s’appuie sur une interprétation
beaucoup plus restrictive de la réglementation - un point de
l’article 9 de la convention OSPAR - et prétend que les
informations réclamées par l’Irlande relève
du secret commercial, et n’ont donc pas à être divulguées.
Le porte-parole du ministère britannique du Commerce et de l’Industrie
(DTI), Jonathan Cook, a ainsi déclaré : « nous
avons démontré aussi publiquement que possible que la
menace environnementale est quasiment inexistante. » (6)
Alors que l’on attend encore la décision
de la Cour d’Arbitrage dans cette première affaire, l’Irlande
a décidé de poursuivre le Royaume-Uni sur d’autres
points concernant l’autorisation de SMP, et a engagé une
nouvelle procédure devant cette même Cour. En se basant
sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS),
l’Irlande reproche en particulier au Royaume-Uni de n’avoir
pas:
- « pris les mesures nécessaires pour prévenir,
réduire et contrôler la pollution de l’environnement
marin de la Mer d’Irlande » (7)
provenant des installations SMP et THORP (Thermal Oxide Reprocessing
Plant) de Sellafield, et les rejets radioactifs qui y sont liés
;
- évalué les risques réels d’attaques terroristes
sur Sellafield et pris les mesures appropriées ;
- coopéré avec l’Irlande, en refusant l’accès
aux informations nécessaires pour étudier l’impact
sur l’environnement.
Les trois semaines d’audience (du 10 au 27
juin 2003) vont permettre aux deux parties de présenter leurs
arguments. (8) La décision finale ne
sera probablement pas rendue avant plusieurs mois.
Notes :
- Le problème des rejets radioactifs des usines de retraitement
a été traité en détail dans un rapport
commandé à WISE-Paris par l’unité STOA
du Parlement Européen : Schneider, M. (Dir.), Possible
Toxix Effects from the nuclear reprocessing plants at Sellafield (UK)
and Cap de La Hague (France) – A first Contribution to the Scientiific
Debate, WISE-Paris, septembre 2001.
http://www.wise-paris.org/english/reports/STOAFinalStudyEN.pdf
On peut également télécharger les graphes et
données chiffrées tirées du rapport STOA sur
le site de WISE-Paris :
http://www.wise-paris.org/francais/nosgraphes/stoa_graphes.html
Ce rapport a été utilisé dans l’accusation
de l’Irlande dans le cadre de la procédure devant la
Tribunal de Droit de la Mer (ITLOS). Le Gouvernement Irlandais présente
le rapport de WISE-Paris comme "preuve" dans son procès
contre la Grande-Bretagne sur l'usine MOX de Sellafield :
http://www.wise-paris.org/francais/nosbreves/annee_2001/nosbreves011123b.html
- Voir le site ITLOS : http://itlos.org/cgi-bin/cases/case_detail.pl?id=10&lang=fr
- Voir sur le site de la CPA :
http://pca-cpa.org/ENGLISH/RPC/#Ireland
v. United Kingdom ("OSPAR" Arbitration)
- Convention OSPAR, Article 9-2. Le texte de la convention OSPAR
est disponible sur le site OSPAR :
http://www.ospar.org/fr/html/convention/welcome.html
- « Les États membres veillent à ce que
toute nouvelle catégorie ou tout nouveau type de pratique entraînant
une exposition à des rayonnements ionisants soient, avant leur
première adoption ou leur première approbation, justifiés
par leurs avantages économiques, sociaux ou autres par rapport
au détriment sanitaire qu'ils sont susceptibles de provoquer. »,
Directive Euratom 96/29, article 6
- Cité dans "International tribunal begins hearing
Irish International tribunal begins hearing Irish complaint on British
nuclear recycling plant complaint on British nuclear recycling plant",
22 Octobre 2002, Toby Sterling, Reuters
- Mémorendum irlandais, Part IV, p. 254 -en anglais :
http://www.pca-cpa.org/PDF/Ireland
Memorial Part IV.pdf
- Les minutes des audiences et les documents associés seront
disponibles sur le site de la CPA
http://www.pca-cpa.org/ENGLISH/RPC/#Ireland
v. United Kingdom ("MOX Plant Case")
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